‹ Au jour le jourChapitre 21 sur 41 · UN COEUR DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

UN COEUR DE TRENTE ANS

La marquise sortit^ et descendant rapidement au salon; elle arriva près du vicomte au moment où le domestique lui transmettait le désir de M. Ménier.

M. de Sommehve et Victor étaient dans le salon, mais madame dHoudailles ne fit que leur rendre rapidement le salut froid et cérémonieux qu'ils lui adressèrent; elle s'avança vers du Luc et lui dit tout bas :

-^ J'ai un service à vous demander, monsieur ; seriezvous assez bon pour me suivre?

— Je suis à vos ordres, madame, lui dit du Luc avec empressement. Et tout aussitôt il entra dans le parc avec elle.

— Monsieur, lui dit vivement madame d'Houdailles, vous avez trop vécu dans le monde, vous en savez trop bien pénétrer les secrets pour que je sois obligée de tous expliquer longuement le motif de l'intervention que j'attends de vous; d'ailleurs je n'en aurais pas le temps. Mon frère vous a fait demander un moment d'entretien. Je crois, je suis sûre même qu'il s'agit de réclamer votre assistance pour une rencontre avec M. de Gancel, et je viens vous prier de prévenir ce combat.

-r Ce combat ne peut avoir lieu, madame, da moins pour le moment, repartit froidement M. du Luc.

— M. de Gancel serait-il parti?

^ Non, madame. M. de Gancel est blessé. * — Gomment cela? dit rapidement madame d'Houdailles^

— G'est une blessure légère, madame; la colère de Victor l'a empêché de tirer avec sa justesse ordinaire.

«- Mais quel a été le sujet de cette rencontre, monsienrt

— Ah! mon Dieu! répondit du Luc, la moindre chose, comme il arrive toujours quand les jeunes gens ont envie de faire leurs preuves. Victor prétendait que M. de .Gancel ne s'était pas hier suffisamment excusé de sa maladresse quand U a tué cette malheureuse perdrix aa-dessus de votre tête :

il préteDdait aussi que M. de Cancel avait paru ne pas vouloir le saluer; nous sommes allés il n'y a pas deux heures trou* ver M. de Cancel dans la petite maisonnette où il se cache ; ses réponses n'ont pas convenu à Victor, et comme nous avions apporté des pistolets, raffaire s'est immédiatement terminée.

— Et c'est sur im prétexte aussi frivole qu'on homme comme vous a prêté sa présence à une pareille affaire? Youb me trompez, monsieur.

— Sur l'honneur, madame, il n'y a pas eu d'autres ex* plicatioDs ni d'autres raisons apparentes de cette rencontre.

— C'est me dire qu'il y en avait de cachées.

— Je le pense comme vous, madame.

— Vous ne les connaissez pas?

— Vous faisiez tout à l'heure un si complet éloge de ma perspicacité que j'aurais mauvaise grâce à voiis dire que je ne les soupçonne pas. La jepnesse n'admet pas les droits des autres, ei anciens qu'ils puissent être.

— Vous aussi, monsieur? lui dit la marquise en interrom* pant Femand. N'importe, monsieur, reprit-elle; veuillez me dire ce que vous répondrez à mon frère s'il vous adresse la demande que je suppose.

— Mais je ne sache rien de mieux à dire que la vérité telle que je vous l'avais dite.

— Alors, il fera comme moi, il vous demandera les raisons réelles de cette rencontre, et comme moi, il n'acceptera pas celles qui ne sont qu'apparentes et voudra savoir toute la vérité,

— Et je la lui dirai, madame.

— Vous oseriez?

— Cette vérité n'a rien qui puisse l'offenser, ce me semble!

— Monsieur du Luc, reprit madame d'Houdaiiies avec cet accent droiU qui ne permet pas les restrictions mentales, parlons- nous franchement; s'il ne s'agissait que de moi, je vous laisserais l'opinion que vous avez et que je comprends; mais il s'agit de mon frère, il s'agit d'un combat... peutêtre 4'un suicide! '

'.^ue dites- vous? reprit du Luc très-isérieusement. — ,J'ai essayé de M. de Sommerive, c'est un pauvre homme; Victor est un enfant, un noble enfant cependant, et

ce qull a foit ce matia en est la preuve la plua manHeate; Vous êtes un homme, vous, à qui l'on peut contîer le secret, l'honneur, le repos d'une famille tout enilèxe; je le crois sincèrement et sincèrement je m'adresse à vous.

— Et aussi sincèrement, madame, repartit du Luc avec tme émotion qui Tétonna lui-même, vous pouvez compter 3ur moi. Mais avant tout je pose mes conditions.

— Vos conditions?

— Oui, madame^ reprit-il vivement : je suis venu ici pour essayer d'obtenir votre main ; je vous ai vue, et ce qui n'avait été qu'une spéculation sur votre fortune est devenu un 4é6ir de mon cœur. Dirai-je tout? C'a été encore plus, c'a été le rêve de mon orgueil. J'ai pensé que si je vous obtenais, je serais peut-être plus fier qu'heureux. Eh bien, madame, ce rêve s'est enfui aussi vite qu'il était venu, car je ▼eus ai crue coupable. Maintenant, à Theure qu'il est, à ce moment enfin^ je suis sûr de votre innocence sans qu'il soit besoin que vous me la prouviez.

