‹ Au jour le jourChapitre 34 sur 41 · VISITE FISCALE DANS LA MATBNNË · texte numérisé non relu

VISITE FISCALE DANS LA MATBNNË

— Voilà, répondis-je, une bien belle histoire, qui certes n'a pas moins de deux cents ans de date, j'en suis sûr.

— Gomment , deux cents ans ! voilà deux ans que cela 8*est passé, et il y a quinze mois à peine qu'on est venn exécuter les deux sorcières dans la commune pour épouvanter les horribles femmes qui sont encore vendues au diable.

L'anecdote avec deux cents aasdedate m'avait paru drôle : en 60 rapprochant à une distance de quelques mois> elle me sembla horrible ; toute chose a sa perspective.

— Mais, ajouta ma jolie perceptrice, étiez-vous seul dans cette masure?

-^ J'étais, lui répondis-je, avec Marie la folle qui me servait de guide et qui n'a fait que prier tant que nous y sommos restés.

— Je comprends alors ce qui vous a empêché d'être foudroyé...

— Gomment! foudroyé?

— Oui, foudroyé : il arrive toujours malheur à ceux qui osent aborder la loge à l'enfant, lorsque le tonnerre donne. Il y a cinq mois un fermier fanfaron y étant entré pendant l'orage, a été tué par la foudre, qui a enfoncé le toit.

Je compris comment cette hutte étant le seul point un peu élevé, au milieu d'une vaste lande, avait pu être précisément frappée de la foudre, avant tout autre, et je compris aussi comment l'ignorance avait attribué à ce lieu une sorte de malédiction. Je ne comprenais pas également bien comment ma jolie hôtesse, que je savais être au-dessus de beaucoup de préjugés du grand monde, était soumise aux préjugés du peuple ; c'est que probablement pour s'affranchir des premiers, il est inutile de savoir la physique. Gomme j'allais m'en expliquer avec elle, on frappa à la porte de la maison ; elle regarda par la fenêtre et s'en retirant vivement, elle s'é» cria avec un mouvement d'humeur : '

— Ah! voilà ces messieurs!

Elle alla ouvrir, et je vis entrer deux hommes, dont un monsieur; ce monsieur jeta autour de lui uu regard rapide €t soupçonneux, Tautre le regarda avec un sourire de singe.

Le premier mot de la conversation m'apprit que le monsieur était le maire de la commune, et son compagnon le

9M VISITE FISCALE DANS LA «AYERKe.

mari de la pcTcepirice; le maire me salua et me dit avec une sorte <tc politesse impéralive:

— Moiisie ;r, jVtais prévenu de votre arrivée par M. le prôret, je xou^ ai recooDu au signalement que m'a fait de vous le maiire du cabaret oii vous éies desceudu, et coanne vous seriez horriblement mal dons cebonchon, j'ai fait prendre voire poile-manteau, et je vous ai fait préparer une chambre chez moi.

-<- Chez vous, dit la perceptrice en slncHnant, et eit aie coDsi()(hunt comme un homme qui devait être d'une grande imporhuire ; j*avais osé offrir une ciiambre à monsieur.

— Vous! reprit le maire d un air courroucé.

— Je renonce à cet honneur puisque M. le msdre le léelame; d^aikleurs, ajouta>t*eite, monsieur sera plus ea 8û^ reté.

Bile lui expliqua ce qiii m'était arrivé.

— Monsieur, me dit le maire, toujours avec son langpg» bref, vous venez ici exécuter une loi qui est odieuse à la population; maiis il vaut mieux encore lui apprendre tout de Mite qui vous êtes, que de vous laisser sofipçoiuier da sorcellerie.

11 ordonna au percepteur d^aller chercher le bedeau tê le garde-cliampôlre, et celui-ci ayant convoqué toute la commune au bruit de son tambour, devant la maison où bou» étions, le maire en échari>e me présenta à ses administrés, comme chargé de recenser la poiMiiaUon et les portes et fenêtres par où elle respirait; j'éais eniue le bedeau et le pe]> cej^teur, j'avais Tair d*uii Golâo d'opéra-comique, qui va épouser une rosière el que le bailli olKre en exempla aax villageois. Un long cri d'étonncmen^répii^iidit à ladéciacatioa du maire. — Ahl c'est lerecensov,! disait-on de tous eélés» gare le recensou^ gare ! ikîci ne me panil pas tiof> lasBOr raat.

Le maire reprit :

— Songez que je vous surveille, et qne le premier qui iasultera un agent du gouvernement sera imuiédiateiaent enlevé et mcarcéré.

Le style du maire me semblait en^général si âcremeiil ia»* pératif, gue je demandai à la perceptrice quelle espèce d'bomme c'était.

vrjîTTR FrSGALR T>ANS LA MAYHXNE. 295

— Gomment M. p....? M. P..., rancien chef de la police impériale,.

— Lui-môme, qn\ depuis îSI5 est retiré dans noire bourg; da reste vous arrivez à propos, il y a ch z lui dans ce momeiit-ci son ancien coUègue M. Desmarest.

Je ne m'élonnai plus d'avoir été si facilement reronnu à mon si^alement; M. P,.., gouvernant le bour^ de V..., me lu refifel de Denys le Tyran devenu maître d'école.

Gomme ma peiceptrice achevait cette confidence, le maire nous invita tous à diaer pour le jour même, et me proposa d'aller me reposer chez lui. Son insistance me déplut, je voulus résiâtei, la perceplrice passa pi-ès de moi et me dit à roreille :

— Faites attenrioïi; il est très-jaloux.

C'était donc M. le maire qui était jaloux de îa perceplricet Que faisait donc le percepteur? Il était dans un coin regardant nos trois ligures d'un air de chat sauvage. Quand m regard rencootra le mien, il eut l'air de me dire : — C'ea comme ça. Les mœurs du village- me semblèrent un pea plue avancées que sa civilisation.

' Dès que je fus chez M. le maire, Tboramç poli fit place à ramant jaloux, et je fus fort étonné de renconli-er dans un bourg de trois cents habitants, enterré parmi des iandet lans chemins praticables, deux hommes qui savaient les secrets de la France et de ses personnages les plus éminents; j'essayai de les faire causer, mais je ne me trouvais avoir ni assez de bêiise pour qu'ils, parlassent sans précaution de- ?wat mot, ni assez d'esprit pour les faire parler à leur insu; je n'y recueillis que beaucoup d'anecdotes sur le théâtre! II. P... avait été l'amant de la Raucourt. De toutes celles qu'il me raconta, je demande la permission d'en extraire une seule; c'est la plus honnête de toutes; je lai quelquefois dite en confidence à mes amis, avec les noms propres, je les prie de les oublier.

M. de B..., homme immensément riche, voit dans un théâtre de Paris une comédienne fout célèbre. M. de B... ne craint pas de se mettre en rivalité avec les princes qui occupaient la belle actrice, et sans autre préambule, il envoie le lendemain, à l'hôtel de celle dame, une lettre d'itivitation pour

Page 1