‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 109 sur 210 · MINARET ET QUARTIER RUINÉ A AMADIARH · texte numérisé non relu

MINARET ET QUARTIER RUINÉ A AMADIARH

doux ; ils s’adonnent aux travaux des champs et semblent vivre en bonne intelligence. Ils quittent peu leur village ; beaucoup d’entre eux ne sont même pas allés jusqu’à Amadiah ; ils tirent du village même tout

ce qui sert à leur nourriture et à leur habillement. 6 octobre.

À six heures, tandis que nous faisons nos préparatifs, le curé, qui part pour dire sa messe, vient nous souhaiter bon voyage; nous lui remettons un cadeau pour ses pauvres. Il voudrait bien aussi que nous lui cédassions un peu de quinine; mais notre provision s’épuise tellement vite et nous est si utile, que nous sommes forcés de refuser.

À six heures, nous quittons le village par un sentier bordé de haies, plein de pierres et de cailloux. Cheminant lentement à travers des mamelons et monticules, nous traversons le ruisseau qui suit le milieu de cette large vallée. Nous gravissons le versant opposé et, à mi-côte, nous apercevons encore et pour la dernière fois le plateau d’Amadiah au-dessus des autres monticules. La terre est rouge et ne produit que de pauvres petits chênes, sur lesquels les noix de galle poussent en presque aussi grand nombre que les glands.

Nous arrivons, à dix heures, près d’une source qu’on à eu soin d’entourer de pierres, de facon à en former un abreuvoir pour les troupeaux ; puis nous passons dans une autre vallée dont la terre est encore plus rouge. Le versant droit que nous suivons est seul un peu boisé de chênes ; il y à aussi quelques aubépines dont les fruits, beaucoup plus gros que ceux d'Europe, atteignent presque les dimensions d’une petite pomme ; leur saveur, légèrement acide, est fort agréable. Nous rencontrons un campement de nomades à demi sauvages ; hommes, femmes et enfants, nus comme Adam et Ève, se baignent dans un ruisseau et vaquent à leurs travaux sans paraître gênés de notre présence.

Nous nous arrêtons un peu plus loin, près d’une source, pour déjeuner. Le chemin devient ensuite assez fréquenté ; nous avons rejoint la route de Daoudiyé, bifurcation importante. Nous nous croisons avec de grandes caravanes de chevaux et de mulets qui heurtent nos bêtes de charge et donnent de violents chocs à nos caisses ; nous rencontrons aussi d'immenses troupeaux de moutons, dont la laine est très longue et très fine, puis des tribus de pasteurs et de nomades. Tantôt la route porte des traces d’un travail sérieux, mais fort détérioré par le manque d’entretien ; tantôt elle n’existe même plus et deux fois nous manquons de nous perdre au milieu des fourrés.

Nous quittons le ravin de Rechavré pour incliner à l’ouest; cette direction m'étonne et, à plusieurs reprises, je prie Simon de s’assurer si les katerdjis sont dans la bonne voie; il prétend qu’ils connaissent le chemin ; impossible de tirer autre chose des muletiers. Nous laissons sur notre gauche le village de Zaouîtha ; je suis de plus en plus surpris de la direction constante vers l’ouest. Le soir, j'apprends par Simon qu’au lieu de nous diriger vers Alkosh et le monastère de Rabban Hormouz, nous marchons sur Dehook. Ce n’est plus la direction que Je voulais suivre; les muletiers ont pris celle qui leur convenait. Furieux, j’administre au

D'AMADIAH A MOSSOUL. 209

katerdji une correction dont il se souviendra, pour avoir agi ainsi contre nos conventions. Il prétend que l’autre chemin n’est pas sûr et donne cent mauvaises raisons.

Nous suivons la berge d’un ravin à mi-côte et fort accidentée ; de nombreux contreforts, qui se détachent des versants de la vallée, nous obligent à des montées et à des descentes continuelles ; le chemin me rappelle beaucoup des routes que j’aisuivies en Kabylie. Nous passons à quelques centaines de mètres de nomades qui ont allumé de grands feux pour se défendre des ours et des panthères ; on aperçoit les silhouettes qui s’agitent devant les flammes. La nuit est tout à fait tombée ; c’est à peine si les clochettes des mulets de bagage nous permettent de les suivre.

Nous passons à travers des gorges, au sortir desquelles nous apercevons au loin quelques feux : c’est Dehook.

Nous nous dirigeons vers un caravanséraï. Dehook est sur la route fréquentée de Mossoul à Van, par Bitlis et Saird. Comme il est tard, le maître du caravanséraï nous ouvre en maugréant. Au milieu d’une cour remplie de chevaux et d’ânes, nous avons grand’peine à décharger nos bêtes et à surveiller suffisamment pour empêcher qu’on nous dérobe quelque sae. Nous maudissons une fois de plus les muletiers auxquels on ne peut faire prendre la route qu’on à choisie, et qui font en sorte qu’on ne s’apercoive de la fausse direction que lorsqu'il est trop tard pour reprendre le bon chemin.

