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JARDINS D’AMADIAH.
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Le chemin est à moitié taillé dans le roc, et la descente est tellement périlleuse que nous devons mettre pied à terre; c’est un escalier à moitié détruit, formé de rochers et de galets usés et polis par le temps. Au bout de vingt minutes, nous pouvons enfin remonter sur nos bêtes. La route est alors facile, au milieu de buissons, de grenadiers et d’épines. Les jardins cessent, mais le paysage reste semé d’arbustes. Nous suivons le versant gauche (exposé au sud) d’une grande vallée où coule le Susné, affluent du Ghara, qui va se jeter dans le Grand-Zab. Marchant à mi-côte, nous dominons le fond et admirons les grandioses silhouettes des pies du versant opposé, qui forme une longue chaîne s'étendant en droite ligne et à perte de vue de l’est à l’ouest.
Du haut d’un monticule, je prends une vue générale d’Amadiah. Afin d’avoir plus facilement l’appareil à ma disposition, je le fais porter à dos par notre unique zapetié. Celui-ci, trouvant les angles du sac un peu durs, enlève son pantalon et le met en matelas entre le sac et ses omoplates, sans se soucier de la singularité du costume.
Les environs d’Amadiah, un peu plus sûrs maintenant, étaient encore, il y à quelques années, infestés de brigands; les assassinats y étaient quotidiens. Tout le long de la route nous rencontrons des tas de pierres de funeste souvenir; ils indiquent le lieu où un meurtre a été commis. Quand un homme a été trouvé mort sur la route, à l’emplacement où il a été tué on fait un tas de pierres, et chaque passant en ajoute une. Autrefois le corps n’était pas enlevé et n’était enterré que par les pierres jetées ainsi sur le cadavre. Nous rencontrons également quatre voleurs attachés ensemble par des menottes en bois; ils se reposent à l’ombre, accompagnés d’un détachement de cinq soldats.
Sur le flanc de la montagne, nous voyons des grottes et des excavations naturelles qui ne contiennent rien d’intéressant et servent de refuges aux brigands, aux animaux et quelquefois aux caravaniers pendant la nuit.
Enfin nous arrivons à Araden, village de Chaldéens ; nous descendons dans la maison habitée par le curé, Il nous fait un accueil fort aimable et nous offre sa propre chambre. Il a été à Marseille et à Rome et sait quelques mots d’italien, mais pas suffisamment pour se faire comprendre. Il veut à toute force que nous acceptions sa chambre, petite pièce carrée où pour tout mobilier se trouve un lit de bois, et il insiste pour que nous partagions son dîner. On apporte sur une petite table de vingt centi-
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mètres de haut quatre plats contenant du riz et des ragoûts différents de poulet et de mouton. Nous nous asseyons sur nos lits qui nous servent de chaises, la table est placée devant nous; en face, le curé dans un fau-
teuil en bois fort grossier. L’abbé n’a qu’une cuiller ; nous déballons nos
couverts, et Simon, assis près de nous, mange avec ses doigts ; dans les
commencements, nous le faisions manger avec nous, mais son manque
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absolu de tenue nous avait forcés d’y renoncer. Le dîner se termine par des fruits, raisins, prunes, grenades, noix et pastèques qui poussent dans le village d’Araden.
Simon, qui nous sert d’interprète, dénature outrageusement ce que
nous voulons dire au curé. Après le dîner, voyant que l’abbé ne buvait pas de thé, nous en demandons le motif; il s’en sert aussitôt et boit
avec peine. Simon lui avait dit que nous serions froissés s’il n’en prenait pas.
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Après le dîner, le curé fait chanter une chanson arménienne par trois ou quatre enfants; c’est une prière pour les hôtes. À neuf heures,
le prêtre se retire et nous laisse nous reposer. Nous avons fermé la porte
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et, comme 1l n’y a pas de fenêtres, nous sommes protégés contre l’indiscrétion; mais nous entendons causer au dehors et, quoique nous ne comprenions pas, nous devinons aisément que les conversations roulent sur les Européens.
Le village est petit et insignifiant; une trentaine de maisons à peine. Les enfants sont gentils et la plupart blonds ; les femmes seraient bien, sans l’anneau qu’elles portent dans le nez. Les hommes sont