— Et vous avez repris votre rôvet dit la marquise avec un air réservé.

— Non, madame, non; c'est parce que vous avez dû deviner mes sentiments que je m'explique ainsi avec vous. Du moment que vous me demandez un service, permettez-moi de séparer l'homme d'hier de celui d'aujourd'hui. Pariezmoi comme si vous parliez à votre frère, et ne vous alarmez pas de l'avantage que mon amour pourrait en tirer de vous, le vous estime assez, madame, pour qu'un peu d'amitié, si je parviens à la mériter, me récompense de tout mon dévouement.

— J'accepte votre générosité, monsieur, lui dit madame d'Houdailles en souriant, et je puis vous dire avec la même franchise que si j'étais fort disposée à douter de la sincérité de vos sentiments amoureux, je n'ai jamais douté de votre >7auté en toute autre chose.

Du Luc s'inclina et répondit seulement :

— Maintenant, madame, je vous écoute.

8i la confidence de madame d'Houdailles était venue immédiatement après le mouvement rapide qui l'avait entraînée dans le jardin, elle Teût abordée avec une parfaite liberté, comme on franchit sans y songer, dans une course

npide, mne porte âe?aat la(}«i6Ue oa hésite loiiqQ'il faut pour ainsi dîne ia Êrandiir isoteimeUeineiit. Il f eut im jboment de silence pendant lequel du Luc chercha àiireflur la physionomie .de madame d'HoudalUes ce qu'elle voulait et n'osait pas dire ; enfin elle finit par laisser lomter ai^ec emharras les paroles suivantes :

— il faut 4uei*acciiflfi quek|R'iiB, nonsifiaf , «t clest douloureux...

Ils étaient arrivés, en parlant ainsi, au détour d'une allée qui menait à la petite porte du parc k ce momentune femme traversa rapidement l'allée et aortit dans le hois. Madame d'Houdailles s'arrêta, du Luc ouvrit de grands yeux coanae un homme aurpiis dié n'avjoir xien GosajolB à imie chose parfaitement claire.

— Madame Ménier ! s'écna-t-iL

— Je n'osaieiias vous tedise.

<— J'en sais assez, dit ie vicomte, .pour piévenir la rencontre que vous redoutez. Je crois entendre la voix 4e M. Ménier au salon ; séparons-nous ; il ne iaut pas qu'il soup çonne que vous ayez pu jn'aveitir.

«OSJTIOSI CftlTIjOirB.

n était ten^ps qu'ils se séparassent A peine madame dHûudailles se fut-elle glissée dans une allée prolongée par une haute et ^paisse charmUie, qulelle vit son Irére s'avancer rapidement vers M. du Luc. Elle eût désiré pouvoir entendre ce que M* Ménier avait à dire au vicomte, mais un sentiment de discrétion» plus encore que la crainte d'éti» découverte, la fit s'éloigner. Peu d'instants après^ eliexeconnut que Feraand avait tenu sa promesse, en voyant revenir M. Méaier seul et tellement absorhé dans ses pensées, qu'il ne semblait .pas l'apercevoir., quniqu'elte eût ntiarcbé à sa rencontre*

— Je te remerue, lui dit-elle en.Kahordant, de ne vaa étse sorti sans me parler.

-^ Je ne sors pas», dit tristement H. Ménier ; ou plutôt j*ai« tendrai le retour de M. du Luc avant de sortir*

— N*a8 tu rien à me dire, Bduuard, n'ai-je plus ta conflance Y reprit la marquise en le regardant avec une sorte de pitié craintive.

M. Ménier ia regarda plus tristement encore.

— Ne sais-tu pas torat ce que je pourrais te dire? répondit-il.

— On ne confie pas seulement ses chagrins à ceux qu'on aime, on leur dit aussi ses projets et ses résolutions.

— C'est inutile quand ces projets sont irrévocablement arrêtés. Ton approbation n'ajouterait rien à ma force, ton blâme ne ferait qae me chagriner sans m'empécher de les accomplir.

— Edouard ! Edouard ! reprit madame d'Houdailles les larmes aux yeux, ce sera donc mon arrivée qui sera le signal d'une terrible catastrophe!... Pourquoi m'avoir fait venir! Avant ces jours passés, avant que ma présence... eût éveillé des souvenirs éteints... vous viviez calmes... vous étiez heu* reux...

* Heureux ! répéta M. Ménier avec un accent qui glaça le sang de madame d'Houdailles; heureux!

