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DE DJOULAMERG A AMADIAH. 191
enfin à un pont. Près du pont, il y a une hutte en branchages abandonnée, dans laquelle je voudrais passer la nuit, car 11 fait trop noir pour continuer à marcher à travers ces rochers; on risquerait de se perdre et
de briser les jambes des mulets. Les katerdjis prétendent qu’il ne serait pas prudent de nous arrêter là, que nous pourrions être attaqués et qu'il vaut mieux passer de l’autre côté du fleuve. La chose est difficile. Le tablier du pont n’est qu’une claie branlante, à laquelle 11 manque bien des branches ; il y a des trous à passer la jambe. Les mulets refusent absolument de traverser sur le pont; d’un autre côté, le fleuve est trop profond pour être passé à gué. On cause et discute longtemps ; nos katerdjis parlent kurde et chaldéen, Yovan turc et chaldéen, de sorte que Simon (qui ne parle que turc) traduit nos paroles à Yovan, qui traduit celles de Simon aux muletiers. On finit cependant par tomber d’accord : on va porter les bagages à bras d'homme ; on fera ensuite passer les mulets dans l’eau. On décharge, on desselle, et nous transportons à bras, non sans grandes difficultés, tout le chargement. Ensuite il s’agit de faire
passer les bêtes, Les hommes veulent rester sur une rive pendant que nous serons sur l’autre. Quelle que soit ma confiance en eux, je préfère avoir tout sous la main, et puisqu'ils ont si peur du fleuve qu'ils ne veulent pas y entrer la nuit avec leurs bêtes, je me déshabille et une corde à la ceinture, je cherche un endroit à peu près guéable.
Le aœué trouvé, les mulets sont liés à la queue l’un de l’autre et deux hommes tirent de la rive opposée la corde attachée à la tête du premier animal ; monté sur lui, je l’excite, tandis que les autres katerdJis font entrer à coups de trique le troupeau dans l’eau.
Cet exercice de nuit fut des plus pénibles ; 1l n’y avait pas de lune et on voyait à peine. Enfin, à neuf heures et demie, tout était terminé et nous nous apprêtions à camper, quand j’aperçus des feux au loin.
J’envoie un des katerdjis reconnaître les hommes qui campent autour de ces feux. Au bout d’une heure, que je passe à me réchauffer de mon bain en me promenant autour des mulets et du tas des bagages, le muletier revient, porteur d’une bonne nouvelle, Dans lobscurité, on charge les mulets et on se met en route ; au bout de trois quarts d'heure, nous arrivons auprès de braves gens qui nous offrent une place près de leurs feux.
Ce sont de petits agriculteurs et pasteurs qui campent autour de
leurs récoltes et de leurs troupeaux et font de grands feux pour proté-
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ser les premières contre les sangliers, les autres contre les ours qui abondent dans ces parages.
Nous adossons nos lits de camp à une meule. Yovan fait du thé.
Blotti dans mes couvertures, je m'empresse de dormir, laissant Hamelin
LE GRAND-ZAB (vue prise sur le pont).
(ll doué d’un meilleur appétit, chercher dans les courgines du cuisinier s’il
|| ne reste pas quelques provisions.
4 octobre.
Heureusement nous avons pris hier soir la précaution de recouvrir nos couvertures des manteaux de caoutchouc et d'ouvrir nos parapluies au-dessus de nos têtes, car la rosée a été tellement abondante que tout est aussi mouillé que s’il avait plu.
Près du feu, nos paysans dormaient sans se douter des dangers de ces nuits si fraîches et sans prendre la moindre précaution ; leurs enfants, dont l’un tète encore, la tête et la poitrine nues, étaient couchés
sur la terre et dormaïent d’un profond sommeil. Il n’y a plus à s’éton-