‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 10 sur 210 · ACCIDENT DE TROÏKA · texte numérisé non relu

ACCIDENT DE TROÏKA

de deux ou trois sources amenées des montagnes voisines ; nous montons une côte, un temps de trot sur un plateau et nous descendons une autre côte au bas de laquelle se trouve Érivan.

Érivan occupe une assez grande surface de terrain; c’est une ville de 25,000 âmes ; les maisons, construites la plupart en pisé où en briques de terre et de paille séchées au soleil, sont entourées de vergers et d'arbres fruitiers de toute sorte ; les terrasses des maisons servent de rendez-vous à toute la famille les soirs d’été ; chacun y apporte son lit et dort à la belle étoile ; quelques rares maisons semi-européennes commencent à se distinguer au milieu des autres.

Nous arrivons à une auberge qui a pris le titre fastueux d’Æôfel d Europe, écrit en caractères russes sur une planche au-dessus de la porte d'entrée.

Décidément nous sommes destinés à être volés en détail. À peine sommes-nous installés dans la chambre mise à notre disposition, que

nous nous apercevons, en comptant nos bagages, de la disparition d'un

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colis qui a été pris dans le transport de la voiture à la chambre. C'est mon lit de camp, objet de première nécessité, presque impossible à remplacer et dont la privation sera au moins désagréable.

Après avoir déjeuné, j'écris au prince Dondoukow pour lui annoncer le succès de mes recherches à Dilijan et m’excuser de toutes mes récla- . mations. Je fais venir ensuite le chef de la police pour porter plainte contre l’hôtelier que j’accuse de la disparition de mon lit. Malheureusement, par la maladresse de Gérôme, il n’arrive que le lendemain et il est trop tard ; les précautions ont été trop bien prises par le filou. L'objet étant de moindre importance, je ne veux pas employer les mêmes moyens qu’à Dilijan et ennuyer continuellement le gouverneur du Caucase de mes plaintes. J’en ferai mon deuil.

Érivan est le chef-lieu de l'Arménie russe et le point de rencontre des caravanes venant de Perse et de Turquie. La ville est située à un peu plus de cinquante kilomètres du mont Ararat; depuis 1553, elle passa plusieurs fois des mains des Turcs à celles des Persans. Les Russes tentèrent une première fois de s’en emparer, mais sans succès, en 1808 ; elle ne leur appartint qu’en 1828, après avoir été prise par le général Paskewicz ; un traité, celui de Toukmantchaï, leur en confirma définitivement la possession.

Le palais des Cerdars est la seule partie intéressante de la ville. Il est construit sur la berge escarpée et à pic de la Senga qui forme un rempart imprenable, Le château à une fière apparence, vu de l’autre côté du fleuve que l’on traverse sur un pittoresque petit pont. Sur la rive droite sont les jardins du palais.

Nous visitons le palais d’abord : la salle que l’on prétend avoir été conservée et que l’on nomme la salle de verre, à cause des incrustations de verroteries assez curieuses faites dans le mur, offre l'aspect de la misère, plus triste encore que celui des ruines; elle est ornée de peintures abîmées, d’une fontaine de marbre à demi brisée et d’une fenêtre presque démolie donnant sur le torrent et sur les jardins. La seule chose véritablement belle du palais est la mosquée qui en faisait partie autrefois. Elle contient encore des restes de faïences de toute beauté. Les Russes, pour punir les Persans, avaient condamné cette mosquée à être abandonnée, ouverte, et livrée au pillage des passants. Les Persans d'Érivan, indignés de voir leur temple souillé, le réclamèrent au gouvernement

russe pour le protéger contre ces sacrilèges. Le prince Dondoukow accéda

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