AMADIAH : PALAIS DU GOUVERNEUR
nous sommes loin du beau type des femmes indoues ou des juives de l'Algérie et du Maroc!
Le bazar, tout petit, est abrité de branchages qui le garantissent du soleil. Parmi les passants, nous voyons quelques nègres. Les femmes pilent du blé devant leurs portes, et, par l'ouverture qui sert d'entrée aux bouges, on en voit d’autres tissant des étoffes grossières avec un métier primitif.
KRetournant ensuite vers le nord-ouest du plateau, du côté de la maison du gouverneur, nous entrons dans un ancien caravansérail ruiné comme tout le reste, et placé, ainsi que notre demeure, sur le bord escarpé du plateau. Nous avons une vue fort belle sur les jardins et sur la gorge par laquelle nous sommes arrivés. La fraicheur des vergers contraste
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PLATEAU D’AMADIAH.
D'AMADIAH A MOSSOUL. 201
avec ces coteaux arides, tachetés de quelques broussailles ; on dirait une immense peau de panthère qui se déroulerait au loin. Nous passons la soirée à remettre en état notre appareil de photographie. Tandis que Simon dort agité par de mauvais rêves, Vovan, moins ému, a oublié de mettre de l’eau dans la marmite, et la viande et les choux se trouvent desséchés. Nous nous couchons sans manger et nous n’en dormons que mieux.
5 octobre,
Nous faisons visite au kaïmagan et lui demandons si, par son intermédiaire, nous ne pourrions nous procurer des caravaniers; 1l met aussitôt le chef des zapetiés à notre disposition. Pendant que ce dernier s'occupe de nous, nous causons avec M. Zia. Il se plaint amèrement de l’insouciance de ses chefs. Ayant entendu parler dernièrement de dépôts miniers et les étant allé visiter, il en référa à son chef en lui signalant l'avantage qu’il y aurait pour l’État à les exploiter. On lui répondit que cela ne le regardait pas, et qu’il eût désormais à se mêler de ses affaires. Il a si peu de confiance dans l'individu chargé de la poste entre Amadiah et Mossoul, qu’il nous prie de mettre nous-mêmes une où deux lettres particulières au bureau de Mossoul.
En sortant de chez le gouverneur, nous rencontrons le chef des zapetiés qui nous met en rapport avec un Turco-Arabe,moitié musulman, moitié juif; il nous demande trois medjidiehs et demi par cheval pour aller à Mossoul; ce prix est exorbitant, le prix habituel n’étant que de trente-cinq piastres ; encore ne veut-il pas prendre la route que nous avons décidée, Nous finissons par céder sur le premier point, à condition qu’il nous cédera sur le second. Le chef des zapetiés se porte garant de l'exécution du traité pour les deux parties; je remets une livre turque d’arrhes au vieux musulman, et, pour remercier le fonctionnaire, je lui donne une petite boussole en argent doré que je portais en breloque. Nous avions emporté une vingtaine de ces boussoles, et quand nous voulions témoigner notre reconnaissance à un personnage auquel on ne pouvait remettre décemment une pièce (qu’il eût d’ailleurs acceptée), nous décrochions la breloque, qui était remplacée quelques minutes après par une autre destinée au même usage.
Une heure arrive, et les mulets ne sont pas là. Le katerdji vient
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nous annoncer qu’une de ses bêtes est malade et que nous ne pourrons partir aujourd’hui. Comme je suis persuadé que c’est un mensonge, Je lui réponds que si dans une demi-heure chevaux et mulets ne sont pas prêts, c’est au chef des zapetiés qu'il aura affaire, qu’il aura beau invoquer son turban blanc, cinquante coups de bâton bien appliqués lui
AMADIAH.
apprendront à tenir sa parole. Au bout d’un quart d’heure, il revient avec tous les animaux.
Au moment de partir, le vieux Turc vient me dire qu’on ne peut prendre la route que nous avons choisie; nouvelles scènes, nouvelles discussions. À la fin, impatienté, je descends de cheval, je saisis mon bonhomme par le bras et je me dirige vers le palais du gouverneur. Le Turc ne redoute rien plus que le bâton. Aussitôt ses hommes accourent, embrassent mes genoux, mes vêtements, me supplient de ne pas faire punir leur maître. Ils feront ce que Je désire. Nous partons donc enfin; il est deux heures. Traversant les misérables quartiers que J'ai décrits, nous, sortons par la porte ouest. Cette porte est fort curieuse; la voûte extérieure en ogive est ornée d’un dessin d’arabesques et de serpents
entrelacés.