Clara frémissait et de parler et de se taire , car elle redoutait qu'un mot imprudent de sa part ne vint rendre à son malheureux frère une de ces commotions effrayantes qui le brisaient, et elle craignait de l'abandonner à des idées qui semblaient vouloir prendre une direction funeste. Dauos cette horrible appréhension, elle le mena doucement du côté de la maison, persuadée que l'obligation de soutenir un entretien avec M. de Sonmerive et avec Victor distrairait ses pensées du point iixe auquel elles paraissaient tendre. Mais ils ne trouvèrent au salon que M. de Sommerive, l'air singulièrement mécontent et blessé de la façon dont on recevait dans cette maison. Que le maître ou la maîtresse de la maison ne fussent pas dès le matin à la disposition de leurs hôtes, que madame d'Houdailles se dispensât de s'occuper d'eux,* cela pouvait s'admettre avec beaucoup de complaisance ; mais que M. Viqtor, le neveu, sorti dés le matin, rentré à peine depuis une heure , s'échapp&t tout à coup comme un fou, pour s'élancer à travers le parc^ sans s'excuser, et en le laissant tout seul, c'est ce qui venait d'arriver, et c'est ce qui paraissait tout au moins fort leste à

M. de Sommehve. L'honorable quarantenaire ne 8*ayouait pas à lui-même que son humeur eût été beaucoup moins vive si déjà madame d'Houdailles ne lui avait enlevé le vicomte du Luc, et s'il n'avait pu suivre de l'œil cette promenade tête à têle qu'on lui faisait passer sous les yeux sans la moindre retenue et le plus petit égard.

Madame d Houdailles avait une telle conscience du malheur de son i'rère, qu'il lui semblait que tout le monde devait le comnrendre, et qu'elle s'imagina trouver dans M. de Sommerive un homme qui mettrait comme elle tous ses soins à arracher M. Ménier à ses cruelles piêoccuputions. Celle ci en entrant dit à l'honorable député :

— Gomment! vous êtes seul, Sommerive?

— Vous voyez, dit celui-ci d'un ton piqué.

— Où donc est Victor ?

— Votre neveu aurait les deux pieds foulés, repartit M. de Sommerive, que je ne me hasarderais pas plus qu'avanthier à lutter avec lui. Â sept heures il était déjà en campagne, à midi il était de retour; et à Tinstant môme il vient de se remettre à courir je ne sais où avant d'avoir pensé à déjeuner.

— (k)mment! dit M* Ménier d'un ton mécontent, on n'a pas encore déjeuné?

— Pas encore, que je sache, dit M. de Sommerive.

M. Ménier sonna vivement, et dit avec une sévérité rare chez lui :

— Servez à l'instant et priez madame de descendre.

M. Ménier lit un tour dans le salon pendant que madame d'Houdailles faisait à M. de Sommerive des signes que celui-ci s'obstinait à ne pas comprendre, soit inintelligence, soit humeur.

— C'est aussi un peu ma faute, dit tout à coup M. Ménier. J'ai si maladroitement été malade hier soir !

Ceci parut faire quelque effet sur M. de Sommerive, qui dit rapidement :

— Mon cher Ménier, vous êtes tout excusé et je vous avoue même que je n'espérais pas aujourd'hui votre compagnie, ni celle de madame Ménier, fort excusable de ne pas vous quitter en de pareils moments.

Si une femme comme madame d'Houdailles eût pu tra-

^ LBB PRÉTENDUS.

duire sa foWre psr des pensées brotales on êes mots grossiers, certes lldée de donner des seofflets à M. de SommeriTe loi serait venue en ce moment, et elle Teût appelé des noms de butor, dlmbécile et de rostre. M. Mënier ne répondit pas, mais Clara remarqua, à son grand étonnement, que cette réplique de M. de Sommerive, au lieu d'irriter son frère, avait été bien accueillie par loi, car ii repartit aussitôt :

— Cette pauvre Claire, au fait, est bien fatiguée, et j'aurais mieux fait de ne pas la faire prier de descendre.

— Vous avez raison ! s'écria vivement madame d*Hoadaîlles, qui tremblait de ce qui allait arriver ; je vais l'avertir <|ue nous déjeunerons sans elle.

La marquise n'avait pas achevé cette plnrase que la fatale nouvelle qu'elle voulait prévenir arriva : le domestique qu'avait sonné M. Ménier reparut et dît aussitôt :

— Le déjeuner est servi, mais on n*a pas trouvé madame cliez elle.

Madame d'Houdailles fut sur le point de faire à ce domestique des signes pour le fairo taire ; mais elle craignait à la fois les regards de son frère et ceux de H. de Sommerive, et se h&ta de dire :

— En vérité je deviens foTle ; j'oublie que je l'ai priée de faire pour moi quelque chose qui l'a obligée à sortir un moment.

HL. Ménier était complètement redevenu mattre de lui, il parut accepter l'explication sans aucun soupçon, et dit d*un air tout à fait naturel :

— Eb bien! Sommerive aura l'obligeance de se contenter de notre compagnie.

