DÉCLARATION DE GUERRE
Cependant cette fameuse vâlse avait jeté un nouvel r n^ train dans le bal; la carrière des pas compassés était rompue!; on dansait véritablement, on riait, on prenait du punch, on s'arracbait galment les glaces, on se familiarisait avec fo plaisir. C'était tout à fait une joyeuse et bruyante assemblée; et madame d'Houdailles avait un sentiment secret qu'elle avait donné à tous cette facile et vive impulsion. Remarquez que, jusqu'à ce moment, on ne Tavait trouvée que belle^ et que, depuis la fameuse valse, cbacun, ravi du plaisir qu'il goûtait, la trouvait charmante, bonne, parfaite. C'est encore là un mystère, c'est celui des astres qui emportent tout ce qui les entoure dans le tourbillon où ils marchent, c'est ce pouvoir insaisissable que le ciel a accordé ;ï quelques personnes et auquel on a donné le nom de charme, qui lui convient dans son acception la pluà magique.
Lorsque madame d'Houdailles fut rentrée dans la salle de danse, elle la parcourut du regard et ne vit ni H.f ernand, ni M. de Sommerive, ni Victor.
— Âh ! lui dit son frère en riante ils ne sont plus là.
— Qui donc ? lit madame d'Houdailles.
-- Oh ! Clara! Clara! un peu de franchise va si bien au bonheur.
" Eh bien! oui, dit-elle, je suis heureuse, heureuse d'étro avec toi, ici, revenue de nos préventions et de nos craintes de ce matin. Décidément, M. de Sommerive est un homme spirituel et bon ; M. du Luc est fat, je le crois ; mais à son âge et avec sa tournure , c'est permis , et je pense qu'au foDd il est galant homme et, en tous cas, il doit être charmant (;iian(i il veut l'être.
— Et, dit M. Ménier en imitant la voix plaintive de Yictor, n'y a-t-il rien pour mon neveu ?
— Je crois, dit madame d'Houdailles d'un ton embarrassé, qu'il y a une vieille locution qui le peint à merveille : « Mauvaise tète et bon cœur. »
42 LBS PRÉTENDUS*
— Noble cœnr^ très-noble cœur, dit Bérieusement M. Hémer, et tête folle plutôt que mauvaise.
Madame Méoier les rejoignit en cet instant. - *
— Je viens de coucher ce pauvre Victor, leur dit-elle ; il m'a fallu toutes les peines du monde à le décider, et je lui ai çLit que Clara ne voulait plus valser.
— Comment cela? dit madame d'Houdailles.
«- « Je veux la voir valser à moaaise, » me disait^il toujours^ et j*ai été forcée de lui dire que vous aviea refusé de valser de nouveau.
«- Et vous avez eu raison, dit madame d'Houdailles, car » je n'avais encore une promesse à remplir^ je vous demanderais ta permission de me retirer.
*- Mais où sont donc MM. de S^ommerive et du Luc?demanda Ménier.
-^ lis ne dansent plus, lui répondit son mari.
'^ Ah ! dit madame Ménier, M. de Sommerive n'a pas voulu aggraver sa chute et le marquis a craint de compromettre sou triomphe. Quant à vous^ Clara, & vous êtes vraiment fatiguée, vous pouves vous retirer ; je me charge de vous excur ser auprès de votre danseur. (C'est le petit du Hauty, ditelle à son mari , et je ferai plaisir à sa belle-sœur, qui fa déjà quer^lé d'avoir invité Clara). D'ailleurs, vous saveiqae demain ces messieurs font une partie de chasse et que nous allons tous les rejoindre, àrtteux heures» aux ruines de Saint- Martial, où ils nous offrent un spleadide déjeuner; puis nous revenons souper au château.
-- À la bonne heure, dit M. Ménier, il n*y a pas de fête sans lendemain.
— C'est que j'ai bien des choses à faire demain, dit dan. X — Bah, bah! fit M. Ménier, nous arrangerons tout cela! Je vais te conduire chez toi.
