FEMME ET SOEUR
Madame Méoier était pâle; safigme, âVirâinave'si«nirjante, avait aae expsession menaçausle; ses yeux bdlUôent d'une colère qu'elle ne pouvait dominer. Â Taspect de M. ie Sommerive elle se oootmt et esraya de lepreadre le ion doux «t camanait avec kquei elle parlait sans cesse; aiais sa voix hésitait et tismUaitkvBqa'eile dit :
— Que vient-en de me dire, cbèn ûkun? yihis partes ! La Hiaïquiso eut peur d'une ex^tication avec madaiBe
Uéuec, et dit à M. de Samneme, qui s'incliDait pour sortir i
— Demeurez, monsieur, nous n'avons jBieiiàJiûiisdiiB, ^But sœur <et jBoi, qfue vous ne fuisoez -eniteiidre,*
Ucoifiieur de Somaierive ifanréta; madame Mâaier Jn lança un regard 4111 le fit tremiito.
— Je ne aayais pas 190e M. de âmiuoBri«e,difrelle> fdt le 43onfident de vos pi^ijetB de Cttle.
— Je les lui apprenais à l'instant oii vans <6te8 entréet, iâX la mac^mae.
— £t vous M en aves sans doute dît te Iwt?
— Je ne lui en ai pas dit les rsisao^ jrepiât madaaie d'Han* 4aille6 avec une dignité f Lacée.
— Je suie ravie d'èti?e vesne & teo^ps poar les apprendK.
— Je .m'iùuaginais que vous les ooansâs8iei»dU madaiBe d'Houdailles en clouant pour ainsi dire sa parole par lA j^aid menaçant au front de madame Ménier.
Mais l'exaspération de celle-ci ne sentait plus de fîreiB,0t «Ue .repartit:
— Doit-on luir aifisi ses anciens ams a|iré8 deux jaumi €eàA B'eat pas Joéen^. 4.moiBs.gue ce soit poor aUer Ott trouver de plus chers*
Tant d'audace confondit madame d'Houdaiiles, qui demeura un moment muette tandis que M. de Sommehye l'examinait comme s'il voyait enfin aborder la véritable question. 11 parut avoir pitié de l'embarras de madame (l'Houdailles et dit doucement :
•— Aussi vous disais-je» madame, qu'il valait mieux ne pas partir.
— Âh ! dit madame d'Houdaiiles avec une indignation vé» ritable, c'est là le sens que vous donnies au sentiment qui m'entraînait?
— Madame... dit H. de Sommerive.
— Je n'ai qu'une cbose à répondre à vous et à d'autres, monsieur, c'est que rien ne m'appelle hors d'ici, mais que quelque chose m'en chasse.
«- Que voulez-vous dire? s'écria madame Ménier en prenant une attitude de tristesse désolée; la maison de votre frère vous parait-elle insupportable parce qu'un accident plus rare que vous ne pensez peut-être est venu hier interrompre vos plaisirs? Vous saviez cependant ce qui en était.
— Âh! Glaire, lui dit madame d'Houdaiiles avec amertmne, est-ce ainsi que vous traduisez une résolution...
— Qui est une offense pour nous, Clara, dit madame Ménier; car si rien ne vous appelle hors d'ici, si quelque chose ^oas en chasse qu'est-ce donc, si ce n'est pas le déplorable état de votre frère?
Madame d'Houdaiiles parut prête & oéder à l'indignation que lui causait cette ruse impudente ; mais elle se contint ^pensant à M. Ménier; plus calme elle répondit :
— Ma résolution est inébranlable; je laisse à chacun à lui donner TexpUcation qui lui paraîtra la plus utile à ses întérôts.
— Gomme il vous plaira, ma chère, dit madame Ménier, mais u oubliez pas que si cette explication est peu bienveillante, vous aurez mis vos amis dans l'impossibilité d'y ré-^ pondre.
— le n'attends de protection de personne, dit madame d'Houdaiiles, et je n'ea ai pas besoin.
La porte s'ouvrit de nouveau, et Lise entra eu disant : «- Madame, les chevaux seront ici dans une demi-heure 9 ^ C'est bien, dit la marquise, je serai prête:
Madame Ménier s'approcha de sa belle-sœur; et, lui prenant la main avec une sorte de rage convulsive, elle lui dit à voix basse :
— Ce n*est pas possible, Clara, vous ne partirez pas!