Malgré les efforts des trois convives, le déjeuner fut gêné, «i cependant madame d'Houdaiiles et M. Ménier semblaient le prolonger à plaisir. En effet, chacun d'eux était dans l'attente d'un événement, et le fait d'être assis autour d'une table était une sorte d'occupation qui les empêchait d'être obligés de faire autre chose. Madame d'Houdaiiles surtout, qui craignait de voir son frère lui échapper^ ne cessait de trouver de nouveaux prétextes pour ne pas quitter la table; elle espérait, durant les minutes qu'elle gagnait ainsi péniblement, que madame Ménier rentrerait au cbâtteau, que du Luc serait de retour. Hais H. de Sommeirive n'y mettait pas

L^6 1»«ÉtCflIIU& tt

taiDéittavQ eomftoDssMe. H m^6tût<qit'à mMé astis jnr sa chaise et ne voyait pas faire un mouvement à «nadaMie d'HoudailtotSMif anir i'§kû'èbn fiel à fe tevcr. Toute l'habileté «de la manque -était 4 bout toscine tout à coup Victor reparut et entra doBSlaoBlleÀ aumgi».

fi «eiD})kit vieibleiBeBit agiléet au point «^pie .sou ittcle lui dit eu se levant vivement :

-^ Qu^aMu„ VkUifr ? Que t*6et41 anivé?

^ Eiea, in(»i oacie,» <ri6U, r^^audii eeb»-Gi.

Madame d'Hoiaydailles, EefJoutaol.le tr4>ujaii£<db^ Vicloc,.sttS «Q Uevioer la cause» se ttâta de dire.:

— M. de Perd^goau awb fait icomiDe i)auia« .jour une course forcée, et le cœur loi bat saos éoute très^fort.

Victor jeta un regard d'indignation sur madame d^oii- •duiiies et répondiiavec un acceiU-amer :

-* Oui, madame^ c'est uoecoucse forcée, çui Qu'est peot^ être pas si étrajoigère (iue vous le pensez à «eUe ijue J'ai faite pour Touf^ rapiKwter vatre moudioir et..

li s'arrêla tandis que madame d'Houdaiiles lui eavon^ait nn regard supyplianl. Mais d^à M. idénier Asait compris ^ Ai. Méiuer .tétait xappeié le biUet trouvé dans le mouchoir, Mlct que sa sœur ne lui disait pas e^tpliqué.

La marquise put voir une sorte d'incertitude dans la {kb^ sioDomie de M. Ménier. On e)U>ditjgu!ii comipreaait que les paroles âe l^ctor .renfermaient uue accusation, et ^que oeitte accusation n'était peut-être pas sans fondement. M. de Som^ merive prenait de son côté des airs de plus en plus io^MMt* tants et résignés. Madame d'Houdaiiles éprouva un de ces mouvements if indignation d'hounéle femme joutra^ qui rejette sur les autres le dédain ou le soupçon dont on l'a frappée, et, sans calculer la portée de ses paroles, elle dit rapidement: ^

— Je serais fort dWigée & M. Ticlor de s'expliquer plus complètement sur le but de cette course où il parait que je suis intéressée, tout à fecit h mon insu.

tf LES PRÉTBMDUS.

Victor était exaspéré, à ce qull parait, car il répondit phii que brusquement :

^^ — Je ne trahis les secrets de personne, madame.

— Mais j*aime assez à apprendre les miens, monsieur» dit avec hauteur madame d'floudaiiles.

~ Vous pouvez TOUS adresser à tout le monde pour cela, madame, répondit Victor.

— Vous oublies à qui vous parles, s'écria tout à coup M. Ménier devenu p&ie et tremblant ; pensez-vous que j*aie

fait venir ma sœur chez moi pour la laisser insulter par

vous, par... le neveu de madame Ménier? car vous ne m'êtes rien^ monsieur 1

» Je le sais, monsieur, reprit modestement Victor; mais si je ne suis rien pour vous, vous n'en êtes pas moins pour moi un bienfaiteur, et je ne l'oublierai jamais.

--* Le premier témoignage , le seul que j'en aurais voulu obtenir, Victor, dit M. Ménier d'un ton plus doux, ce sont les égards de la politesse la plus simple pour ma sœur.

Victor parut plus embarrassé qu'on ne peut le dire; il comprit la justesse de l'observation de son oncle ; mais ce sentiment ne pouvait lui faire vaincre le ressentiment qu'il éprouvait contre madame d'Houdailles, et il répondit en balbutiant :

— Je me serais bien gardé de dire rien qui pût paraître désobligeant à madame votre sœur, si elle-même n'eût pas paru vouloir donner une tournure ridicule à la course que je viens de faire.

—Vous êtes bien susceptible, monsieur, dit madame d'Houdailles ; je croyais qu'on pouvait se permettre une plaisanterie vis-à-vis de vous sans que cela vous blessât au point de vous rendre injurieux.

On put voir qu'une réponse mordante errait sur les lèvres de Victor, mais il se contint et répondit d'un ton amer et triste à la fois :

— J'aurai le soin, madame, de ne plus m'exposer à man* quer aux égards que mon oncle réclame pour vous... rfang une heure j'aurai quitté le château.

— Toi aussi , s'écria tout à coup M. Ménier.

— Oui, mon oncle, dit Victor, et vous me pardonnerex, je

l'espère, cette i^lution ; elle est plus nécessaire que vous ne pourriez croire.