Pour gagner son appartement, il fallait que madame d Hor daiiles traversât le salon où l'on jouait. ËUe vit M. de Sommerive â une table avec du Luc. M. de Sommerive était en face d'eux, et du Luc leur tournait le dos. M. Ménier entraîna doucem^t sa sœur vers la table et dit à du Luc :
— Bh bien! que faites-vous?
— Ma foi, répondit celui-ci sans se r^urner, je perds avec un bonheur insolent.
LES PRÉTEMI^US. 4g
— Ua boiâiair insolent! répéta M. Méoler.
— Eh oui! dit Fernand en baissant la voix et en se^pencliasl un pea en anière, je suis comme Sommerive, je crois an vieux proverbe/. Malheureux au jeu, heureux..,
\ ce moment, il aperçut madame d'Houdaiiles au bras de }A . Ménier. mie regavdait d'un autre côté. Personne ne vint an secours du marquis^ pas même M. Ménier, qui lui Tép»- ^i d'un air moqueur.
— Je vous en fais mon compliment.
Fémattd regarda saccessîTement M. Ménier, M. de Sonnodrive et Glaia, tonioiirs fort occupée k examiner un rideau, el ^ena&t son pavti avec la suprême impertinenced'un homme qui a &it une gaadierie irrépandrie, il dit tout haut :
--Ha loi, poisqiie je vieos de perdre ma soirée sur un mot, )c vais tâcher de rattraper mon argent sur un dé. Le de^in maintenant doU 4tn pour mm.
~ Alors, lui dit M. Ménier, le poromrbe parlera pour Sottmerive.
^ In^nraws-iMMB prés et joariame du Hasty, dit Fernand; à rheure qu'il est elle le met au-dessous de tout.
— Psnmteperie, dit M. de Sommerive, si je n'ai pas peidn dans l^isM 4'aiitres personacs.
Ged fut dit si sratimeBtaleflMiit ^e du Luc se tourna tout à iaât vers M. Ménier eC sa sœur. Il lesregaurda» et saluant Sommctive de l'air le plus gai éa monde :
— 0 Sommerive! je vous rends les armes I s'écria- t-il. *- Fûtes donc attenlion, vdos ne jouez pas vos dames
comme il faut,
— Ah çà, moacher ! v^ns êtes mon oinemi mortel, lui dit Fernand; vous avez manqué me faire faire un stupiér tsdembouff , mwo votoe phrase sur les dames que je joue mal. ^ '
— Faites twijaius, dil Méflior, qui retenait sa sœur, quoi* ifuc» celles lai pressât le bras pour Favertir de s'éloigner.
— Non pas, dit PenNiid, e'esl assez de deux stupidités en un jour.
— Vous, du Luc, dit M. de Sommerive, vous reconnaissez avoij^ fait deux stupidités? jamais je ne vous ai entendu luire de pareils aveux.
<- Cest qu'il y a des juges qu'on ne trompe pas , liian
44 tES PRÉTENOrS.
cher, repartit Fernand » et avçc qui le repentir est profitable.
Le jeu contouait pendant ce temps, et M^de Sommeme s'écria tout à coup :
— Six points d'école, mon cherl
— Dites donc que cela ne m'arrive jamais! reprit Fernand.
— C'est vrai , dit M. de Sommerive, et il faut que vous soyez bien troublé.
Fernand se tourna vers madame d'Houdailles, qui regardait le tnctrac et ne put détourner les yeux assez vite.
— Voyez comme ^ommerive est bon, dit-il » iTparle pour moi ; il a compris combien j'étais troublé.
— Âb çà ! dit Sommerive avec impatience , Toulez-vous jouer?
— Gomment donci je joue plus gros jeu que vous ne ])casez. Tenez ^ je mets toute ma partie sur ce dé; je joue pour un quine.
— Le voilà! s'écria involontairement Mme d'Houdaille^, surprise de ce hasard.
— Vous avez gagné, dit froidement M. de Sommerive.
— Je vois, dit Fernand, que j'ai perdu, le bonheur du /eu me revient : les proverbes sont vrais, madame.
