‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 9 sur 210 · E ÉQUIPAGE EN · texte numérisé non relu

E ÉQUIPAGE EN

# PEER" TE CH 2 TR DE TIFLIS A DJOULFA DU 28 AOUT AU 3 SEPTEMBRE Départ de Tiflis, — Arrivée à Akstafa. — La poste russe; les troïkas. — Premières étapes. — Volés par les soldats de l’escorte. — Arrivée à Dilijan. — Visite au gouverneur; démêlés difficiles. — Je retrouve ma malle. — Le lac Goktcha; le monastère de Sewanga. — Le mont Ararat, — Érivan. — Encore volés. — Le palais des Cerdars. — Etchmiazin, — L'Arménie, — La religion arménienne. — Le couvent d’Etchmiazin ; sa bibliothèque. — La langue et l’écriture arméniennes. — Départ d'Erivan, — Nakhitchevan. — Arrivée à Djoulfa. — Le bac de l’Arax. — Le percepteur de la douane, — Comment on fait payer les droits de douane. — Un déjeuner chez le percepteur.

Les employés en Russie sont toujours pleins de respect pour les autorités de leur pays. Dès que nous arrivons au chemin de fer, ils se mettent à notre disposition avec une rare complaisance en voyant nos

oénéral du Caucase.

g'OUVETHE ur

Nous étions fort en avance: le train qui devait nous conduire jusqu à

Akstafa, où nous allions prendre la poste russe, avait deux heures de

passeports visés spécialement par le

retard en arrivant à la gare de Tiflis et quatre en la quittant. C'était un fâcheux début, car nous ne pouvions plus arriver à Erivan le lendemain ; il fallait nous arrêter en route, et cette étape nous faisait perdre

une Journée,

ce» A + 29 AOÛ,

Nous sommes à A#stafa à quatre heures du matin. Gérôme dort, en domestique attentif, et si bien que si nous n’étions pas sur nos gardes, nous passerions la station. Ne le voyant pas descendre, Hamelin veille sur les bagages pendant que Je le cherche dans les compartiments où Je le trouve ; je le réveille sans lui ménager mes compliments. Je vais au relais avec lui et-fais préparer deux voitures : une troïka pour nous et un fourgon plus grand pour nos bagages. La troika! est une voiture à quatre roues dont le fond est cintré et ressemble à un tonneau ou plutôt à un cylindre coupé en deux dans la longueur ; à l’arrière, sur les côtés, sont fixés des anneaux sur lesquels on tend des cordes ; sur les cordes on étale du foin et voilà votre siège; le cocher, devant vous, se contente d’une planche mise en travers; l’attelage est à trois chevaux, avec le grand arceau en bois auquel on attache les brancards. Ce genre d’attelage me paraît peu pratique ; 1l semble qu’on ait surtout cherché à protéger le cheval du milieu contre la pression des brancards et de ses voisins ; si quelque courroie se desserre, l’arceau tombe sur le dos du cheval qui peut s’emporter ; nous avons vu cela plusieurs fois ; 1l faut alors dételer entièrement pour remettre le tout en place et c’est une grande perte de temps. Notre fourgon est attelé de quatre chevaux : Gérôme s’y est installé sur du foin, au milieu des bagages, et paraît bien plus à son aise que nous.

La première étape est assez longue " vingt-sept verstes ?,. Le pays est plat et peu intéressant; de orands champs avec de petits groupes

1. Le véritable nom de cette voiture est Pereklalnaia. Celui de Troïka qu’on lui donne

œénéralement devrait s'appliquer à l’ensemble de l’attelage.

2, La verste russe vaut 1,067 metres.

DE TIFLIS A DJOULFA. 19

d'arbres. La route est bordée de fossés où poussent des roseaux ; la pluie, tombée ces Jours-ci, à rendu le chemin bien boueux. Le ciel est encore couvert et 1l ne serait pas surprenant que la pluie tombât de nouveau.

