‹ Au jour le jourChapitre 4 sur 41 · SUITE DE LA LETTRE VOLÉE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA LETTRE VOLÉE

Lcorsfne iicms fûmes seuls , madame Simon , mon tuteur ^ md, Bom Testâmes encoire assez kxogtemps siieiDcieux.

Enfin ipadame Sision fît un signe à son mari, et cduHÂ^ «'étant assis à côté dfi moi^ lœ dit :

AU JOUR LE JOUR. n

— IbiateniDt, écoate-moU mon enfaat; je t'aime, SalHDe« nous t'aunons, md et ma femme, et aujourd'hui cette tendresse est mise à une cruelle épreuve. «Da m*a¥ait asucncé un entre&en sérieux, et je répondis, sans paraître alarmée de la ^yité de ce début :

— Je vous écoute, et je suis prête à entendre tout ce que TOUS awz à me dire.

£'il faut te Tavouer , je croyais que j'aUais être grondée peur ce que j'avais Mt chez M. Léonard.

Je ne sais pourquoi^ je m'étais imaginé que mon tuteur en ^tait iaslruit;.uiaiB j'étais tellement sûre qu'il m'approuvelait quand il saurait la destinatien de mon emprunt^ que je l'altendais de pied ferme.

Juge éooc de ma surprise, lorsqu'il reprit gravement : ^ Ma ûhère enfant, je dois donc t'appremlre qu'hier M. de Bdlestar m'a formellement demandé ta main. *- H. de Belle&tar ! répondis-je d'un ton désappointé. Je me doutais que eda finirait par là.

A. ce mosnent, madame Simon fit un signe à son mari; ce 6î@Eie ventait dire évidemment : « Tu vois que j'avais aeviné de qael air cm recevrait sa prc^mtion. » Mon tuteur Ht les gsoB yeux à sa femme, mais j'avais compris que j'avais un auxiliaire dans ma tutrice, et je ne fus pas f2u:bée de ne pas 4tffe seule 4e mon parti.

«— M* le marquis de £ellestar m'a fonneUement demandé la main, et j'ai promis de lui répondre avant deux jouis.

s^ — Ce mjonsiear est lien pressé « dis-je à mon tuteur d'un im moqueur* •- C'est moi qui lui ai promis cette réponse , rc^t M. Simon assez sévèrement. —Eh bien ! lui dis-je, mon boa ami, vous avez eu raison, et vous auriez pu la lui promettre pour ce soie Je refuse.

Madame Simon, que je regardais, avait pris une tapisserie ^ ne la quittait pas des j^ux. Elle ne voulait poiot avoir

Pair de me soutenir ; mais je voyais bien qu'elle s'attendftii à ma réponse, qu'elle en avait prévenu son mari, et que» s'il elle se taisait, c'était pour ne pas avoir l'air de triompher devant moi de sa perspicacité, n ne fait pas bon pour les femmes, à ce qu'il parait, d'avoir raison contre leurs maris, même quand ils sont excellents.

~ — As-tu bien réfléchi à ton refus ? me dit mon tuteur. — Pas le moins du monde, lui dis-je ; je refuse M. de Bellestar d'inspiration ou d'instinct, comme vous voudrez. Je le refuse parce que M., de Bellestar m'est antipathique. — Cest un homme d'un grand nom. —Je le sais. — En passe d'arriver à tout. — Gela se peut. — Un honnête homme. — Vous ne me l'eussiez pas proposé sans cela. — Un homme qui a même dans le cœur des sentiments de délicatesse plus élevés, plus excellents que tu ne crois peut-être. — Je ne dis pas non. --Eh bien! c'est en lui reconnaissant de pareilles qualités que tu le refuses? — Écoutez, mon ami, dis-je à mon tour, je ne sais ce que c'est que de haïr quelqu'un , et assurément ce serait de ma part un sentiment bien dérai?onn2d)le que de la haine pour H. de Bellestar; mais je puis vous dire une chose, c'est que l'idée d'être sa femme m'est abominablement odieuse , c'est que je préférerais je ne sais quel parti à celui-là.... — Raisonnons un peu, me dit M. Simon en me prenant la main (c'est un geste qui lui est familier lorsqu'il veut me convaincre que je ne sais ce que je dis, et je me tins sur mes gardes) , raisonnons. Voilà cinq à six mois que tu vois M. de Bellestar, rarement, il est vrai, mais assez souvent pour que tu aies pu te former une opinion «ur son compte. — Eh bien! dis-je à mon tuteur , cette"^ opinion est toute formée. — Tu m'interromps comme quelqu'un qui a peur d'être persuadé, me dit M. Simon; écoutemoi et ne fais que me répondre. — Soit. *- Ge n'est pas la première fois que l'idée de ce mariage se présente à toi ?

rbésitai et je dis : — C'est du moins la première fois qu*0 m'en est parlé d'une manière formelle. — C'est vrai, reprit M. Simon ; mais il y a un mois, il y a quinze jours, ii y a moins que cela peut-être, lorsque la supposition de ce mariage te venait à toi-même , ou bien lorsque madame Simon ou moi nous y faisions allusion par une plaisanterie, cette supposition te faisait-elle peur , te révoltaitelle comme aujourd'hui?