— Je vous jure que non , monsieur, lui dit malicieusemeixt madame d'Houdaiiles', votre malheur ne prouverait rien.
— En ce cas , lui dit Fernand, mon. bonheur ne prouvera pas davantage ; cela me console.
— Viens , viens , dit alors M. Ménier ; jamais tu n'auras le dernier mot avec M. du Luc.
Clara suivit son frère , après avoir froidement salué ces messieurs.
— Eh bien ! lui dit M. Ménier, qu'en penses-tu?
— Ah! dit Clara, qui avait repris toute sa galle, il est bien impertinent , mais il valse à ravir.
Elle se retira , et le bal continua.
ELLE M'IBA PAS.
Leleodemaiti de ce jour, c'est-à-dire le lundi , vers huit heures dumatia seulement, M. du Luc, M. de Sommerive, H. Ménier et quelques jeunes gens qui étaient venus les rejoindre quittèrent le château pour commencer la chasse organisée la veille par Victor. Celui-ci était levé , mais , malgré sa bonne volonté, il ne put se joindre à ses amis. Si ce n'eût été qu'une imprudence qui eût dû aggraver son mal, il est probable qu'il l'aurait commise ; mais il y avait impossibilité véritable , et il fallait bien qu'il se réégnât. Cependant il le fit de la plus mauvaise grâce du monde , d'autant plus fâché qu'il ne pouvait se fâcher contre personne. Bnfin on'arrangea les choses d'une façon qui eût certes admirablement convenu â M. du Luc ou à M. de Sommerive, surtout s'ils avaient pu prévoir ce qui devait arriver. 11 fut décidé que Victor viendrait à la Ruine en calèche avec sa tante et madame d'Houdailles« Madame Ménier fut la première à souscrire à cet arrangement, et son mari répondit que madame d'HoudaiUes, qui n'était pas encore levée, trouverait toujours parfait ce qui arrangeait si bien les autres. On partit, et Victor demeura seul dans le salon à attendre que midi fût sonné ; c'était l'heure fixée pour le départ, le rendezvous étant à une heure précise à Saint-Martial, et les dames d^ autres châteaux devant s'y rendre chacune de son côté.
Ces quatre heures d'attente furent un bien grand supplice pour Victor, mais elles furent un tourment bien autrement insupportable pour les gens de la maison. Malgré la difficulté qu'a éprouvait à marcher , Victor alla dix fois aux écuries voir si les chevaux étaient prêts ; il envoyait à tous moments savoir si madame d'HoudaiUes allait descendre, et il querellait sétieusement sa tante, qu'il rencontrait allant et venant dans la maison , sans penser au départ. Enfin midi sonna, et madame d'HoudaiUes parut; Victor ne regarda ni sa toUette ni sa personne; il vit qu'eUe était prête et U Ten remercia, oubUant qu'il avait passé deux heures à l'accuser et â dire qu'on ne partirait pas avant trois heures de l'a-
40 LES PAÉTfiNBUS.
près midi , afin de se faire attendre et de produire un effet. II était si impatient cpill répondit à peine ù la marquise qui s'informait de sa blessure , et il se mit à appeler sa tante , qui parut aussitôt, mais dans le plus simple déshabUléet sans que rien ne montrât qu'elle se fût le moins du monde occupée de sa toilette. Nous demaoadous la p^mission de raconter à nos lecteurs la petite soèœ qui se paâsa à ce auK ment; elle montrera mieux que atius ne ponrrioas le faire dans un examu Ms^irconstanGié la tactique ées uns et la position des autres. La scène «rait lieu dans la ealle à nmger, devant la porte de laqu^le Victmr avait &tt avancer la calèche. A Taspeot de mtenle « Victor ae «it 4 jeter le» bautscris:
«^ Bien! bien I Tout à l'iieiare je croyaisque ftom arriverions trop tard , et maintenant je «suis sûr que uMia n'arriverons pas du tout.