— Je partirai, madame !
— Vous avez rencontré M. de Cam^l, vous Tavez vu cette nuit; je le sais, j'en suis sûre; vous voulez fuir ensemble, reprit madame Ménier les dents serrées, les lèvres tremblante? et la voix sifflante : vous ne partirez pas, ou vous m'écraserez sous les roues de votre voiture.
Cette menace, l'expression égarée de madame Ménier (épouvantèrent la marquise; elle fît un signe à M. de Sominerive, qui sortit.
— Claire, dit la marquise, vous êtes folle?
— Un mot, et je verrai ce qui me reste à faire, lai dit madame Ménier : partez-vouà avec lui, oui ou non?
— Je pars seule, et je ne reverrai volontairement M. de Cancel de ma vie.
— Volontairement! répéta madame Ménier.
— Je ne suis pas à l'abri d'une persécution, et je puis le rencontrer malgré moi, comme je l'ai rencontré ici, dans ma chambre, cette nuit.
— Oh ! misérable que je suis ! dit madame Ménier avec une douleur forcenée ; il vous aime encore, il vous aime toujours!
— Eh bien ! reprit madame d'Houdailles, sachez le traiter comme il le mérite, rompez avec un homme qui n'est pas digne de vous !
— Pour qu'il vous puisse aimer, n'est-ce pas ? dit madame Ménier, pour que vous deveniez sa femme, car vous Taimez aussi... vous l'aimez... n'est-ce pas ? Et ses yeux dévoraient la marquise.
Madame d'Houdailles n'avait jamais vu passer devant elle ces passions violentes, excessives, qui ne connaissent plus :iucun frein, qui n'écoutent aucune raison ; elle s'indigna .'onlre la supposition que renfermaient les dernières paroles (ie madame Ménier.
— Que je l'aime ou non, il y a un abîme entre nous.
— Folle 1 lui dit madame Ménier, vous vous croyez forte contre votre amour. Vous le serez un jour, un mois; mais
quand ii s'attachera à vos pas à toutes les heures, à tous les instants, vous finirez par l'écouter, et quand vous Técoaterez il sera justifié.
— Je vous ai déjà dit que je ne reverrais jamais M. de Gancel.
— Eh bien ! reprit madame Ménier, donnez-moi un gage de votre bonne foi. Mariez-vous.
La proposition parut si outrageante à madame d'Houdailies qu'elle ne put s'empêcher de lui répondre :
— Croyez-vous donc que le mariage soit une garantie inviolable contre un amour tel que celui que vous me supposez?
— Je vous comprends. Vous me reprochez ma faute, Glara^ dit madame Ménier ; vous êtes bien hère parce que la vertu vous a été facile. Vous n'étiez pas enchaînée à un malheureux...
— Une pareille explication serait trop afCreuse, dit ma» dame d'Houdailles ^ veuillez m'en dispenser.
— Oh ! que vous êtes bien comme toutes vos pareilles, femmes sans cœur, impitoyables parce qu'elles n'aiment rien, et qui sont si heureuses de condamner, qu'elles refusent d'entendre I
— Je ne vous juge pas. Glaire, dit plus doucement la marquise, je ne veux pas vous juger; mais comprenez vousmême que j'aurais mieux fait de ne pas venir et qu'il ecft nécessaire que je parte.
— Hais il part aussi, madame, et vous le saviez , dit madame Ménier. *
— Hais C2k?n, reprit madame d'Houdailles, suis-je donc l'esciavede vos caprices ialoux?Je partirai paice cae cela me plait, parce que je le dois, parce que je ne veux pas être en butte aux espionnages de vos valets et aux propos de vos amis.
Madame Ménier eut un mouvement furieux de rage im-^ puissante, mais elle se calma soudainement e reprit d'un ton larmoyant : ■»
— Et que dirai-je à mon mari pour lui expliquer votre départ ?
^ Ce que vous voudrez ; vous pounes même m'accoser à votre aise.
•9 C«8 PliÉTBNftlJS.
~ Il B» me •crmra pos, «t Olea sait ce qui m'en «rrï-
— Eh bien, madame, dit la marquise d'un «ir TésokL^fi» rai tDOÎ-mème lui apprendre mon départ, et je me charge de le lui faire compreadre comme venant de motifs qui tous «nitlout à fait étrangers.
 l'instant même on annonça ipie les ^sheranx venaient dteiiver, et madame d'fioudailtes quitta sa beDe-Meur en lui disant qu'elle allait se rendre auprès de M. Ménier.