M. Simon avait touché juste à un sentiment dont jusqu'à présent je ne m'étais point rendu compte : il venait de m'éclairer sur une différence essentielle entre mes pensées d'il y a quelques jours et celles d'aujourd'hui.

Je rougis d'avoir été si bien devinée, et je répondis, incertaine moi-même de ce qui s'était passé dans mon cœur : — Oui, c'est vrai, ce mariage ne m'eût pas épouvantée il y a un mois, et , je dois vous le dire , aujourd'hui il me paraîtrait odieux. j

Mais, comme il ne m'est a^jlvé aucune raison de ne pas considérer aujourd'hui M. de Beïïestar comme je le considérais il y a un mois, ce que vous avez appelé un changement dans mes sentiments à son égard ne vient sans doute que de la différence de la position que me fait sa demande.

Vous m'avez quelquefois reproché d'être coquette; peutêtre étais-je flattée de l'hommage d'un homme aussi riche, aussi à la mode, aussi distingué que M. de Bellestar; mais aujourd'hui qu'il s'agit de décider du bonheur et de l'avenir de ma vie, peut-être trouverai-je que ce qui sufQsait à la vanité de ma coquetterie ne satisferait pas à mes exigences de

cœur.

D'ailleurs, pouvez-vous m'en demander plus que je n'en sais moi-même? Vous m'avez fait une question toute simple, et j'y réponds avec toute la franchise que vous y avez mise.

Vous m'avez demandé si je voulais accepter la main de M. de Bellestar; à cela je vous réponds : — Jamiais et k aucun

Ijrix. — Cependant, reprit mon tutenr, il faudrait... — Mto ami, dit madame Simon en l'interrompant d'un air suppliant^ pourquoi pousser plus loin cet entretien?

Sabine t'a répondu ce qu'elle devait te répondre, et suBSl bien qu elle devait te répondre. La presser à ce sujet, ce tse^ rait lui faire du cbagrin sans raison.

Madame Smon fit un signe de rœfl à son mari, et ajouta d'une voix timide : — Ce serait maladroit.

M. Simon parut se rendîre à Tobservation de sa femme, et abandonna, du moins en ce qu^û avait de personnel à M. ée Rellestar, h sujet de ce solennel entretien, car il reprit presque aussitôt : — Cependant il est temps de songer à ton mariage, Sabine; il est temps qu'à défaut d'un choix que j'avais fait, tu arrêtes tes vues sur quelqu'un. — Mais je n'ai aucune envie de me marier, dis-je aussitôt; je suis heureiKe comme je suis; et... — Bab! fit mon tuteur, toutes les pie^tites filles disent cela...

Le mot et le ton me blessèrent également, et je repris assez vivement : — Oui, monsieur-., je suis ou plutôt j'étais bèureuse^ et à moins que ma présence dans votre maison ne vous soit une charge.., — Ahl fit M. Simon ïoutfiâcbé, j© te croyais au-dessus de ces petites récriminations vulgaires.... Quand donc f a-t-on montré que ta présence fût de trop dans notre maison?

Madame Simon quitta sa place, vint à moi, qui commençais à pleurer, et dit avec impatience : — Allons, vwlà que tout celia va mal tourner.

Elle me prit Ifei télé dans ses mains, et reprit : — Voyons^ tu ne veux pas épouser M. de Bellestar, n'est-ce pas ? — Non, lui dis-je. — Bien décidément non? — Non, mille fois non ! — Mais pourquoi? dit M. Simon avec impatience. — Eh! mm Dieu , dit madame Simon en haussant les épaules, parce qu'elle nel^dme pas, parce <5pi'$l lui déplaît... Eile ne veut pas l'épouser, enfin, parce qu'elles ne veut pas^n^pooser.

M. Sisum marchait à grands pas dans le salon : j'aroo» que je ne comprenais rien à son humeur.

Tout à coup le souvenir de ce qui s'était passé le matm entre lui et moi, me vint au cœur.

