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| Ces pauvres habitations sont généralement situées près d’un petit 1 ravin où l’eau coule en temps de pluie et laisse une mare bourbeuse; sou-
vent aussi, il a été creusé un puits qui donne une bien mauvaise eau.
C’est près d’une de ces mares que nous nous arrêtons pour reposer nos
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bêtes.
Je me souviendrai toute ma vie du triste déjeuner que nous avons fait ce jour-là; nos provisions étaient épuisées, il ne nous restait plus
qu’un os de gigot cuit depuis quatre jours et sur lequel il fallait des yeux
de lynx pour découvrir une bribe de chair; il avait été enfermé dans les
courgines, et de petits champignons commençaient à se montrer; pour
complément, deux œufs durs du même âge que le gigot, un morceau de il lavash desséché et, comme boisson, l’eau de la mare, le puits étant à sec. ÿ Au bout d’une heure, je fais resseller les chevaux et nous nous remet- | tons en route. La chaleur est très forte; les immenses ondulations de terrain se succèdent. Il est plus de cinq heures; le soleil baisse et Mossoul, qu’on devrait voir au loin, ne paraît pas encore. Enfin, un dernier mamelon, d’où nous dominons une plaine immense dans laquelle serpente
le Tigre à perte de vue, et nous apercevons Mossoul, à peu près à mi-dis-
tance de l’horizon.
Au temps où Ninive existait, grande et resplendissante. capitale,
l'endroit où nous sommes devait être la résidence temporaire d’un souve-
inner
| rain qui voulait se reposer quelque temps des tracas de la ville, tout en ne 4 la perdant pas de vue, comme un aigle, du haut d’un rocher voisin, garde son aire, En effet, ce mamelon est couvert de débris de pierres, qui ne doivent
pas provenir du sol argileux que nous foulons depuis ce matin. Après
une première destruction par la main des hommes, le temps a achevé
d'enlever aux débris toute forme.
La vue du but à atteindre nous redonne du courage; nous en avions besoin, car nous commencions à nous lasser; malheureusement nos bêtes
n’ont pas les mêmes motifs que nous pour retrouver de l’ardeur; elles
Comme nous allons être fort tard à Mossoul, J'envoie Simon en
| | | 1149 | Rue OR 2 5; sr £ U « . D E Pau LA sont épuisées, et les coups d’éperon les font à peine marcher.
Î VATÉ « Êe Se = 4 s 4 Li a rwivaa à L 4 L L " C1 | avant, pour prévenir les Dominicains de notre arrivée, leur montrer nos |
lettres et leur demander de vouloir bien nous accorder l’hospitalité.
À sept heures la nuit est complètement tombée.
Le Ticre, large et profond, ne peut être traversé à gué; il se divise © 2 oO 2 © 2
en mille petites branches; il nous faut faire un grand crochet pour gagner
D'AMADIAH A MOSSOUL. 213
le pont de bateaux qui donne accès dans Mossoul. Les bords du fleuve, autant que nous en pouvons juger dans la nuit, sont fertiles et de nombreuses habitations bordent les rives. Nous suivons un canal où tombe un cheval de bagages. Tandis qu'Hamelin surveille le reste de la caravane, j’aide les hommes à tirer le cheval du bourbier. Les muletiers veulent couper au plus court et nous égarent dans les innombrables ruines qui entourent celles de Ninive; nous tombons au milieu de caravanes de chameaux qui dorment, etnous y mettons un désordre qui nous attire les malédictions des chameliers; nous avons grand’peine à rester réunis. Près d’un groupe de quelques maisons, nous voyons deux où trois individus auxquels nous demandons notre chemin; pendant ce temps, les habitants sortent des maisons et nous lancent une grêle de pierres; nous nous sauvons au galop et nous nous enfonçcons dans la nuit. Grâce à deux coups de revolver que je tire, on se garde bien de nous suivre. Nous voilà de nouveau perdus; un des chevaux de charge, qui marchait le premier, un peu à vue de nez, dirigé par un muletier sur les lumières de Mossoul, tombe dans un fossé de quatre mètres de profondeur et large de sept. Toute la charge s’est détachée, les liens sont cassés, l’animal est meurtr1; nous perdons encore une grande demi-heure à réparer le mal. Le fossé, cause de la chute, est le lit de l’Hassertchaï desséché; nous y faisons descendre avec soin les autres bêtes, et, suivant le lit, nous atteignons le pont de la route qui doit joindre, un jour ou l’autre (on n’est pas pressé en Turquie), le tronçon commencé à Dehook. Nous suivons les poteaux télégraphiques, traversons un petit bras du Tigre à gué, et nous atteignons enfin le pont de Mossoul. Les chevaux ne se tiennent plus de fatigue. La ville est fermée la nuit; nous trouvons Simon qui nous attend et qui nous fait ouvrir les portes. Simon a un air singulier : il a été aussi reçu à coups de pierres dans le petit village où nous avons été si maltraités. Il s’est présenté chez les Dominicains et a, nous dit-il, été mal accueilli. « IL y a des caravansérails dans la ville ; que ces voyageurs y passent la nuit, auraient répondu les Pères ; nous verrons demain ce que nous pouvons faire pour eux.» Est-ce possible que deux Français, arrivant exténués, soient ainsi reçus par des missionnaires français auxquels 1ls présentent des lettres de créance de leur maison mère et une lettre du souvernement? Demain nous demanderons l’explication de cet accuell étrange. En attendant, nous ne pouvons dormir sur la place publique de Mossoul ; je frappe à plusieurs khans (caravanséraïis), personne ne veut
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ouvrir ; on est trop heureux de prétexter l’heure tardive pour refuser un abri à ces chiens de chrétiens. Quoique Simon m’ait prévenu de l’absence du consul, absent pour deux jours, je me fais conduire au consulat. C’est par là que j'aurais dû commencer.
Après un quart d’heure de marche au milieu d’un dédale inextricable de rues, entièrement semblables, nous arrivons au consulat ; le concierge hésite un peu à nous recevoir, mais quand je lui dis mon nom, il se souvient que Je suis attendu par M. Siouffi qui a parlé plusieurs fois de mon arrivée, et a même mis de côté des lettres qui m’étaient adressées. Aussitôt 1l nous ouvre la porte; les bêtes sont déchargées et, comme les appartements sont fermés, il déménage sa loge pour nous la laisser : nos lits de camp sont vite installés; il nous apporte du pain, du vin et du fromage de chèvre à la ciboulette. Jamais repas ne m’a fait plus de plaisir.
Le cawas me remet mes lettres, parmi lesquelles je trouve une dépêche de ma Jeune sœur me disant : « Bon courage! » Puis, sous la protection du drapeau français, accroché au mur, nous nous endormons
heureux d’être arrivés au terme de cette longue pérégrination.