Dans un moment de vivacité la marquise avait promis à madame Ménier plus qu'ellea'eût vcNila.'En effet, à peine fnt- «lie à la porte de l'appartement de son frère qu'elle sentit le ciwrage lui faillir. Quel prétexte prendre ? quelle raison «knner?
Elle luiPBa ion peu au hasard à la lenîr et «nAra dans fa chambre de M. 'Ménier. Il était debout derriôire 'le carreau •d'une fenêtre *qui awt vue s«r les communs da cMteau. En entendant entrer quelqu'un, il'aeretouroa'et reconnut sa «BUT. fille fut épouvantée de ThorriMe pâleur de ses traits, de 1^ de désespoir sombre qm«vait succédé à «on «xprea- «ion habituelle de bonhomie.
— Ainsi tu pars? lui dit-il en s'approchantd'elle.
Cette interpelhition direole surprit ia manyaise, qoi halhntia, et i laquede M. Ménier dit avant qa'eUe eût la leraps 4e répondre :
— Tu pars, je le sais, et je sais .pom<fiN)i. Tufais tlnea, > lu n'as pas autre chose à faine, H je Ven roMeroie.
Il lui prit la main et ajouta plus tristement eocora :
•«- A^eu pour longtempSy «dieu pour loujouia, peut- 'dire!
«- Ohl je reviendrai, dit ;mateiie d'HoadaîUes aaae ées -lanBes.
M. Ménier ne répondit que par un sourire glacé.
•— Hais, lui dit madame id^Houdailtes consternée, al tu dois m^a vcnilosraiaBi, je reatosai, je vais reste.
— Rester! s'écria M. Ménier avec une colère «pi fittreasaillir sa smor : owin, non, ii faaai que tu iparlès^ e^est la condition nécessaire. Ils t'ont forcée de quitter le cbiteaat^ Haotooft chaesée de dMB mot; mon to«r «st vona, je -suis libre à présent, et ce sera bientôt fait.
— Que veux- tu dire, Edouard? reprit madame û'Houdallles ; que signifient ces paroles?
— Rien, rien, dit M. Ménier en haussant les épaules. Madame d'Houdailles le regarda avec une terreur inquiète
dont M. Ménier s'aperçut.
— Ah ! lui dit-il avec une amère tristesse, n*aie pas peur : le démon n'est pas toujours avec moi, je ne suis pas fou... Mais c'est affreux, ma pauvre sœur, d'avoir rêvé un peu d'amitié près de moi après quinze ans de solitude, et de tout perdre...
— Est-ce pour moi que tu parles ainsi, pauvre frère ? Est-ce mon amitié dont tu doutes? Oh bien! je resterai, je resterai malgré loi!
— Non, Clara, non, ne reste pas. Pourquoi serais-tu le témoin d'une catastrophe inévitable?
— Mon frère!...
— Tu n'es ni une femme sans courage ni une femme sans raison ; tu dois prévoir la fin de tout ceci, et tu combattrais mes projets par des paroles, que tu les approuverais au fond de rtnie. D'ailleurs toutes mes dispositions sont prises et personne n'aura à se plaindre de moi.
La marquise ne savait pas assez à quel genre de mal elle avait aiïuire ; elle cousidérait son frère comme un homme dont la raison commence à s'altérer^ et ne voulant pas dis^ cuter avec lui, mais frapper son esprit par une vive émotioD, elle ouvrit la fenêtre et cria à Lise, qui était dans la cour :
•— Renvoyez les chevaux, je ne pars pas!
M. Ménier tn effet parut interdit de cette brusque résolution, mais api es un moment de silence il reprit :
— ÎN'im porte! c'est résolu.
.Et uvai\t v^ue sa sœur eût le temps de lui demander Tok* plicatioa de ces paroles, il sonna et dit au domestique qui parut :
— Je v: is m'habillcr et sortir; qu'on mette des che^'aux à une voiture. Priez M. le vicomte du Luc de m'aileiidre, j'ai à Jui parler.
il se tourne ensuite vers sa sœur et lui dit ailectueusement :
— Avant de sortir, je te verrai, Clara.
— Tu me le promets ? lui dit celle-ci. im Je te le jure.