— Cinq minutes pour donner quelques ordtiea' et daq minutes pour m'babiller , dit madame Méakr , et je rais à vous.
^ Bon! murmura Victor; nous savons ce que c'est que des minutes de toilette ; nous voilà eafcùre ici fiom cinq ^urts d'heure.
Madame Mémer ne fit pas semblant d'entendre Victor , et donna l'ordre au domestique., qui attendait peor ouvm la portière, d'appeler Catherine^ puiseHe aUaemSnrasserCllara , lui faisant mille compliments «ur «m ej£aotitude et sa parure, et mille autres excuses ^mr ce qu'eUe^méme n'était pas encore prête. Clara, -que' rimpaHence de Vielor aawsait, s'empressa de dédarer qu'îeUs wMêH p«At du tout pressée.
— Bon, bon, grommelait toufOBrs eëlui^ci, pourvu qœ les eomplimeiits et les faux-semblants^'amitié s'«a mêlent , nous arriverons juste au mghient oli les autres repartiront pour le château.
Cependant Catherine parut> et madame Ménier s'eipnwi^ de dire à sa belle-sœur :
— Vous m'excuserez ; vous savea, ou vous eai»rei un jour « ^ue le lendemain d'un bal tout est sens deesus deseeua dans
-" maison, et que quand on a vingt-cinq pmonnfls idi* on û fort à faire pour que rien ne manque.
«- FUteSy^ viadimed'HoiiâaiUes en se retirant dans k cahm , avec dtetant phis de lésig&alion «^111 loi était fort indifférent d'arriter on de ne fKis arriver aurendez-Tons à lienre fixe» du oiament où il serait prouyé que ce n'était pas eUe4|« aoraift maa^né d*exactitiaée , s'en rapporta»! tool à &it i la colère de Victor pour lUre retember le aime sor f[m de droit. ¥ictor teieox la ssivit pour avoir quelqu'un àqui toe plaindre; inais Toyant madame d'Hondailles 6ter son chapeau, {«enire^m livre et s'établir dans un fauteml iiourlire,il se jeta sur «n divan ogl disant :
— Jecrois quefai le tenq» de me rattraper de mon insonmîe de cette mut
— Yous awLdooc tanmoup souffert? lui demanda madame 4VoiidaiUes.
— Pas préeiséinent, mais j'ai peu dormi, qumque j'ûe leaaooiip oévé.
Madame dlhawlalHns no répondit pas et se mit à Itrt; ; mais ce flot (qu'il veoaitdi^ ivononcer sonMa tout à coujp' distraire les idées de Victor de son impatience présent^. K son Téveîl, ton premier souvenir avait été pour ses projets de la vffille; d^uis ce ■kmk&C il ne s'était pas occupé d'autre chose» mais m mot le ramena pu hasarda la pensée des réveaqm avaient si fint a^té ssb sommeil; et il se rappela al^n qu'il kii flemUak avoir vu toute la nuit les figures les plus Intasquee tonrhiMonner autour de lui, toujours demi* nées par une image délicieuse , tantôt un ange , taotôt une fée, tonjowts mie figure éMomsiante de heaaté traînant après soi un parltam enivrant ,.et vers laquelle Victor avait couru sans cesse sans jamais pouvoir ratteindre. Cette figure ii i'aviit maintenant sous les yeux; ii )a contemplait avec me cunosité singulière, la comparant avec son rêve et se mcbant si eUe était plus belle ainsi qu'il Tayait vue dans son imagination ou telle qu'il la voyait à cet instant.
