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VISITE FISCALE DANS LA MAYENNE

Certes, c*(HaiL quelque chose de curieux que ce serviteur commandant militairement et avec une rigidité extrême aux deux jeunes gens qn'il scEvaiL la veiUc; raai& le contraste était p(u3 frappant q..ue vous ne pensez. Tant que c'était riieure de marcher ou de combattre, il était à la tèie de sa bande. Chacun des fils de M. de Poui recevait les ordres souverains de Moustache, qui ne sou lirait pas de réplique et qui leur disl ibuait l'éloge ou le Wàrae avec une supériorité qui se faisait parfaitement respecter. Aux. moindre» fautes contre la discipline qu'il avait établie, il punissait oœ jeunes gens comme i) eût fait du dernier paysan. Cela durait tant q e le chef avait ù prévenir un danger, ài'v.tear une ruse, à poser une embuscade au à smitenic un combat : mais dès que le moment du repos était venu pour tous, lorsque te coiouel et ses deux ieunes officiers étaient enfermés dans quelque obs(^ure ch.mmière, Moustache redevenait l'attentif et dévoué serviteur du château*, il faisait le Ht de Sfes maîtres, il nettoyait leurs habits, pcenai soin de lears chevauxy décrottait leurs bottes, et ne se couchait que torsqu^il leur avait procuré tout le confortable possible diius une ehau-^ miére. Le lendemain matio- Le colonel recommençait, et le soir le cocher. Ëntin, sui^pris seul à celte phtcenéone. Moustache a été cioué t cet ai;bj:ad'aa coup de baïonnette qui lui a été donné par un sergent dont il avait presque mis en Cuite le détachement.

Ce récit du père G... nous) avait conduits au milieu d'une lande où sV.levaient çù«et là des tertres assesca^ppcochés. C'était la lande de la Croix-Bataille, fameuse par une vict(Hre lemportée par les nobles du: pays contare les Anglais, plus fameuse par la victoise de L'armée catholique vendéenne sur racmée républicaine. Chacun des lertces avait ime désigna^ tion dans la mémoire de& habitaot&t qvoiquie aucun siune ex-, teneur ne les di^inci^t Le i^ue élevé recouvrait le corps d'^uneg^ande quantité de prètnes, qui pendant. ke combat, placés, ea prière dans cet endroit^ y avaieon élé surpi iis et mas* sacrés par Lea républicains. Cette fosse est d'ordinaire fré* q^uentée par les seetaireâ de la petite-église, sorte de puri^ tains catholiques qui ne reconnaissent pas la hiérarchie des <lvêques et la suprématie du pape^ et qui les considèrent

SOS TTSITB FISCALE DANS LA MATENNE.

comme déchus de leurs droits par leur alliance sacrilège avec Napoléon. Quelques prêtres errants et nourris en secret par ces sectaires les catéchisent en plein air, et le rendei-YOUs le nlus ordinaire de ces prêches est la lande de la Groix-Bataille. (Tétait, à cette époque, Tultracisme de la religion.

Nous traversâmes cette lande sans y rencontrer autre chose que quelques vieilles paysannes accroupies sur ces tombes, o(i elles récitaient des prières. Malgré sa réputation de sainteté, le père G... n'obtint d'elles qM*un signe decroix, comme elles eussent fait pour se garantir du mauvais esprit. Sous im autre point de vue, le papisme est aussi odieux à cette petite secte fanatique qu'il peut l'être en Angleterre aux presbytériens les plus intolérants.

Après cette lande nous rencontrâmes le petit village de Saint... et nous nous arrêtâmes pour prendre un peu [de lepos.

Je devais avoir ce soir-là deux tableaux bien opposés de la puissance des souvenirs de famille dans ce pays.

J'entrai avec le père G... dans une chaumière à la porte de laquelle était assis un vieillard. Cette chaumière était toute tapissée de cornets en terre de la forme de ceux que portaient les anciens chevaliers. Le père 6... aborda le vieillard avec une cordiale amitié et une sorte de considération. J'en fus tout surpris.

~ Quel est ce marchand de poterie? lui dis- je.

— Nous voici, me dit le père G..., dans la maison du descendant du porte-croix de la grande bataille livrée contre les Anglais dans la lande que nous venons de quitter. 9

— Oui, monsieur, me dit le vieillard, un de mes ancêtres était porte-croix de l'église de Saint-Pierre. Lors de la bataille dont vient de vous parler le père G..., il marcha en tête des chevaliers, portant la croix d'une main etde l'autre son cornet, dont il donnait de toutes ses forces. Les chevaliers ayant été repoussés, il demeura seul en avant, élevant sa croix en Tair, et sonnant plus que jamais de son cornet. Les chevaliers, honteux de voir un vilain montrer un fÀ ferme courage, recommencèrent ie combat et remportèrent b victoire.

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— Bt votre aïeul obtint sans doute une belle récompense? ^

— Aucune, monsieur; il abandonna Téglise et se fil fabricant de cornets. Cette industrie est restée dans notre famille depuis quatre cents ans, et personoe n'avait osé la partager avec nous jusqu'à la Révolution. Mais, maintenant, teut le monde s'en mêle.

— Gomment se fait-il que votre aïeul n'ait pas été récompensé? lui dis-je.

— Oh ! me répondit le vieillard, bien souvent depuis ce temps on a voulu anoblir notre famille ; mais de père en fils nous nous y sommes refusés. 11 y a assez de nobles comme en fait le roi, il n'y a que nous de notre espèce ; voici mon petit-fils : il fera des cornets, et son fils aussi et les fils de son fils, pour montrer que les seigneurs et les puissans ont été toujours in$qrats envers le peuple.

Aujourd'hui que je me rappelle ce grand vieillard dans sa misérable chaumière, je me dis que la poésie est partout, et partout plus originale dans la réalité que dans l'invention. Moustache est un héros bien au-dessus de Kaleb, le fabricant de cornets ; c'est une de ces singularités qu'on ne crée pas.

Cependant la nuit était tout à fait fermée; je quittai mon trappiste et je gagnai la maison de M. M... Je ne le connaissais pLS; je demandai son fils : on me fit entrer et on aUa le prévenir : Venez, me dit^il, c'est aujourd'hui la fête de mon père et nous lui avons ménagé une surprise; mettez-vous dans un coin du salon, je vous présenterai tout à l'heure. '^

J'entrai dans le salon, je vis M. M... as8> dans un vaste Duiteuil. C'était un vieillard de quatre-vingw ans, couronné dé longs cheveux blancs; sa figure sévère était impassible, et il paraissait méditer profondément. Il était aveugle. A peine fus-je entré dans le salon que les enfants de ses enfants, bande nop'breuse de petits garçons et de petites filles, s'avancèrent l'un après l'autre et lui présentèrent chacun un bouquet, en lui souhaitant sa fête. Le vieillard prenait les enfants d^^s ses bras, et leur recommandait la sagesse et l'obôissancb ,**iprès avoir touché de ses vieilles mains les fraichea ûeuTô qui s'etitassaient à ses pieds ; puis, quand vint le

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