Je me dégageai des caresses de madame Simon qui es*surfait mes larmes, car je pleurais tout à fait, et j'allai yeis mon tuteur qui s'arrêta devant moi : — Que vouliez-vouft donc dire ce matin, monsieur? — Quoi donc? me iii-il« — Oui, que signifiaient ces paroles que j'avais trouvées si bonnes et si douces : Je voudrais que tu fusses ma fille ? — Ah! oui, je le voudrais, me dit M. Simon en levant les yeux au ciel comme pour le prendre à témoin de la sincérité de ce* TOBu. — C'est donc parce que vous pourriez me forcer à ce mariage, que vous voudriez être mon père ? — Oh l mm^ non, s'écria vivement mon tuteur, ce n'est pas ainsi que je Tentends.

fe courus à lui, je l'embrassai. — D'où vient donc,. lui dishje doucement, d'où vient donc que vous paraissez y tenir à cepoint parce que je ne suis qjoa votre pupille? — Cest que,ji tu étais ma fille, entends-tu, me dit M. Simon, si ému q]ae sa voix tremlMt, si tu étais ma fille^ tu n'aurais rien à craindre du monde,, ni de ses propos, ni de ses suppositions; c'est que à tu étais ma fille, je serais plus fort pour te rendre hoDuniseque je ne puis l'être.

M. Simon se détourna d'ua air triste.

Madame Simon avait l'air mécontente de son mari, mais

elle n*Qsait se mêler à cette discussion plus (pi^il ne lui avait eans doute été permis de le faire.

Je devinai bien qu'il y avait quelque chose qu'on ne voulait pas me dire. La crainte qu'ils avaient tous deux de me parler me gagna à mon tour.

Cependant je pris mon courage à deux mains, et je dis à mon tuteur : — Écoutez-moi, monsieur Simon : j'ai répondu à votre demande sans hésiter et selon ma pensée. Je vous prie, à votre tour, de me dire ce que je dois faire, de me dire enfin ce que vous exigeriez de votre fille. — C'est toujours la même chose, mon enfant, me dit M. Simon. Si tu étais ma fille, je te dirais : Attends que tu aies trouvé im homme auquel tu aies foi, et fût-il pauvre, quels que fussent les obstacles qui pourraient te séparer de lui, j'en ferais ton mari du moment que je verrais ton bonheur dans cette union. -> Et ce que vous feriez si vous étiez mon père, lui dis-je, vous ne le feriez point parce que vous êtes mon tuteur?

M. Simon secoua la tête, et reprit : — Nous ne pourrons pas nous entendre si nous raisonnons toujours sur des hypothèses ; il faut prendre les choses comme elles sont et tout à fait comme elles sont. Tu es orpheline, je suis ton tuteur, et je dois agir selon mon titre et te donner des conseils en conséquence.

Je dois te l'avouer, ma chère Aurélie, je ne comprenais rien à cette distinction que M. Simon faisait entre l'autorité d'un père et celle d'im tuteur, et je lui dis : — Eh bien donc ! parlez. — Eh bien! me dit M. Simon, il est temps que tu te maries. — Pourquoi? — Dans trois mois tu auras dix-huit ans. La loi t'émancipe à cet ^e, et je te rendrai compte de ta fortune. Que feras-tu? — Mais je resterai ici avec vous — Pour qu'on dise que j'use de mon ascendant sur toi afm de garder le maniement d'une fortune dont je n'aurai plus à soumettre la gestion à un conseil de famille et à un subroge'' tuteur !

Madame Simon ne put retenir un murmure d'impatience, et je iKûssai les yeux pour cacher les larmes qui me gagnaient. ^

M. Simon parut embarrassé de mon silence et reprit : * Eh bien! qu'en penses-tu?

Cette froide dureté que tu m'as souvent reprochée quand ]'étais offensée m'inspira sans doute, car je répondis à mon tuteur : — Je quitterai votre maison pour ne pas vous exposer à une calomnie. J'irai vivre seule quelque part. — Toi, ime jeune fille de dix-huit ans, belle, riche, libre !,.. Tu n'y peuses pas. •— Gela sera pourtant, puisque vous me retirer Vasile que vous m'aviez donné jusqu'à ce jour.

Mon tuteur frappa du pied avec une véritable colère, et madame Simon, rompant encore une fois le silence qu'elle gardait à grand'peine, dit vivement : — Elle a raison ; que veux-tu qu'elle fasse? — Oh! s'écria M. Simon avec une impatience que je ne lui avais jamais vue... oh! les femmes! les femmes ! les femmes ! les meilleures, et tu es de ce nombre, g&tent toujours les affaires.

