L.E& PftÈTEKDUS. t
Hbdflue d'BoQiaUtes enibrassa scn frère et lui dit d'une 7oix où l'on sentait d» lannes : .
— Je n'ai rien ài te dire, Edouard; je n'ai pas de confîdeoees à te faire. J'ai dit un mot sans portée, sans valeur, qui n'a aucun sens. Il me suffit d*étre rassurée sur les intentions de la conduite de tt. du Luc
-* Ses intentions, aant, je crois, de te plaire et de t'épouser. 11 sY psend d^une fiâçon, H. de Sommerive s'y prend d'uae auive*
— fit aucune d'éHes ne réussira.
^ Alocs ce serapeutrétre celle de Victor.
— Qui, lui aussi, avec ses vingt ans? dit d'un air chagrin ff^^iinip, d'BoodaiUes; déj^ amoureux. de mesdeux cent mille
Unes de rcAts!
^ Uûl la pauvre garçon, il ne s'en doute pas; mais si le hasard voulait qu.'U te plâl, je sais quelqu'un qui pourrait Moi akM»lui donner des avis pour arriver au mariage.
^ Glaire me croit-elle assez folie pour cela?
— ^BUe ne le croit pa8,^mai8 elle n'en serait pas fàcliée«
— fit elle n'a peut être pas si grand tort, dit Oara en liant ; car c'est véritablement celui-là qui n'a fait nulle attcutioa ànoi et c^ a prtféré tout naïvement d'aller chez le gaide champêtre plutût que de lester avec nous, et qui m'a fort Uen exptiqué ce qu'on dirait de moi, sans me faire ni le moudre compliment ni la plus petite impertinence. Uais laissons tout cela. Je suis femme à me défendre contre ces attaques vdootaiiee et involontaires, et décidément montremoi ton. paie et les belles coUectiona de fleurs dont tu me pwlœ dans. tûiUeft tes lettres»
rnBKTE ET QCABANTE ANS»
Lsêssons M- Ménier faire sa promenade avec Clara, et retourne*» au salon,, où. le marquis du Luc et M. de Sommerive usaient ensemble une partie de trictrac.
— Babî disait le beau Fernand en jetant négligemm^^nt ses dés, ce doit être une société fort maussade que la siensu^ et lorsqu'il s'agit de prendre femme, comme disaient nos
pères, ce n*estpas à une beauté (très-éclatante sans doute, mais fort bourgeoise) qu'il faut s'arrôter.
Nous ne laisserons point passer cette phrase sans en -commenter quelques mots, qui expliqueront à nos lecteurs la position respective des deux interlocuteurs. <d Ainsi ce mot : comme disaient nos pères, n'avait pas élé prononcé sans quelque intention. En effet, H. du Luc était le dernier descendant d'une illustre et très-noble famille, tandis que M. de Sommerive devait son titre de comte à une ordonnance en date de 1824, qui avait anobli son père, président de cour royale, en l'appelant à la chambre des pairs. Il était donc destiné à être le collègue du jeune Victor de Perdignan ; mais son père n'étant mort qu'après la révolution de I880, il s'était trouvé déshérité de son titre. On prétendait que c'était pour le reconquérir que M. de Sommerive avait brigué la députation et s'était rallié à la nouvelle dynastie. Donc le marquis du Luc, demeuré fidèle aux opinions légitimistes de sa famille, traitait avec ua certain dédain son ami M. de Sommerive, i» parce qu'il était un parvenu ; 2» parce qu'il était un transfuge. Or, ce mot : ainsi que disaient nos pères, n'avait été jeté dans la conversation, avec un clignement d'yeux, que pour rappeler à M. de Sommerive l'immensité qui séparait la noblesse du marquis du Luc et celle du comte de Sommerive. Celui-ci le comprit admirablement et repartit en casant avec une extrême attention comme s'il était tout à son jeu:
— Certes je suis de votre avis, et, comme le disent toutes les sentences de la sagesse, la beauté est un don périssable, etc., etc. Vous me dispenserez^ je suppose, de soutenir la nouveauté de votre opinion à ce sujet par les déclamations d'usage. Mais à supposer que madame d'Houdailles soit d'une société fort maussade, vous avez oublié que ce défaut peut se compenser par les deux cent mille livres de rente qu'elle possède. Oh ! c'est une considération à laquelle pensaient beaucoup nos pères, comme vous dites, ceux surtout dont le blason était plus incontestable "\ue la fortune, a— Dieu me damne, dit Fernand, on ne se douterait point que vous siégez au plein centre de la chambre ; vous devenez hargneux comme un député de l'opposition, et au moindre mot dans lequel vous croyez voir une intention d'attenter à
rillufitration de votre comté, vous arrivez à des personnalités désespérantes. Je sais fort bien qu'il n'y a rien de plus vulgaire que mon opinion sur le peu de cas qu'il faut faire en se mariant de la beauté des femmes; mais les considérations relatives à la fortune ne me paraissent pas d'un ordre beaucoup plus élevé. Vous me dispenserez, je suppose, de vous approuver par des apborismes de l'espèce de ceux-ci : La fortune ne fait pas le bonbeur, mais elle y contribue ; Quand la pauvreté entre par la porte, l'amour s'en va par la fenêtre, etc. Mais, entre nous soit dit, j*ai trop vécu pour n'en être pas arrivé à la modeste philosophie de nos pères, nobles ou bourgeois (voyons, ne froncez pas les sourcils), la^^ quelle philosophie nous enseigne que le bonheur est dans la convenance d'humeur, de caractère et de position. Or, pour trancher tout net la question, voici les faits dans leur matérialité, connue vous dites vous autres économistes législateurs. Je suis un tant soit peu amoureux du bruit du monde et de la liberté; or, madame d'Houdailles me fait l'effet d'une prude à la manière anglaise, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus sot, de phis égoïste et de plus pitoyable au monde : voilà pour l'humeur. Je suis assez volontaire et très-emporté, elle me semble froide et entêtée : voilà pour le caractère. Elle est immensément riche et je suis furieusement endetté; elle doit calculer comme Barème, et je jette l'argent sans compter Amalgamons^ combinons, pilons, tamisons» alambi-
quons tous ces éléments ensemble, et s'il n'en sort pas une union détestable, avec querelles, reproches, séparation et peut-être pis, je veux être pair de la nomination de Louis- Philippe.
— Vous êtes un trop excellent appréciateur de la position pour ne pas vous être dit que c'est positivement à cause de tout cela que vous devez épouser madame d'Houdailles.
— Expliquez-moi cela, je vous prie.
— Oh ! je vous prie de me dispenser des théories et de me permettre de m'en tenir à la matérialité des faits, comme TOUS avez dit. Dans quel but, dites-moi, avez-vous été si.«. si... faut-il dire le mot ? si impoli envers une femme sur laquelle vous n'auriez aucune prétention? Allons, Fernand, ne jouons pas au fin, vous savez vivre, vous êtes même une exception parmi nos beaux, par votre politesse, par votre complai*
sunce : d'où Tient donc ce refus giadal fait à la 9oevr de 'votre hôte, à une femme d'une beauté très-éclatante, toute boar- ^eoise qu'elle puisse être? Yous arez voulu porter coup.
— C'est possible, dit Femand dMn air tout à fait indolent ; c t si je n'ai pas réussi vis-à-vis d'elle, je puis être fier de mon S! ccès près de vous, car vous me tournes dans tous les sens, ( Dinme un enfant fait de son joujou, pour deviner le secrcd (!o ses mouvements; cela vous intéresse donc excessivement?
— Moi! cela m'intéresse pour vous.