Pour le moment, le voyage est agréable; ni soleil ni poussière. Les

PAXBAN-TATAR.

paysans ont des airs farouches avec leurs grossiers costumes et coiffés du papak, gros bonnet en peau de mouton sur laquelle on à laissé la laine. Le relais se trouve à la petite ville d’Ouzountalé, pauvre et sans importance.

L'étape suivante est moins longue, elle n’a que dix-sept verstes.

Le pays est à peu près le même, mais l’arrivée à la station de Caravan-

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Seraï est fort belle. La ville est joliment située sur un torrent; Sur la rive opposée à celle de la station, rive un peu plus escarpée, S’é sjèvent une maison blanche, demeure du gouverneur, et des habitations dont l’apparence à quelque chose d’oriental qui rappelle les anciens possesseurs de la contrée.

À partir de cette station, le paysage est plus intéressant, plus accidenté ; c’est là que commencent nos mésaventures. Ce fut entre ce relais et le suivant que Kérim fit, la semaine dernière, les exploits que J'ai racontés. Dans ce pays, comme dans bien d’autres, la police prend ses précautions lorsque le malheur est arrivé; aussi donne-t-on aujourd’hui deux soldats d’escorte aux voyageurs munis d’une lettre du gouverneur.

Nous avons notre lettre, profitons-en. Nous demandons deux soldats ; on nous répond que le poste est dégarni, mais que si nous le désirons, on nous donnera deux chapars, sortes de gardes nationaux à cheval, corps d’irréguliers, chargé du service intérieur.

Lorsque nous quitions le relais, les bagages sont devant nous; puis, je ne sais pourquoi, ils s’arrêtent et c’est nous qui nous trouvons devant. Bien que nous sachions combien il est essentiel de ne jamais perdre ses bagages de vue, nous les laissons derrière: Gérôme n’est-il pas dans la voiture ? Il doit les surveiller. N’avons-nous pas aussi deux sendarmes ? Nous entrons dans un très beau pays, ruisseaux, torrents, rochers, ter-

rains boisés ; nous passons à l’endroit où les soixante voyageurs furent

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arrêtés : le site est ravissant : un espace carré de cinq cents mètres de côté environ, planté d’arbres qui ombragent un ruisseau et fermé aux deux extrémités par de brusques détours de la route.

Un des chapars nous a quittés depuis quelque temps déjà; l’autre salope en avant, s’arrête, repart au oalop et disparaît aussi; nous n'y et continuons la route toujours ravis, quoique bien

secoués par notre maudite voiture; nous arrivons à la station de Turtchai.

prenons pas garde

Là, nous découvrons, en changeant de voiture, car on change à chaque relais, que les cordes qui attachaient les bagages ont été coupées et qu'une malle a disparu; c’est justement la mienne, celle où sont nos papiers, nos appareils et bien d’autres choses qu’il nous sera impossible

de remplacer ; nul doute : ce sont les chapars en qui nous avions COGNfiance qui ont fait le COUP. (rérôme crie et te mpèête, il est bien ter mps ! Ma lettre en main, je fais mettre sur pied tous les chapars a lers du

- poste pour rechercher les cor upables. Je renvoie Gérôme à la stat Ion pré-

"(] | LR | LH (fl Le DE TIFLIS A DJOULFA. 21 1 1e LR À es TR CUT Te Le 4 L « SROUY RE ° e | Lt cédente pour prévenir et, comme, à la station suivante, 1 y à un bureau 1 Mn |:

télécraphique, je pars de suite en avant avec Hamelin ; nous ne prenons In | qu'un grand fourgon et nous nous installons sur les bagages. Deux soldats {|

dont un sous-officier nous accompagnent. Le paysage devient plus gran-

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diose, les versants sont boisés, la vallée s’élargit à mesure que nous gravissons les flancs de la montagne.