Tant d'hésitations, tant de réticences me semblaient si extraordinaires, que je voulus en finit et que je dis à mon tuteur : — Vous n'agissez point loyalement avec moi, monsieur Simon ; il est impossible que vous me parHez ainsi que vous le faites si vous n'avez pas quelque chose contre moi, dans le cœur. Pourquoi ne me le dites-vous pas? Pensez 70US donc que je ne puisse pas me justifier? — Eh bien ! soit, dit M. Simon : tu es une honnête femme, Sabine, mie femme de cœur; je te dirai tout, il vaut mieux te porter ud coup cruel que de te laisser dans cette incertitude.

Tu me demandes pourquoi je te disais ce matin, les larmes aux yeux : « Je voudrais que tu fusses ma fille. »

Oui, je le voudrais, d'abord parce que je f aime, d'abord parce que je serais fier de toi, parce que je te montrerais au monde comme mon orgueil et ma joie ; oui, je le voudrais

pour mol, pour moi et pour Hortesse^ qm. me blÂme de ce que je vais te dke, et qui voudrait être ta mère.

— Eh bien l pourquoi refusez-vous de me garder cette affection?... — Ne m'iateriompa paâ,^ reprit M. Simon,, ne m'interromps pas. Je n'aurais pa& le courage de te dire et que je dois.

Si tu étais ma fille, reprit-il avec un accent qui enfin m'é- « claira, si tu étais ma fille» tu VappeUerais mademoiselle Simon, et alors...

— Oh ! m'écriai-je en me cachant la tète, je ne m'^pelle^ lais pas mademoiselle Durand, if est-ce pas?..»

Je tombai dans un fauteuil, madame Simon me tenait dans ses bras et murmurait contre son mari.

— Cest afireux, sans doute, continua M. Simon; majg écoute, Sabine, et maintenant que tu es en face de ta position, dis-moi, crois-tu que la calomnie épargnera mademolr selle Durand, lilure, maîtresse d'elle-même?

Je me relevai.

— Je la ferai taire, monsieur. — Mais elle a déjà parlé, dii M. Simon qui se hâtait de tout me dire, car il sentait que le courage lui manquerait s'il attendait plus longtemps. — Et que peut-on me reprodier ? *- Vois cette lettre»

Je la regardai.

— Elle est écrite à M. de Belleatar ; douness-la-moi — Uest Imitile que tu la lises,

le la pris des mains de mon tuteur^ et je la his.

0 mon enfant, mon enfant ! à chaque page, à chaque li^^ie» en écrivait à M. de Bellestar pour lui faire honte d'épouser la fille du voleur, l'héritière du iNîgand...

Mais ce n'était rien : on lui disait que j'étais une...

Je ne t'écris pas cela, j'ai dû. le lira, mon tuteur a dÀmele flbke liite ;. mais de pareils mots ne sont pas Dûts pour qae tu les coimaisses, UA la fille d'honnôtes gens» qui marcbêcaa à l'aiiitei eatMuite d'estime et de IténédictioBa.

AU JOUR LE lOUR. 09

Je œ fëcrind nen da tout de ce qui m*8 été dît ptr mon tuteur, il a été à bon, û Brt)]e^ m suppliant!

Je Toulais mourir , je "voulais abandcnner cette fbrtune qjoî est mon grand crime , Biais il m'a pereuadée, et quel- <{«e cboee aussi m'a persuadée, c'est la lettre par laquelic fL ëe Belestar a envoyé à mou tuteur cette infâme déBoa^ dation.

Cette lettre est pleine de noblesse , cette letùre dédare qu^il n'est rien qui Tempéche de donner son nom à cette qui le mérite par ses vertus.

fi dit, et il le dit comme un homme qui se sent la force de le faire, il dit qu'il me placera si baut dans le respect du monde , que jamais rii^ de ces indignes sou- Tenirs ne pourra m^attdndre. H dit, et c'est ce qui m'a décidée, qu'après une pareille infamie, la seule réponse qu'il voudrait faire aux méchants qui m'ont insultée à ses yeux, ce serait d'annoncer puMiquement et tout haut son mariage avec moi.

Ma chère Auréfie , permets-moi de ne pas le lépètsr tout ce que m^ dit M. Simon.

— â tu épouses un homme pamrre, me disait-il , en £ra, et tu en souffriras jusqu'à en mourir , qull a ftHu ta fortune pour le décider à te donuer un nom....,

Mais non, je ne veux pas te répéter tout ccto, car il n'est aucune des raisons qu'il a fait valoir, qui, à l'heure oft je t'écris, et lorsque je me les rappelle une à une, 9e me semble vide de sens.