^ Ati 1 ah ! ah ! dit Femand avec une grimace de douleur, ceci est par trop... par trop... fout-il dire le nwt? par trop bète. Pour moi, Adrien, c^t pour moi que vous vous iclarmes de ma conduite? Ycnlà une tendresse qui tous a pousaé bien subitement.
— Je croyais que nous étions amis, Femand, ^t sérieusement M. de Sommerive.
— Sans doute, et je nfen vante, €(t t ce moment même, f aurais une fâcheuse affaire sur les bras^ affaire d'argent ou affaire politique, que je vous dirais tout net : 'Sommerive, j 'ai besoin de vous, il faut me sauver ; et vous fieriex de même à mon égard, j'en suis sûr. Mais id, si les intentions que vous me supposes sont véritables, nous sommes rivaux, et si l'un (ie nous a manqué de franchise, ffesH vous, qui me questionnez comme un juge 4'instmetion.
Un ttlence assez long suivit ces paroles ûe éa Luc, tandis que les dés roulaient rapidement Tout àcoop IL de Sommerive s'écria :
-^ le trouve madame d'HoudaiBes adorable.
— Je crois bieh, repartit Fernand.
— En vérité, je cras que je raimerais« là... d*un véritable amour.
— Je crois bien, répéta du Luc.
— Et je l'aimerais, fût-dle pauvre, fUt-elie égoïste , opi-
ni-ïtre.
— Je crois bien, ajouta encore le marquis.
— Bah ! lit M. de Sommerive d'un air stupéfmt
— C'est que cette femme, s'écria du Luc, est tout bonne- Hîent la merveille des merveilles, la beauté, resfffit, la grâce, i éloquence, tout ce qu'on rêve quaoïd on a vingt ans, tout ce qu*«n pleure de n^voir pas trouvé quaid w ca «4|«iannte.
LÏS PRETENDUS. t%
— Et ce qu'on obtient quand on en a trente, voulez-vou dire, fit M. de Sommerive en continuant la phrase enlhou Fiaste du marquis.
— Vous me faites plus fat que je ne suis. Ce que je viens (lu vous dire sur madame d'Houdailles, je le crois, je le sens, uim c'est précisément à cause de cela que je ne Taime pas, txnt <de supériorité me déplaît; et très-sincèrement, fai S4iivi lïm^ulsion de mon cœur en me montrant presque im* |K)li vis-à'Vis d'elle ; fson frère la mangeait des yeux, madame )léQier Xa .flattait aviec une terreur indicible, vous étiez dans une extase inouïe : j*ai voulu que qucilqu^m protestât contre ce suprjftme triomplie. je me suis cbargé de le faire; voilà iDut.
^ Taut pis pour moi^ dit IL de Sommerive.
— Pourquoi cela? Je vous ai fait la partie l)elle.
— C'est que vous aimez madame d'HoudaîIles. -Moi!
— Vous l'aimez si bien que vous vous êtes Tévotlë contre la peur qu^elle vous fait.
Femand se tut et s'accouda sur le. trictrac en ayant Pair (le réver et de se consulter.
Puis il ajouta :
— Jda parole d'honneur, je ne Taîme pas... et môme, je ne sais, je trouverais gaélique plaisir ù lui faire \m peu de chagrin.
— Une méchanceté est toujours facile à taventer.
— Ob ! dit Fer nand, une méchanceté vis-à-vis d*ime femme bonne, xioble, irréprodiable! ah ! vous m^estimez bien peu. Ouandje dis que je voudrais lui faire xm peu de cbagrin, j'entends que je désirerais la voir un peu moins sûre d'eileméaie... que je voudrais. .«
— Que vous voudriez lui inspirer un goût décida pour vous et puis faire le fier pour liumilier mi peu cette perfection qui vous fait peur. Ô'où je «ondus que voi» l^aimes sans vous en douter, ce qui est te {(lus flangenux de loui les amours.
— Silence ! dit tout à coup du Loïc, voici venir Vicitcir.