— Nécessaire ! reprit M. Ménier.

Quelques larmes vinrent aux yeux de Victor ; il hésita à répondre.

— Mais qu'y a-t-il? reprit M. Ménier en regardant sa sœur. Est-ce le reproche que je t'ai fait, Victor?...

— Non, mon oncle, non, je vous le jure ; mais il le fauti. je ne puis pas faire autrement.

— Que s'est-il donc passé, Clara *>.... Il y a quelque chose fue je ne comprends pas! Me diras-tu de quoi il s'agit?

— N'interrogez pas madame d'Houdailles, mon oncle; elle ignore complètement le motif de cette résolution.

— J'entends, je veux le savoir! je le veux ! s'écria M. Ménier dont rœil brilla d'une colère terrible , mais qui n'avait pas cette sinistre et incertaine expression qui annonçait les approches du mal horrible dont il était frappé.

— Il me le dira à moi, je l'espère, dit M. de Sommerive, qui intervint en voyant la discussion prendre unejournure si animée.

Victor, la tête basse, les dents contractées, ne répondit.pas à cet appel qui semblait vouloir amener une conciliation, et se frappa le front avec violence. Madame d'Houdailles sentit qu'il fallait terminer une scène qui pouvait avoir un résultat plus sérieux que M. de Sommerive ne pouvait le croire. Elle se leva, et s'adressant avec une dignité froide à son frère et à M. de Sommerive, elle leur dit :

— Gomme je suis certaine d'être pour quelque chose dans la détermination de M. Victor, je le remercie de sa discrétion, mais j'espère qu'il voudra bien me l'expliquer. M. de Sommerive, ajouta-t-elle avec un de ces regardîîs que les femmes les plus pures savent trouver pour Thomme qui leur plait le moins/ lorsqu'elles veulent en obtenir une complaisance, je vous en prie, et je vous serai bien... bien reconnaissante de cette bonté, attendez-nous avec mon frère, et vous verrez que tout ceci n'est qu'un malentendu. Edouard, attends-moi ici avec M. de Sommerive ; je vous apporterai à tous les deux cette explication que j'obtiendrai* j'en suis sûre^de M. Victor.

M. Meunier sourit amèrement et repartit :

r- Ne crains rien» Qara, je ne m'éloignerai pas.

94 L£S PilÉTENIMId.

^ Voulest-Toiu avoic l-obligeaiiea de lae auûrraî lepôt aussitôt madame d'Houdailles au jeune hoBUBd** Victor s'inclina et obéiU

ONE MWE DB TTIffiT k^à

A peine avaient-ils fait quelqjaeftpas ea deliûradu aalwi que madame d'UoudaiUes reprit avec vlvaciié :

— Eh bien, mousieur, vous cxpUquei^arvaua enfin? me direz-vous ce que signifient ces rélicences maladroileSi ces insinuations injurieuses, cette résulutian folie ?

— Oui, madame, repartit Victor, je vous dirai lûut, à vous, tout, saus ménagement pour personne.

t hésita encore et reprit :

— Il le faut ; d'ailleurs, je ne vous aipprendrai rien que vous ne sachiez déjà ; seulement, je croyais que vous la plaigniez comme moi et non que vou& la trahissiezu..

— Je ne trahis personne, monsieur, dit fièrement madame d^Houdailies.

— Et cependant, reprit Tictor, M, de Cancel était cliez vous cette nuit ; il était au rende^rvous qu!il vous avait sans doute demandé par le billet que je vous ai remis et qttU avait déposé sur le banc oti je Tai trouvé.

— Monsieur Victor, quand Fàge vous aura appris, ce quft c^est qu'une femme qui se respecte, vous ne lui jetterez pas de pareilles accusations avec cetta légèreté et cette assurance.

— Il n*y était donc pas de votre consentfimentT dît Victor avec étonnement.

— Je vous ai demandé une explication, monsieur, dit madame d'HondailLes, mais je n*en ai point à vous donner. Remarquez, je vous prie, que je ne me suis mêlée en rien des choses qui vous concernent, et que vous avez fait le conr traire. J'ai le droit d'obtenir ce que vous n'avez pas <^lui d'exiger. \

— Soit, madame, reprit Victor ; mais alors veuillez biei m'écouter sans m*interrompre. Quoique je ne vous doive\ aucun compte de mes actions, ie vous les dîrçn tQates,,j[e vous \

LES PRÉTBNBUS. 93

ea dirai le motif. S'il vous parait bltessant, je le recette, mais c'est la vérité que vous vooles, la voici donc. Ge matin, madame, toute la maison savait (commeot le savait-elle? je rigoore), toute la maison^ dis-je, savait que AL de Gaooel a^ait passé la nuit dans votre chambre.

^ Passé la nuitl répéta madame d'Houdailles avec m frissûonenieiit 4'iiiiiignatiâfi. GûuUmieE, n3M»nfikuf|, lepril- ^e enauite, coatiauez.