7e ne veux pas me dépersuader de ce qu'il m^a si bien M comprendre un moment , que j'ai cédé... et que je l'ai autorisé à écrire sur-le-champ à M. de Bellestar que j'acceptais sa main.

Au moment où j'ai dit ce mot qui décide de ma vie,

i'étais sous l'empire d'une pensée, d*une colère , d'un délire qui durait encore quand j'ai commencé ma lettré, et

qui s'est éteint si complètement, qu'à présent, dans la soâtude de ma nuit, je cherche en vain à le ranimer...

— Oui, me dis-je, je serai marquise de Bellestar, je serai riche, j'aurai les plus beaux salons de Paris ; j'y amènerai tout ce qu'il y a de noble , de puissant, de célèbre; le me ferai une clientèle de tout ce qui fait les renommées des femmes qui gouvernent le monde.

Je serai sans pitié, insolente et orgueilleuse, et je dé-" daignerai môme de faire du mal à ceux qui veulent me perdre.

Ah! je ti'ai pas compris la douleur de ma bonne tutrice» qui me disait tout bas :

— Ne parle pas ainsi; attends, attends...

Elle prévoyait que cette violence une fois passée , je me repentirais de la parole que je venais de donner.

A-t-elle eu raison? Je n'ose pas le croire.

Mais j'en suis horriblement triste, et je puis te le dire» à toi , ce n'est pas tant des saletés qu'on a osé dire de moi que du parti que j'ai soudainement pris.

0 mon bel avenir , où je mettais tant de riants tableaux» tant de douces espérances, mon avenir si vaste que j'avais peuplé de tant de bonheur, où je voyais me suivre tout ce que j'ai connu, tout ce que j'aime ; il me semble que je viens de le borner tout à coup à une lutte fatigante, à un triom* phe de vanité...

Je ne t'y trouve plus, ni toi, ni vous toutes, mes amies, ni mon tuteur lui-môme , ni personne de ceux qui me semblaient devoir l'habiter ; il s'est dépeuplé tout à coup de tout ce qui a été ma vie passée, il me semble qu'il h'y a même plus de place pour mon cœur.

Suis-je folle?... est-ce un de ces caprices d'enfant gâté qui m'ont fait quelquefois dédaigner ce que j'avais, pour désirer ce qui était loin de moi?

Gela doit être, car la raison me revient, et je me demande

AU lOUR LE JOUR. I0|

d un mari comme M. de Bellestar , avec tous ses avantages personnels , avec tous ceux de sa fortune et de saa nom, n*est pas le type du mari tel que nous le rêvions, nous autres, les ambitieuses du pensionnat.

Que me manque-t-il donc? que puis^je vouloir de plus? Je cherche en vain.

Le mal que j'éprouve vient-il de la fatigue et des émotions de cette journée? Je Fespère, car je me sens lasse et agitée ; tout me déplaît, tout me parait un malheur.

Âh! non... non... ce n'est pas cela, mon Aurélie; malgré moi je viens de porter un regard autour de moi, et j'aime tout ce qui s'y trouve.

Je ne sais ce que je donnerais pour être libre de rester dans ma petite chambre si calme, si secrète, où je m'endormais hier encore sans avoir peur du lendemain, où maintenant j'ai peur de m'endormir, car j'ai peur de la première pensée qui me viendra à mon réveil.

Âuréhe \ Aurélie ! si tu étais là, près de moi, il me semble que tu me dirais ce que j'éprouve ; il me semble même que je te le dirais... que j'oserais te le dire, à toi... mais te l'écrire... oh! jamais! jamais!...

M'as-tu comprise, me devines- tu?...

Viens, viens demain... j'ai besoin de toi, j'ai besoin de te parler... Non, ne viens pas...

Je crois que le sommeil qui me gagne me donne le vertige... Je ne sais plus ce que je dis... Aurélie.

Je le crois...

A quoi bon te dire cela? N'ai-]e pas fait promettre ma main à M. de Bellestar?

Aime-moi bien.

Saxihb.

109 AO JWûJH LS iOUB«

Hou cher Annand, la lettre que vous Tenez de lire peui complètement €e passer de commentaires, mais il faut une exfdkatioa à certaines circoi^aBces.

D^bovd M faat yous dire que, le leadaaîaiA de Taf reose querelle que je vous ai racontée, c'est-à-dire le 26, Prosny tTait cru devoir ccNjper court aux hargneuses acrimonies de sa tante sur ses pré'tendues intelligences avec mademoiselle Dorand, en lui apprenant que Sabine allait trè&-prabablement épouser M. le marquis de Bellestar.

11 ravait deviné à la sortie triom^iante que le marquis avait exécutée dans son cabinet, en quittant celui de

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