Demain soir nous arriverons chez les Dominicains, à Mossoul, où nous trouverons un accueil qui nous fera oublier ces misères de la route. Pour le moment, nous sommes installés au premier, dans une chambre à laquelle on arrive par un petit balcon, sans garde-fou, fort étroit et percé de larges trous au travers desquels on pourrait passer. L’escalier par lequel on monte est composé de marches de trente-cinq à quarante centimètres de hauteur ; avec de gros bagages, c’est un travail de géant

que d’en faire l’ascension.

7 octobre.

Dans cet abri à peu près sûr, nous avons passé une nuit tranquille.

À quatre heures, je fais lever tous mes hommes ; l’étape sera longue Jusqu'à Mossoul.

Dans la cour, il fait nuit noire ; nous distinguons à peine nos chevaux que nous sellons nous-mêmes. Il nous faut deux heures pour nous préparer.

Dehook est un village d’uné soixantaine de maisons et de moyenne importance. Le gouverneur est un prince qui a sous ses ordres une vingtaine de zapetiés; un vieux fortin très ruiné lui sert actuellement de demeure, mais 1l s’en fait construire un autre,

Le pays doit être très chaud; les habitants paraissent avoir pris leurs précautions en conséquence; sur les terrasses des maisons, ils ont établi des gourbis en branchages où ils ont élu domicile. Sur la place, en face du mauvais palais du khan, un petit café ture à construit aussi de ces primitifs abris pour les consommateurs. Du reste, le climat de cet endroit s'explique. Garanti contre le nord et l’est par de hautes montagnes, 1l est exposé au sud-ouest aux vents brûlants de l’Arabie.

En quelques minutes nous sommes hors de la ville; nous côtoyons le Rechavré, large de quatre à cinq mètres, profond d’un au milieu. Des roseaux bordent ses rives; à droite, une plaine immense, dans laquelle le torrent à souvent débordé et où poussent de hautes herbes promptement desséchées par le soleil, des ronces et des chardons; à gauche, une colline assez abrupte que le sentier suit à mi-côte; les fréquents débordements expliquent le choix de cette route plus accidentée, mais à l’abri des eaux.

Après une heure et demie de marche, nous arrivons à la croupe de ce monticule; nous le contournons et nous nous trouvons dans le désert. C’est la plaine de Mossoul, l'extrémité nord-est de la plaine de Sennaar, dont l’histoire remonte au déluge, puisque c’est là que s’établirent, dit-on, les enfants de Noë, quand, après le cataclysme, la terre commenca à se repeupler. Cette plaine est vallonnée d’ondulations très longues, mais peu élevées; on espère, au sommet de chacune, découvrir une grande étendue, et, quand on y arrive, on en voit une nouvelle qui s'élève et borne l’horizon à deux ou trois kilomètres: au fond de chaque vallonnement Court un petit ruisseau qui, s’il n’est bu par les sables, va se jeter dans le Tigre, qui coule non loin de là et que nous apercevons.

Le soleil est brûlant et le chemin poussiéreux; les pas se succèdent toujours avec la même monotonie; tantôt l'horizon semble se rapprocher et tantôt s'éloigner. Une route a été commencée, qui doit joindre Mossoul, Dehook, Djezireh-Ibn-Omar, Saird, Bitlis, Erzeroum; mais elle

reste empierrée, le rouleau n’y passe pas et les caravanes marchent à côté;

D'AMADIAH A MOSSOUL. 211

un tronçon seul en est fait, le reste est indiqué seulement; 1l suit la ligne télégraphique, passant par Tel Ouskof et Tel Keïf. Nous abandonnons cette direction pour en suivre une intermédiaire, plus directe, entre la route et le Tigre.

Le pays est fertile et un peu cultivé ‘; à de grandes étendues 1incultes succèdent de grands champs dont la moisson est faite et qui de loin se confondent. Les tronçons de tiges coupées par la faucille sont les

LR” UNE CHARRUE, seuls témoignages de la culture, car la grossière charrue, un simple crochet

de bois, ne retourne pas assez la terre pour y laisser un sillon durable.

Nous rencontrons un groupe de trois ou quatre maisons d’agriculteurs qui vivent perdus dans cette plaine sans ombre; pas un arbre, pas une plante ne pousse auprès de ces pauvres cabanes en terre. La moisson est récoltée, on sépare le grain des épis; dans un cercle de huit à dix mètres de diamètre, des chevaux piétinent toute la journée, sous ce soleil de plomb, attachés côte à côte, écrasant de leurs sabots la paille jetée sous leurs pieds. Le grain est conservé dans les maisons; la paille, hachée, est réunie en tas pointus et longs, recouverts d’un ciment fait de terre,

d’eau et d'urine d'animaux appliqué à même sur les tas.

1. Les céréales sont les seuls produits de l’Assyrie et ont fait sa richesse en tous temps. Ce qu'Hérodote en dit est encore vrai de nos jours. (Livre I, chap. CXOIII : "Eortt dë wpéwv aÛtr RATÉWV LLauxpo dpiotn Tov ueïc lduev Auntooc xaprôv ÉxpÉpELV, #. T. À.) ( De tous les pays que nous connaissions, c’est le plus fertile, On n’essaye pas d'y cultiver les arbres, on n’y voit ni figuier ni olivier; mais la terre est si propre à toutes sortes de grains, qu’elle rapporte souvent

plus de deux cents fois ce qu’on a semé, etc. »

mme

A ne

ge, a RE EE CN De Am pa PSG ES

Page 1