— Je fus loiigteiiH)&, reprit Victor, à croire ee cpie Vm. me disait à ce sujet. Après ce qui s*étaât passé hier ^(te nAus deux« après ooUre r^ooQ^e avec M. deCaocel, je se pouvais' mi'imagioex qjue des celations que je ne qualifie pas, qju'une inteUigeuoe aussi intime pàt «sister eatre noas*

Pendant qu'elle éeuatait Vicier, la maniuise était devemte leur à tour reu^, pàW et gUeée ; ragitatien deseet iôvras, ia^râpalioadii 8B»maiQS),attestaieat.k violent eiart.q«k*«tte était obligée de faire pm» contenif lea aentiaiefUis tumultueux que ces patole»saulev8ientdans son àme..

— Vous sottém,. madame, nsfidi Victoir^ de of^SDlcnAre parler ainsi ; je eessesai^ madame^ si cek von» eoDvkat.

-^ Continuez^ oeaUiMiei, Kpiit âaraavec vi«a(il6>; j*slme mieux la brutalité de ¥Qft aceasatiaM, bien elaiocff et bien formulées du meins, c^ ks ménagemeuls iottlsnls et les airs de pruderie blessée de certaines peisonncfl; oontinuez, vous dis-je.

— Soit, madame^ Tepni Vietei eu et Baffermissatitéans aa résolution de tant dire qu'aTsuA ébcafiiée Taptalioiiide madame d'EoudaiiUea.. Vous êtes libne, raadiune ; rum avez aimé BL de Gancel *, vous peuvee pacallre ne pas savoir qu'use autre pas8k)araeoQSûlé dévolue perte, eu hïMi voas pcmvez la lui pardonner : je a'ai ^ais aimév madame;,. Je ne sais jusqu'à quel point Tamour peut être j^tnx de ses tinom;pbes passée et jusqu'où il peut atiei pour les ressaisir ; ainsi je «e ¥ous blâme b4 ne veuft coadamne. SL j'osais même poiier lio j,ugement eu cette cieooastauee, j» vous excusaraiSy caf j^ sais qjuae'esA par «oe traèifiosi qu'on; vous a enlevée à Tai leur de M- de: GaoeeL Mais cnfi» voilàr huit aas que cela s'est passée voiUk huit ans (lu'uiie autre Ênnme {«ie des traoees les paye teriibles», de lu vie la plus, mai beureuae la loUe. passiou à la laquelki elle vena a. sacrifiée; car

M. de Gancel ne l'aime pas, madame; H. de Gancel a voulu la perdre et la punir du mal qu'elle tous a feit ; lui seul est coupable dans tout ceci ; s'il ne vous avait pas demandé ce reodez-Tous, tous ne le lui eussiez pas accordé, et si à totre arriTée il avait quitté la Normandie, comme il l'aTait inromis à ma tante, on n'eût pas vu éclater cette rivalité en- Ire deux sœurs, rivalité qui amènera de n terribles catastrophes, si un hasard inespéré ne nous sauTe tous. Cest poussé par cette terrible pensée, madame, que je me suis rendu ce matin auprès de M. de Gancel, décidé à lui chercher une querelle dont il était incapable de dcTiner le motif. Ba effet, je saTais que lui mort, ma tante le pleurerait sans doute; mais, lui mort, elle ne se fût pas perdue par un éclat comme elle le fait peut-être maintenant. C'est pourquoi j'ai Toulu tuer cet homme, pour la sauTcr, pour tous lauTer aussi peut-être, madame, car s'il tous préfi^ à ^e... elle fera tout pour tous perdre.

A mesure qu'il parlait, Victor semblait plus ému ; madame d'Houdailles l'écoutait aTec moins de colère, et quoique encore émue de la dureté de ses accusations, elle s'étonnait d'écouter ce jeune homme qui n'aTait pas une pensée pour lui dans tout ce qu'il aTait fait.

Gomme Victor s'était arrêté, la marquise reprit d'une Toix plus douce :

— Je TOUS écoute, monsieur.

— • M. de Gancel accepta ma proposition aTec un empressement qui me montra qu'il n'en aTait pas compris le motif; il s'imagina, comme du Luc, que je Tenais Tenger sur loi la perte d'une espérance personnelle ;que, destiné par ma tante à l'honneur de prétendre à Totre main, je Tenais punir sur lui l'injure qu*il aTait faite au Tiolent amour que tous m'a- Tiez inspiré.

• — Vous auriez pu le désabuser, monsieur, dit madame d'Houdailles, et peut-être en reconnaissant que tos proTOcations aTaient un motif presque sacré, il eût éTité une rencontre qui nécessairement amènera un éclat fâcheux.

^ Je suis bien coupable, bien coupable sans doute, madame, reprit Victor, mais il est possible que si je lui eusse dit pourquoi je Tenais à lui, il eût refusé de se battre aTec moi : il m'a cru amoureux, il m'a cru jaloux ; il s'est trompé.