Le temps se gâte d’une façon sérieuse, la pluie tombe, puis un orage de grêle qui nous force à nous arrêter sous un arbre à mi-route. Enfin, nous sommes à Dilijan; personne ne parle n1 français, ni alle-

mand, ni anglais, sauf un employé du télégraphe indo-européen qui sait

quelques mots d'allemand :; nous allons avoir bien de la peine à nous faire jueiq |

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comprendre. Pendant qu'Hamelin, resté à la station, garde les bagages, je me fais conduire vers l'employé qui montre une grande obligeance ; je lui explique tant bien que mal ce qui nous arrive et Je vais avec lui chez le gouverneur, auprès duquel il me servira d’interprète. Ce fonction-

naire est tout nouvellement arrivé, son prédécesseur avait été destitué

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pour avoir pactisé avec les brigands ; il prétend qu'il connaît assez mal

le pays, qu’il n’est pas sûr de réussir dans ses recherches et qu’il vaut mieux attendre. Je lui réponds que je ne puis attendre, que je suis muni

d’une lettre qui l’oblige à être à mes ordres, en cas de besoin, et que

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j'entends qu’il fasse partir de suite Le chef de Ia police du district ; puis je rentre retrouver Hamelin.

A huit heures du soir, Gérôme arrive. Il ne sait rien de nouveau.

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Je retourne avec lui chez le gouverneur qui nous fait perdre un temps

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infini dans un long entretien sans solution, et je découvre enfin que le

chef de la police n’a pas été mis en route. Je préviens le gouverneur

que je vais au télégraphe avertir le prince Dondoukow de sa négli-

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gence ; il en paraît fort contrarié et me demande d'attendre à demain pour porter plainte, je lui réponds que je ne puis le faire, que J’envoie

une dépêche ce soir même et que, si demain je n’ai pas ma malle, j'en-

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verrai un deuxième téléoramme. Il faut réveiller l’employé du télégraphe

local : Gérôme ne sachant pas écrire, impossible de traduire ma dépêche

en russe et l'employé prétend ne pouvoir télégraphier que si le libellé

est en caractères d'imprimerie, Je suis près de vingt minutes à tracer

mes soixante mots.

Cela fait, je rentre à l’hôtel, et nous passons la nuit sur nos lits de

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30 août.

La menace d'hier a fait son effet : à six heures, le gouverneur vient m’annoncer que la malle est retrouvée, qu'elle est chez le juge de paix. Au bout de deux ou trois heures de formalités, la malle m'est rendue. Î | | 1] hi | \l | | j | } | | CHAPAR (soldat russe).

Le coupable était, paraît-il, le chef du poste des chapars irréguliers de Re ! Caravan-Seraï. La serrure de la malle était brisée, l’intérieur bouleversé ; BE ! ; ‘ 14 il ne manquait cependant qu’une ceinture de laine et une montre en DE Le nickel de peu de valeur. J'étais trop heureux d’en être quitte à si bon compte ; nous allions pouvoir continuer notre route. El L’employé du télégraphe qui nous avait servi d'intérprète hier vient | nous dire adieu ; il nous apprend que la poste entre Tiflis et Vladi- Caucase a été dévalisée à quatorze kilomètres de Tiflis; soldats, postillons, { b b | b | ‘(4 (141 ‘M D Hl nl |

DE TIFLIS A DJOULFA.

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chevaux ont été tués. Décidément, le service de sécurité laisse à désirer en Russie.

