‹ Au jour le jourChapitre 26 sur 41 · RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION

La stupéfaction générale fut grande. En effet, deux mots et un cri de Cilherine avait suffi pour faire croire à cette mort. Les singulières et terribles apparences que prend la maladie cruelle dont était atteint M. Ménier avaient tromp6 la pa,uvre Gaiherine,' et, dans la rapidité et l'agitation des

événements qui s'étaient succédé, persoTine n'avait pensé à aller visiter l'état de ce malheureux abandonné dans un salon. Revenu peu à peu à lui, il s'était traîné jusqu'à l'arbre contre lequel il s'était appuyé, regardant sans voir et écoutant sans comprendre. L'effet de cette apparition eut un double effet : à l'instant même où il brisait pour ainsi dire l'andace jusque là impunie de madame Ménier, il parut rappeler à elle-même la malheureuse Clara. Gomme les autres elle s'était levée, comme les autres elle avait vu ce spectre redoutable ; mais, tandis que madame Ménier reculait et que tous les autres restaient immobiles^ madame d'Houdailles s'avançait vers lui en lui tendant les bras, et criait :

— Frère! frère! à mon secours! à mon secours!

— J'y vais, répondit M. Ménier d'une voix sourde.

Ge mot fit tressaillir M. de Sommerive d'une façon singu* lière, et il s'écria tout aussitôt :

— Sortez, Cancel, sortez...

— Il a raison : votre présence peut renouveler le mal que lui a déjà causé le bruit seul de votre voix, dit du Luc.

Cancel sortit emmené par M. de Sommerive, et Victor entraîna sa tante en lui disant :

— Oh! prenez garde. Venez, vienez...

Presque aussitôt M. Ménier entra dans la chambre. Son pre; mier mot fut pour Catherine, qu'il vit d'abord.

— Toi aussi, dit il, Catherine, tu m'as abandonné!

— Non, monsieur, non; vous étiez tranquille, et madame d'Houdailles s'est trouvée indisposée.

— Pauvre sœur! dit M. Ménier. Ce ne sera rien, reprit-il : un peu d'émotion.

Madame d'Houdailles, revenue à elle-même, eut effroi de TOUT son frère s'approcher; mais il s'arrêta à l'aspect de du Luc et lui dit :

~ Ah! c'est vous, du Luc : avez-vous fait ma commission?

Du Luc éleva la voix de façon à être entendu pour ainsi dire de dehors : •

— M. de Cancel quittera la Normandie sans doute dans deux heures et la France dans trois jours.

— J'aurais mieux aimé en finir, dit M. Ménier.

— Ne parlons pas de cela en ce moment, dit du Luc en l'interrompant; madame dlloudailles est très-fatiguée, elle

a besoin de repos. Si vous le voulez, nous cauaerotîs ^ ^ <lans le parc.

Catherine Tapprouva du regard, et du Luc entraîna doucement M. Ménier. lYir le» soins de du Luc, un liaédian avait été appelé, et il prescrivit tfabord un absoîu rffK». M.. Mônicr était retiré dans son appartement, et' mad«» Ménier, cachée chez elle, n'avait pas reparu. Le «wt ml»» il y eut un long entretien entre du Luc, Victor, îfc de Som^ aierive, le médecin et Catherine. Quand ils se séparèrent, !• docteur leur dit :

— Ce moyen seul est souvenÉa pour csdsner cette toce^ sanle et affreuse apprébcnsîo» : la vérité tout, entière, » vérité sur toutes choses et sur toutes personnes.

— C'est difficile à dire, et de pareils secrets, dit Sofflinerine^ ne peuvent être répétés que par des parsonnep (p» ap^ par tiennent à la famille.

— Ne comptez pas sur moi, dit Victor. Je plaina màm dHoudailles, mais il ne m'appartient pas de portcf davaiu elle de pareilles accusations contre ma tante.

— Eh bien, messieurs, dit du Luc, j'essaierai. Cependant, la mission que je prends est trop grave, son issue est trop , douteuse pour que je l'entreprenne sans cjainte, etpouJjqufl je iîe veuille pas une garantie contre ce qui peut arrivei- Monsieur le docteur, vous avez dit que vous vous tiendra, pendant ce récit près de ia. chambre de madame d'Houdailles pour pouvoir accouuir au premier appel. Je dt^'sirmisplua. Je désirerais que vous pus»ie» entendre ce que je dirai., jesouhaiterais que Victor et M. de Sommerive pussent l'CDtendre comme vous. Songez que vous avez reconnu que (» récit peut amener la mort ou la folie aussi bien que Ifi salu*» etque j'ai besoin de témoignages qpi répandent et justifîeat mes intentions si elles avaient un résultat fatal.

• — C!est juste, dit le docteur, je me charge d'obtenir de madame d'Houdailles l'entretien nécessaire : d'ailleurs, po«r en atténuer Teilet, la tille qui est au service de madaiD*. d'Houdailles et dont le dévouement, noua répond. Lise,, peu' assister à Texplication de IL du Luc, pour lui enlever Taie de mystérieuse solennité qui pourrait alarmer la malade, tandis que nous serons dans uno pièce voisine^ d'où nott« pourrons tout entendre et tout voir.

Cfe plan ayant'éW arréti* pour le lefidemain.maliti, cTiacim «e sépara. C'était une chose triste que Tàspect de ce chdtess, rctenlispant (juelques jours avant do bruit d'une tèteeldltmi tous tes habitants attendaient maintenant que lexir deslinéfe fût iÎKée, car elle d^-pendait du résultat de cet cntreUen. Qm madame d'Hoiidaiilesy succombât, et ç*ea était fait de ma^ dame Ménier. Son mari ne lui eût ix)int panlomié cl sa. vengwiDce s'en serait piiseà lui même après Tavoir punie. Tictor voyait Fon uvonir compromis par ces cruels débats de flh mille; M. de Sommenve s'apercevait qu'il avait jOfTé m pauvre rôle dans tout cela; Fernand était triste, inquiet; il paFsa la nuit hors du château, chex M. de Cancel, et ne levint quQ le ieudemaia matin.

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