LES PRfeTENDUS. 97

madame : vous étee belle, plus belle qu'aucune femme an monde, sans doute; vous avez cette grâce qui séduit, qui emYre« cet esprit qui charme et qui domine; mais tous aimcE M. de Gancel, tous lui avei gardé pendant huit ans un amour fidèle ; et bien fou serait celui qui oserait prétendre à obtenir une place dans votre cœur. Non, madame, non, je ne tous aime pas; car si je tous aimais, oh 1 j'aurais tué cet homme 1... cet homme que tous aimez, je l'aurais tué certainement.

4 La Toix de Victor était deTenue ftcre et sifQante pendant qu'il parlait ainsi, et chaque fois qu'il disait à madame d'Houdailles : ie ne tous aime pas, ses yeux lançaient des éclairs de colère, et son Tisage prenait une expressiou de dé8eq)oir qui démentait, non pas la sincérité dé ses paroles, car il croyait à ce qu'il disait» mais la vérité de ce qu'il croyait. éprouTer. Madame d'Houdailles de son côté, les yeux baissés, le cœur ému, écoutait cet amour qui s'ignorait et parlait si haut; elle comprenait, elle, que le repos et l'honneur de M. Ménier étaient le prétexte que Victor aTait donné à la fureur inconnue qui s'était emparée de lui; elle craignait de hii répondre de peur de jeter une clarté soudaine dans l'obscurité tumultueuse de ces sen* timents. Victor l'arracha à son embarras en reprenant presque aussitôt :

— Mais, enfin, il ne m'a pas doTiné, et le combat a eu lieu. Je ne sais quel mauTais génie plane sur cette maison , mais j*aTais fait donner à du Luc sa parole d'honneur de n'instruire ni ma tante ni son mari de cette rencontre ; mais il y a à peiae une heure, pendant que vous étiez avec M. du Luc, quelqu'un est Tenu qui a dit aToir rencontré M. de Cancel blessé et qu'on rapportait dans sa maison... Elle l'aime, madame; sans doute tous comprendrez mieux que moi le mystère de cet amour ; tous êtes femme, tous sa* Tez peut-être comment il se fait qu'on puisse oublier à ce point le soin de son hoimeur et de sa réputation; mais à peine eut-elle appris cette nouTelle, que, s«)ns réfléchir que la soudaineté dt sa sortie deTait dire où' elle allait, sans aToir pu maîtriser devant ses gens l'épouvante et la douleur dont elle aTait été frappée, elle est partie aussitôt, emportée par une passion irrésistible et aTeugle. J'en ai

Oa LES »ft6lB3iD(J«..

été sjfeTtipaLt une femsm qui aait. tout éamB eMe HMÉnitet dont Ul Goadute eat aueû ua étranga mytèie. pour moL Gatberioe ost Yemia. me dire cp» nw taote aivait quitté le château, etqWdte «Uaiteans doute ciMs M. de:Gaiii»l;;c^GBfc alors que j'ai fait, madune,. cette coMiae que wm^ppptm t£ouvée Umi à Tiieiire » ridicule; Je aui«' ^veaa à, asteû^i^ dfe ma {Ubovre tante aaraat qu'elle fàt pot tiwfr éloignéeide ]& maisûu ; élsiitrce. Biea devoif eu. nea? le Tigaere; maÉr moi, son neveu, à qui elle a servi de mère, j'ai easaiféde la proléger contre elie^aiéaie; Sans païaâtse eempveodre où elle allait, j'ai vonia kt. rvaener ea lioÉ disaat^e sos mari la. demandait et8'*âtoBnaîtdefiMajd)8eD8e; etiaseim^ pas écouté; et alors daas reatxainaBKnl d^ua deaKia^ue je aroyaia généreux, j'ai osé hû dir&oa cpis' j'ai fait po»* l'arrêter dans cet ablme^oùiellesepnéoipite; je aai suis! jeli à ses pieds,, je l'ai implante avec dise lannesv je lui' ai petM de riioDaeur de son Bem,,de son repos : Je n'ai mu âtoupié; madame, qu'une résdulifi» iaébiatiladileip nue cdtoe f&$ a soudainementoublié, non pasiseulemem toute la tendisse que j'avais pour elle, maieenooce toute Pafiltetianifiii'elle'a eue poux moi; elle m'a traité d'inpat et de nasérable, et lorsque j'essayais de lui faire comprendre que: si je* m'étais trompé, c'était pour avoir aimé aoa ^enbenc, elle n'^ chassé; elle m'a chassé sans retour, madame, et, afliidasaB: faire obéir, elle m'a dit qu.'elle pséfétait. piiâlèl arvonerla vérité à son mari que de eappanteff ma préseoee peniast: une heure dans son château. Vous voycx donc Iéob qii1l< lautque je parte ahsûUufi£»t, et voies voyez aussi^ecoDlâen il m'est difficile de direà.mea eaele. leauXif de.'aioa d^ part.

La fin de cette étsai^e eonfidenoe avaiJ^ jefe^ madame d'Houdaillea dene une: profonde préocenpatiHi. Viictor, d§ son c^lé, était absorbé pav la pensée de la diifteuité dé sa situatioa. • Comment pester, disaitfiU et ooHBiuiat p»lip? » Tout à coup madame d'Houdaillce wapii, coaune si htyo liéelumineuse venait la firappen :. ^

— Elle vous atnenacâ, wlesb^ paa, d^aRrouer tout ûi non frère?