Gependant il se passait & ce moment dans la salle à manger une petite scôae iatte sans doute pour arriver jusqu'à' madame d'HoodaiUes, car madame Ménier élevait la voix d'une manière qui n'était pas dans ses habitudes de bonne ccmpagnie. BUeinftoiogeait Catherine sur les apprêts qu'elle avait faits pour le diner^ et entrait dans des détails d'une qm éltmoait ia marquise. Uadame Ménier voulait-
elle établir qu'elle était une femme qui s'occupsât de ^n jQénage ? Madame d'Houdailles le crut d*abord , quoiqu'eliq trouvât que la preuve fût d'un genre peu élevé ; mais en en* tendant madame Ménier déclarer cinq ou six fois de suite que rien ne marcherait, malgré les affirmations trës-préciscs de Catherine, elle commença à comprendre que cette explication à haute voix avait un autre but. En effet , à une dernière question, Catherine s'étant trouvée prise au dépourvu, madame Ménier, sans écouter la cuisinière qui lui déclarait qu'elle aurait tout le temps de se procurer ce qu'on lui demandait, se mit à dire : ^ ' — J'en étais sûre, si j'ai le malheur de quitter le château, rien ne sera prêt. Enfin il faut bien se résigner.
Et tout aussitôt elle entra dans le salon en disaût à sa belle-sœur :
— Ah ! ma chère, quel ennui qu'une maison 1 voyez ma position : je ne sais comment m'excuser, mais il est impossible que je sorte de chez moi; rien n'est fait et rim ne se fera si je n'étais présente.
— Mon Dieu, ma chère Glaire, lui dit tout à coup madame i ^ d*Houdailles, je ne tiens pas beaucoup plus que vous ù aller j > il ce déjeuner, et nous resterons , si vous voulez. \ ..
La figure de madame Ménier, qui était toujours armée de - ' ce même sourire doucereux et caressant, prit tout à coup * une expression de dépit très-prononcé ; mais elle se remit aussitôt en disant :
— Ce n'est pas ainsi que je l'entends : partez avec Victor,
et vous expliquerez à mon mari la cause bien naturelle qui ^ m'a retenue. 'j '
Madame d'Houdailles était trop femme pour ne pas com- ; prendre que madame Ménier voulait demeurer au château et voulait y demeurer seule, mais elle n'était pas disposée à céder à ce caprice et allait faire quelque nouvelle objection, lorsque Victor lui dit avec cette liberté qu'il prenait vis-à-vis de tout le monde et surtout avec madame Ménier :
— Tenez, ma tante, il eût mieux valu nous dire tout de .suite que vous ne vouliez pas venir.
— Comment, Victor, s'écria madame Ménier d'un ton 13lché, tudis... -.^mk
—Allons, voyons, repri^ tit ton mlgnard
l'iv TooïïTin bien le ttn|»* . 'v^lw.eit lrt9-mal, QtJ'wi ilr Fn>!'
^iibno .^f[ii«:i' ; ce eor&u blm unotn AClmrt i;i^ 'uï pas aller av« elle.
-Ob!.,. Db'... oh'... dit Victor, il voM le jftrm. i^a'fst ps9 juste, non; nuu muta <]iiefc|a ^ |à bjre ici peoUaat noUv Khenre. une hhivim pt%i 1 retour. Avouez-le tout de «mte et boo» m iûvmê
me d'Boudailles avait <I4 vinUnant i meut où Victor avait rappoM que ntuli )r>. ' 1 secrète de demeurer au chluwi; dte to t>-. e El elle avait peur des {arolra ifu'O praaooçu' "l conclut en partant d'uoe wrpriw . cUr r. fee reiait un speclaieui qui Ternit de Iota De i' ner dans ou terrain d-uifnrax, (fui n'oK tïti^i'; â'accrottre le danger en le tigmtaat, «I fal ae m.: <^ r EODlaf^é lorsque l'aveugle s beureumeDt frncta la obstacles auxquels il pouvait k beucttr. Hadane Hfi^rv, pendant ce tempe, u'avait pu doimnler m trauUe pvvfoa), «i bien que Victor s'en aperçut et n
— Ce que je dis, ma laate, û'esl qu'ai
— Et en que vous dévies savoir, dit n eu l'iuierroiiipaDt vivement, c'eit qu'U n'f s pM ito flu» Dauvai»; plaifan lerie que de deviner one nirpcUe qW«D nist tténager. Partons doue, et at rzites f>« qw ce «ut mn» ^ni 'doos retardici maintenant.