La route gravit une côte longue et pénible au milieu de bois. Le temps est en plein beau, mais assez frais, lorsque nous atteignons le haut d’un col dénudé, à plus de deux mille cinq cents mètres au-dessus du niveau de la mer; à peine l’avons-nous dépassé, que nous sommes au petit village de Simonovskaïa. C’est dimanche; les paysans ont mis leurs habits de fête, les femmes sont habillées de couleurs voyantes, de jupons verts, rouges et de gros rubans au bonnet dans des tons aussi éclatants. Nous changeons de chevaux, de voitures, et repartons. Le pays n’a plus le même aspect ; il est fertile, mais on ne voit plus de bois ; la route serpente au milieu de grands champs de blé ; la récolte est déjà mise en meules qui, construites comme les maisons et rangées autour d’elles, paraissent en doubler le nombre ; pourtant, les villages se distinguent à peine de loin, les constructions en pisé avec des toits en chaume se détachent mal sur le sol. Au détour de la route, le lac Goktcha nous apparaît ; 1l donne au paysage un aspect nouveau des plus agréables ; cette nappe bleue, éclairée par le soleil couchant au milieu des plaines grises et des hautes montagnes de l’horizon, nous séduit autant par la douceur des tons et le calme de ses eaux que par la fraîcheur dont il donne la sensation au milieu de la chaleur du jour ; nous descendons la côte, côtoyons le Jac, puis remontons «après quelques instants, car la berge s’élève ; une petite île, que l’on pourrait presque gagner à pied, est occupée par un monastère dont la situation est admirablement choisie. Comme la vie de ces gens doit être calme ! Comme les journées doivent sembler longues à ceux qui habitent ainsi, loin de tous, sans occupation, sans soucl, dans une contemplation perpétuelle !

Des villages de quelques maisons bordent le lac et semblent s’y baigner ; nous regrettons d’être en retard et de ne pouvoir séjourner au relais d’Ælenoshkaya ; nous aurions voulu voir le même paysage au lever du soleil ; de plus, le lac produit d'excellentes truites, et les bons plats sont si rares dans ce pays qu’on voudrait en profiter lorsqu'on en rencontre. Mais 1l faut repartir ; la nuit tombe vite. On n’y voit plus du tout quand, à huit heures et demie, nous arrivons à Niyn-Ati; nous demandons, malgré cela, des chevaux pour faire une autre étape. Pendant que Grérôme fait presser les cochers, Hamelin et moi montons la garde

auprès de chaque voiture.

Laruns sous PP Er

La route paraît s’allonger au milieu de champs ; quelques ruisseaux, de temps en temps, que l’on, traverse à gué, une montée qui ralentit l'allure des chevaux sont les seuls accidents du sol dont nous puissions nous apercevoir dans la nuit.

Écarquillant les yeux pour apercevoir le chemin et en éviter les

cahots et les trous, nous mettons trois heures et demie pour arriver à

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LE MONT ARARA

Fontan; nous sommes assez fatigués et courbaturés ; nous ne trouvons

à manger que des œufs durs et du thé.

31 août,

À cinq heures, nous SOMMES debout, et c’est à peine si, à six heures, nous partons. Est-ce la fraîcheur du matin qui excite les chevaux ? l'étape Aleaskay«. Le

maître de poste est peu empressé, le changement se fait lentement ; nous

est enlevée rapidement. Nous Sommes, à huit heures, à quittons le relais à neuf heures et demie. Le soleil est déjà brûlant, le pays devient plus ar ide et la terre plus pauvre ; pas le moindre arbre : les poteaux du télégraphe se uls se dressent et indiquent la direction que la route prend au loin ; pourtant, nous venons d’apercevoir le mont Ararat, couvert de neige, qui domine toutes les autres montagnes, de son cône majestueux. A côté de lui, le petit Ararat, comme un rejeton

de la grande montagne.

DE TIFLIS A DJOULFA. 25

Crac! Une des roues du fourgon se casse, et nous voilà arrêtés en plein soleil ; le cocher dételle un de ses chevaux et court chercher une autre voiture. Pendant ce temps, pour nous distraire et oublier la chaleur, nous prenons des vues de notre attelage, de l'accident, du paysage.

Quelques jardins avec des touffes de verdure apparaissent comme une oasis au fond d’une vallée où coule un ruisseau grossi artificiellement

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