— Qui,, madame,

^ Elle vous eu a menaeé pourviraaoldiger'&paftirf W^

LBH l»!t ETENDUS. M

Méat M|irit nndame dlfondailtes eprès une assez longue pne^ lesleE, ^Mnsleiir Yicter, restes.

-< ¥oilà on ébrange eonseil, reprit cehii-ci d'un ton méfiait. torie^TOtts donc besoin qne ma tante, exaspérée par sa Tâàstaiiee, ponssëe à hofA par l'inimitié de tous ceux qni devraient la protéger. Vitrée terrible aveu à son mari et se perdit sans retour?

-* De tous les «evpçomiitie voue m'ayez montrés, reprit tristement madame d'Houdailles, celui-ci est assurément ItfftiB omel ; la trahison dont vous m'avez accusée en dianttqoe f avais aocepté le rendez-Tous de M. de€ancel, fle serait qu^on jeu tiuprès de celles. Dans votre morale de jannes .gens, ivpiît la tnarqnise avec amertume^ une teiiino«iftri reprend «cm «mant à celte qui le lui a enlevé^ IK s«D8 dotfte - Ae «es drefilts légitimes; mais je ne pense pas que vous puissiez trouver une excuse à la duplicité qui wiiifiBiseirnr'dela passion d'une rivale pour la perdre. Faites donc ce qui vous plaira, monsieur, et Touillez me HtBttB «pe ieûmtèpêùàre à mon frère.

•*t*)E]l'! le Bail- je, laadnn^? et iorsqne c'est à vous que je ne lûEHB «dRissé ipour vous demander conseil et appui, vous m'acoaMM'pottr «n 'BKH infoonvenant sans doute. Mon Bemvjb .le scos, «sais je ne ■puis répondre daas le désor- (he oÀje iflBis; lear, ei ^^eus levoufez, je resterai; mais si je mlB, dile pariera, mms "ilsAje; ^e parler^,, et c'est moi qui l'aurai poussée à se perdre. '

ilMaoBB^d'HoudailleB «parut ^en oe mometft vivement agitée; ipois» appès iqntflqaes nmiites -dliôsitation, elle prit tout à coup uoe rtsotaition ixhivi^.

-^ llanâoDr>Ticlar,'dit^eIle it'un Ion ferme et déterminé, TttufiÉn MÊ, iicdrie«e«r; « vous ne me comprenez pas aujourd'hui, je suis sûre que vous me rendrez justice plus tard : restez, vous dis-je, et madame Ménier ne pariera pas; elle ne parlera pas, moasioar, parce qu'elle s?it bien qu'elle n'a rien à apprendre à son mari.

— Que dites-vous ! s'écria Victor en reculant involontaimmil^'itde mf ! Son visage prit ime expression de dédaii^ ilîliflfquto 60 tensaBft la voix : Bt il le souffre !

-«•lOuiy'Bioniieur,!! le «ooffre, et de sa part c'est plus de^noblCBse, plus de courage, plus de grandeur que vous ne

tOO LES PRÊVfifiiDDS.

pouvez VOUS imagmer; c'est une effroyable hmtoiie,iiioii* sieur, mais que je ne puis ni ne dois tous dire encore; seulement ne blâmez pas M. Ménier^ne condamnez même pas votre tante avant de savoir ce qui a pu la pousser à mal faire, et puisque vous avez trouvé près d'eux tendresse et protection, soyez indulgent pour tous les deux et attendez. ^

— Mais vous, madame, dit Victor, vous que j'ai crue coupable, vous que j'ai offensée l

— Ne nous occupons pas de moi, reprit madame d'Houdaillesy rentrons au salon; et si vous voulez être bon jus* qu'au bout, dites à votre oncle que c'est la réprimande qu'il vous a faite qui vous avait décidé à partir; que c'est un mouvement d'bumeur, d'emportement : et peut-^étre Dieu l'era-t-il que ce nuage menaçant suspendu sur nos tôles passe sans amener d'orage.

— Et oe me dites-vous rien, madame» dit Victor, pour me donner la force de rester?

— Croyez-moi, monsieur, repartit madame d'Houdailles, le ressentiment de madame Ménier sera bien vite effteé, et elle vous saura bon gré d'avoir compté sur sa justice et de n'avoir pas obéi à l'emportement de sa douleur.

— Je le crois, madame, dit Victor d'un air sombre; je resterai puisque vous le voulez* mais il me semble que quand je fais tout pour vous, il me semble que vous pour* riez bien me dire un mot.

— Je vous remercie, reprit madame dHoudailles tout ôtonnée de l'humeur que montrait Victor, je vous suis reconnais* santé de ce que vous faites, soyez-en assuré.

— C'est trop, madame ; c'est trop, reprit Victor d'une voix contrainte et émue ; je n^en demande pas tant» et je resterai ; n'en parlons plus.

Page 1