La maniéfe .(ont madame M^mw «xaeilUt eeUt tBIerrea, (iojj de Qafa avait à la fois quelque cbose de nronMlKul « d'inquiet qui échappa saoe cloute A Victor, twit qui o, v firma la marquise dana les soupçons pecrell qu'elle it* t. '■ >!(ail si pressa de partir, qw'eiîo iW » peine adir , -•sœur, el qu'elle éloU déjà eo voilure ivud qo. nçu toutes les explication» de « tant» poor 1 1 - ' (r-deion mari.
lame Méoicr accgojpaiîna wn nevw juaqu-kla ,«„,, ;. iifj parut eucore hésiter ua taoueiii ; mt, etoau
:ra
M LES PHÊTëNDUS.
poussée tout à coup par un boa seûtiment, aie tendit la bobIa à la marquise, eu lui disant :
— Merci, Gtara^ ycms ôtes bonne.
Celle-ci, dont le Yisage avait une teinte de triste mécoùr tentem^t, sembla se laisser aller tout à coup à un mouTement de pitié, et lui tendit aussi la main avec on scwriie triste et affectueux, mais elle ne prononça pas ime parole ; la voiture partit, et madame dHoudaiiles tomba daiis «ne rêverie profonde. Quant à Victor, il ne pensait qu'au hoor heur d'être parti et s'écriait joyeusem^t :
— Enfin, nous voilà en route l
TÊT£-A-7ÉTB EN 'CUÈCBB.
Madame d'HoudaiUes était profondément absorbée, e^ véritable tristesse se mêlait t ses réflexicms, cax une grosse larme arfiva jusqu'à ses yeux. Victor, tout occupé à coa* sidérer Tétat du temps, à calculer leschaoces qu'il jivait>dÉ oi&ir aux chasseurs, la marche qu'ils avaient àik swie, baMkât tout haut sans s'ap^cevoir qu'on ne f écoutait pas» lorsque tout à cou^ il aperçut dmots une vaste percée ente deux collines la vaste ruine de Saint-Martial.
— Voilà où nous allons, dit-il à madsone d'HoudaiUes en appelant si directement son attentioûi qu'elle iie put s'empêcher de regarder.
— C'est encore bien Ic^, reprit-elle.
^ La route est admiraUe, dit Victor, et quoique je Me faite cent fois, elle me met toujours en extase.
— Vous ! lui dit madame d'Houdailles, préférant sans doute la conversation de Victor, si frivole qu'elle fût, aux pensées qui l'avaient dominée jusqu'à ce moment; je ne vous amiB pas cru un admirateur excentrique des beautés de la nature.
.^ OhJ dtt Victor, je n'ai point cette prétentioa, etooia m'arrive moins souvent qu'aux vrais amateurs; mais il y a des heures^ des moments où ça m'empoigne ( pardon de l'expression, mais elie est vraie), oui, ça m'empoigne, ça œ prend au collet. Tenes^ regardez ce tertre là-haut; un soii;
LES PRéTEROtS. ^ Sf
en revenant de la chasse, je m'y suis assis pour me reposer; le soleil se coucbait; j^eus llmprudeoc&de le r^[arder, èt|e trouvai cet aspect merveilleux. Peu à peu ce fut une fiisci* nation telle, que je restai là suivant des yeux toutes, les dégracia lions du jour et du bruit, admirant toutes les tiuit* formations que subissent sucoessiv^ueni le paysage et le ciel, écoutant tous les murmures et leur prêtant un sens. H était minuit qudud je rentrai au château, ^ù tout le mondé était en alarme^ je voulus dire la vérité, on se moqua àù moi et on ne la crut pas. Mon oncle a prétendu...
— Je comprends alors, dit madame d'HoudaiUes, vouhuit ignorer l'accusation asses prohaUe qu'avait pu porter son lière, je comprends cette singulière exin^ession dont vous vous êtes servi, en disant que vous aviez eu Vimprudmce de regarder le soleil qui se couche, puisque cela vous a vahi une moquerie.
