MOSSOUL. — NINIVE. — KHORSABAD
Chez les Dominicains. — Me Altmayer. — Le divan. — Le consul d'Angleterre. — Le minaret chrétien : la tour de l'heure. — Mossoul et l’Orient ; sa fondation. — Les environs de Mossoul; Nabi-Younès. — Les rues de Mossoul, les bazars, les cafés, le kief. — La tartarvan., — M£: Benham-Benni. — Les kelleks. — Le bois à Mossoul. — Un pont à côté d’un fleuve. — Les cimetières. — Les écoles des Sœurs et des Pères, leur imprimerie. — L’Istrangheli, le Syriaque, le Chaldéen. — Les remparts. — Les changements de lit du Tigre — Le bouton de Mossoul. — Construction du kellek. — Visite aux autorités. — Réception à la turque. — Cigarettes. — Déjeuner au consulat d'Angleterre. — Une histoire d'ours. — Les bords du Tigre : maraîchers, gibier, poissons, sources sulfureuses. — Pleureuses. — Visite aux ruines de Ninive et de Khorsabad. — Butte de Kouyoundjick. — Botta. — Khorsabad, les fouilles. — Maisons de paysans. — Un mur de briques peintes. — Buttes cachant des sphinx.
Autel en tripode.— Comment les ruines se sont conservées. — Fondation des palais. — Les chambres, les murs, les toits, les jours. — Ensemble des palais. — Sennachérib et Sargon. — L'écriture cunéiforme, les différentes sortes d’alphabets ; comment ils furent découverts. — M. Siouffi. — Mosquée du sultan Loulou. — Les Soubbas. — De Mossoul à la Méditerranée. Palmyre, Deir, Sindjar. Orfa. — Les marchands du bazar. — Approvisionnements du kellek. — Départ de Mossoul.
Aussitôt réveillés, nous prions le cawas de faire chauffer de l’eau et entreprenons une toilette dont l’agrément ne peut être apprécié que
par ceux qui en ont été privés comme nous pendant plus d’une semaine. Voici vingt-neuf jours que nous couchons habillés sur nos lits de camp. Quel désappointement hier soir quand, après avoir espéré trouver un lit, nous nous sommes vus dans la triste nécessité de déballer encore notre pauvre couchette. Notre toilette faite, nous nous rendons chez les Dominicains : c’est l’un deux qui remplace le consul en son absence. La maison est à deux pas ; M Altmayer, archevêque de Chalcédoine et délégué pour la Mésopotamie, allait sortir quand nous nous présentons ; 1l paraît pressé et nous prie de l’excuser. 1l nous adresse au Père Préfet, le Père Duval, qui nous reçoit très poliment. Nous causons une demi-heure et nous nous expliquons alors l’accueil plus que froid d’hier soir. Simon, tout ahuri de la course qu’il avait faite, de la grêle de pierres qui l'avait accueilli à Mossoul, était arrivé chez les Pères comme un homme ivre, donnant des ordres et gesticulant : « Deux Européens arrivent, préparezleur une chambre, allez au-devant d’eux. » Les Pères avaient d’abord été choqués, puis avaient supposé que nous avions été dépouillés et que Simon portait des lettres volées. Aussi, vu l'heure avancée de la nuit, l’avaientils prié de se retirer. L'accueil que ces messieurs nous firent dans la suite fut si cordial que nous oubliâmes cette fâcheuse impression. Cependant, s'ils ont pris Simon pour un voleur et un assassin, n’auraient-ils pas dû d’abord le retenir et s’assurer ensuite de leur supposition ?
Les Révérends Pères nous offrent une grande et belle chambre avec deux lits. Nous passons la matinée à tout mettre en ordre et, à midi, nous achevons en déjeunant de faire connaissance. Au réfectoire, Je suis placé près de M Altmayer et Hamelin près du Père-Préfet. M# Altmayer est sur le point de partir pour Baghdad ; il est dans le coup de feu du départ ; ce n’est pas une petite affaire, il emmène avec lui cinq sœurs pour diriger l’hospice, ses deux secrétaires, le Père Henri, le Père de Sesonzac et une nombreuse escorte. Il a dû faire construire un kellek! tout spécialement, se pourvoir de provisions importantes, car on met de huit à dix jours, quelquefois onze et douze, à descendre le Tigre ; on ne trouve aucune nourriture en route ; le Tigre coule en plein désert.
Après le déjeuner, ces messieurs se réunissent au divan, où l’on cause à la mode orientale ; à cette heure du jour, la chaleur est telle qu’on ne
peut ni travailler ni dormir. La pièce que l’on nomme le divan est mer-
1. Kellek est le nom donné aux radeaux qui descendent le Tigre.
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