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quelle on yoyait que son &me n'assistait que dans le passsé. Il y avait dans le regard du vénérable père G... toute rhistoire d'un cœur qui a cru au bonheur venu du monde et donné par les anges de la terre, et qui, déçu et tromxié laisse croire comme il a cru, encourage la foi qu'il a perdae, et se dit tout bas : Enfanls, soyez jeunes , beureux, soyez heureux ! <#
11 avait raison : les jeunes 111 les ne comprenaient nea de cetle vivante leçon d*avenir ; cites ne s'occupaient point de cette existence si forte et si vivace cachée sous le rude ûa. bit de ti*appiste; elles ne souriaient qu'à ridée de danser, elles, jeunes et belles^ aux accords d'uu religieux voué à la pénitence.
Je m'étais appuyé à l'angle de la fenêtre pour contempler ce singulier tableau. J'y étais depuis quelques minutes, lorsciue l'une d'elles m'aperçut, et poussa un cri, en me montrant du doigt à ses compagnes, qui s'enfuirent comme épouvantées d'avoir élé surprises en faute. Le père G... rejeta vivement son capuchon sur la tête. Le marquis d'A..., guj était dans un coin du salon, s'avança rapidement vers moi, et me demanda assez sèchement le but de ma visite. Je le lui expliquai. Malgré sa pulilcsse, il me semblait très-contrarié de ce que j'avais vu, et en même temps fort embarrassé de me faire querelle de ma curiosité et de m'avertir par cela môme de l'importance qu'il attachait à ce petit événement. Enfin l'humeur l'emporta, et il me dit eu me conduisant dans son cabinet pour prendre les mesures nécessaires à l'exécution des ordres dont j'étais porteur :
— Vous avez élé témoin d'une excellente scène à ajouter à tous les récits absurdes qu'on fait parmi les libéraux contre les religieux de la Trappe *, c'est une belle occasion de les ridiculiser : à votre âge et avec votre opinion, vous n'y manquerez pas.
Je regardai M. le marquis d'A..., et lui répondis aussi sèchement qu'il m'avait parlé :
— Monsieur, j'ai dîné il y a quinze jours avec le père G..., et à son côté. M. de B..., abbé de la Trappe, était à ce dîner, et n*a pas manqué aux règles d'abstinence qu'il a jurée! Quant au père G..., il a résisté à toutes les séductions culinaires des deux premiers services; mais au aessert, une m-
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sielte de macarons Fa si violemment tenté, qu'il Ta versée dans le giron de sa robe, etque, pendant toute la tin du dîner, il Ta gobée^ gobée, c'est le mot, comme un écolier qui trompe son maître. Ceci , si j'avais voulu en faire des gorges chaudes, eût été plus drôle à raconter que ce que j'ai vu aujourd'hui. Il y a une minute, il n'y avait que moi qui le savais; maintenant nous sommes deux ; permettez-moi de cire que je n'ai pas fait une indiscrétion en vous le racontant.
— Vraiment, me dit le marquis d'Â..... en riant ; une assiette de macarons tout entière 1... ^
Il secoua^-la Xéie, et reprit d'un ton hypocritement moqueur :
— Le pauvre homme !
Huit jours après, tout le département savait raffaire ésê macarons.
De tous les privilèges, celui auquel l'aristocratie tient le plus, c'est celui de se moquer de la religion et de ses élus. Elle ne les défend que contre la bourgeoisie et le menu peuple. Aujourd^'hui, la noblesse fait pour le clergé ce qu'elle osait autrefois pour sa livrée, quand elle bàtonnait ses laquais et faisait bâtonner le bourgeois qui les trouvait insolents.
Cependant, comme je passai la journée dans la commune, je revis le père G., i.., qui me demanda si j'y coucherais; je lui répondis que non, et qu'à la nuit tombante je gagnerais
la commune voisine pour aller souper chez M. M , le père
d'un de mes collègues. Il me dit que nous partirions ensemble, attendu qu'il était en qtiête et qu'il avait affaire du côté où je me rendais.
En effet, le soir venu, nous partîmes tous deux, moi chargé de mes papiers dans une espèce de sac de cuir, lui la besace sur l'épaule. Notre conversation, d'abord fort indifférente, prit un caractère assez intéressant en se rattachant aux choses dont nous faisions rencontre. Il me nommait presque toutes les maisons que nous rencontrions, chacune avec les haineâ qu'elle enferme jusqu'au jour de quelque'^oollision; car en ce pays les opinions discutent la cartouche à la dent et le fusil à la main; dans ce pays beaucoup de familles peuvent dire en mettant le nez à la fenêtre : « Voilà celui qui a tué mon père, mon frère, mon ami. » J'écoutais avec reli-
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gion le pèie G...^, lorsque, au coin d'an chemin, il B*anêta pour prier un moment au pied d'une croix qui s'y trouraiU Quand sa prière fut aciievée, je lui demandai si^ comme c'est l'iiabitude en Bretagne, cette croix n'avait pas été élevée À celte place parce qu'on y avait commis un meurtre. *
— Non, me dil-il; un homme a été tué à cette place, mais ce n'est pus un meurtre, comme vous l'entendez. Il est tombé dans un combat, après avoir tué piusieur&soldats en fie détendant.
— Ouel était cet honuna? lui disrje»
— C'était Moustache.
— Un chouan, je crois?
— Oui« me dit-il; uue des natures les plus originales que j'aie jamais rencoutrèes, le mélange le plus iacoiicevahl&dA la supériorité individuelle et de i'infe.hnnlé apprise et accoutumée.^..
— Je ne vous comprends guère,, mon père,.»
— Moustacbe était un piqueui de M. de Pout^.. Dan&la première guerre de chouannerie, il se distingua par un courage si persévérant, une intelligence si furie, une capacité si peu commune, qu'il devint hieuiôt un chef de bande redoutable sous les ordres de son maître. Du fond de sou exil Louis XVlll récom[jensa ce brave servileur par un brevetde colouel et une croix de Saml-Louis. Lorsque ce pa^s fut paciiié par I^apoléon, Moustache demeura au service de son maître, et deplqueur devint cocher de M. de Pout... Geia dura jusqu'en 1814. A cette époque^ et quand le cochex eût pu faire valoir ses titres de colonel et de chevalier de Sakil-Louis, il les
garda dans sa poche et voulut rester cocher. M. de Pout
ue prétendit pas lui faire un bonLeur autre que celui qui allait aux habitudes de Moustache, et le garda a soa.service. 1815 vint; et, vous le savez^ la chouannerie recommença.
M. de Pout était déjà trop vieux pour s'y mêler, mais ses
deux jeunes lils prirent les armes. Ce fut alors que Moustache exhuoia de dessous la paille de la hlière de ses chevaux son brevet et sa croix. En peu de jours l'audace de ses enti& prises et Tactivité qu'il montra lui conférèrent son grade de colonel, mieux encore que le brevet de Louis.XVlll. Ses deux jeunes maîtres servaient sous ses ordres.