— Oh! dit Victor «q souriant, xe n'est pas à cela que le mot imprudence faisait allusion.
— A quoi donc? dit naturellement la noarquise»
Victor la regarda d'un air triste et amical, et finit par lui dire avec un accent profond :
— Tenez, madame, je vais vous dire une chose que je m dirais à aucun homme; une chose que je ne dirais pps à ma tante, qui ne me comprendrait pas sans doute. Je ne suis^ pas si étourdi que je le parais.
La marquise se mit à rire.
— Oh I ne riez pas, madame, car vous ne me compreoei pas non plus. Que vous dirai-je? Je suis Jeune, je suis riche, riche pour moi, qui ai des goûts simples. J'ai un avenir tout îaii, puisque je suis destiné à occuper un siège à la cour des pairs, et cependant, madame, je crains la solitude, j'ai peur de la réflexion. Bans cette longue soirée que jai passée ainsi que je vous Tai dit, j'ai été plus triste que je ne l'avais été encore de ma vie, et cependant j^éprouvai un invincible attrait à contempler ce spectacle. Vous dire c3 qui me faisait pleurer au milieu de cette contemplation, c^est difficile; mais jamais je ne me suis senti si orphelin qu'en goûtant celte joie. Souffrir et être seul, ce n'est rien, je crois ; mais le sentir l'âme toute pleine d'une joie inconnue, d'une de ces joies qui n'ont pas de nom dans la vie usuelle, et &*avo& paa
6î LES PRÉTENDOS.
quelqu'un à qui le dire avec effuâon !... Un fils n'est jamafe ridicule devant sa mère, madame, et le souvenir qui m'est resté de la mienne m'a fait rêver que si j'étais rentré chez elle pour lui dire ce que j'avais éprouvé, elle m'eût embrassé plus tendrement. Bien des fois depuis j'ai pensé, j'ai réfléchi, et je ne sais^pourquoi, au bout de toutes 'mes réflex5on.\ arrivait une peur ou une tristesse. C'est une fâcheuse disposition de mon esprit, sans doute; mais quand je m'abandonne à une idée, elle s'empare de moi, me domine, m'entraîne. Je me crée des bonheurs, un avenir qui s'en vont tout à cx)up à la première rencontre que je fais, à la première parole prononcée auprès de moi, et j'en souffre beaucoup.
— Je ne vous blâme pas, dit sérieusement madaitiè d'Houdailles, de regretter la perte d'une mère, mais vous en avez été Consolé mieux et plus qu'un autre.
— Non, madame, non! dit rapidement Victor.
— C'est de l'ingratitude, monsieur Victor, et votre tante vous aime comme une mère, sans parler de mon frère, dont vous n'appréciez peut-être pas assez la tendresse.
— Moi 1 dit Victor en souriant tristement : je connais M. Ménier, je le connais mieux que vous qui êtes sa sœur; j'en sais plus qu'il ne croit sur son compte; je sais qu'il a doublé ma fortune ; je sais qu'il n'y a pas en ^nce un plus honnête homme et un meilleur ami; mais, voyez-vous, madame, M. Ménier n'est pas de ma famille, et si ma tante avait été une femme plus sérieuse, il y a bien des choses qui me blessent et qui n'auraient pas lieu.
Ces paroles avaient été prononcées avec un si étrange accent de mystère qu'elles excitèrent la curiosité de madame d'Houdailles. Cependant elle prit la question dans un sens qui devait dissimuler cette curiosité à Victor et repartit : « — Lui en voulez-vous d'avoir oublié la distance qui séparait sa naissance de celle de mon frère, el de s'être alliée â un homme sans nom ?. . . ^
— Non, certes, madame, dit Victor, mais laissons cela... je ne sais rien et je n'ai le droit de juger personne ; mais si vous me voyez si brûlant, si étourdi, c'est que je ne veux pas réfléchir. Je l'ai fait ce matin, et vous voye;, je suis triste^ ennuyeux; je vous dis des choses qui n'ont pas levons corn* muQ.
XES PRÉTENDUS^ SZ