REMPARTS DE MOSSOUL
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autrefois un bras du Tigre. C’est devant la porte de ce côté qu'abordaïent les kelleks venant de Diarbékir ; le R. P. Duval, préfet de la mission, et qui réside en Mésopotamie depuis plus de trente ans, se souvient d'y avoir débarqué. Le Tigre est le plus capricieux des fleuves ; il change de lit comme don Juan de maîtresses, une année de pluies et de débordement le transporte souvent à un kilomètre de l'endroit où son cours paraissait définitivement établi. Mossoul, qui est actuellement sur la rive droite, était peut-être, à sa fondation, sur la rive gauche, sur lemplacement d’un faubourg de Ninive.
Du haut de la porte nord, nous contemplons la ville et la région déserte comprise entre les remparts et les maisons ; on dirait une immense place où, en cas d’invasion, les pasteurs et les tribus nomades pouvaient trouver un abri contre les envahisseurs.
Les fortifications se prolongent perpendiculairement au fleuve ; au point où elles le rencontrent s’élève un monticule sur lequel était construite une citadelle surplombant le fleuve à pic, à une cinquantaine de mètres. Nous passons ensuite près d’un tombeau étrange et fort ancien ; il est tout en briques cuites ; la façade nord contient une inscription très intéressante, paraît-il. Je ne suis malheureusement pas à même d’en juger ; mais M. Siouffi, notre consul, fort érudit en langue arabe, l’apprécie hautement et en a envoyé l’estampage à Paris. Au point de vue artistique, cette tombe est fort curieuse. De chaque côté de la porte, au-dessous de l’inscription, se trouvent deux panneaux en briques naturelles moulées, d’un ravissant dessin, dont les lignes principales, larges de deux centimètres, sont recouvertes d’un émail de faïence bleue de la nuance la plus profonde et la plus pure.
Tout en nous promenant, nous remarquons sur bien des figures de laides cicatrices, on des boutons assez semblables à des furoncles. C’est la maladie des grands centres dans ces pays chauds; on la nomme, suivant la ville où on l’attrape, bouton d'Alep (Haleb), bouton de Diarbékir, de Mossoul, de Baghdad ; en Algérie, j'avais vu le clou de Biskra, avec lequel il me semble avoir quelque analogie. Ce bouton, dont on ignore la cause, se présente d’abord sous la forme d’un petit point rouge qui grossit, devient de la taille d’un très fort clou, suppure et disparaît au bout d’un an, laissant une vilaine marque brune. Des médecins européens sont venus à Baghdad pour l’étudier spécialement et n’ont obtenu d’autre résultat que de le rendre plus sensible et de laisser des
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cicatrices plus laïdes encore. On ne constate l’existence de ce bouton que dans les villes de quelque importance ; il existe à Mossoul et ne paraît jamais dans le petit village de Nabi-Younès, exactement situé dans les mêmes conditions d'hygiène. Les gens propres et soigneux n’en sont pas plus exempts que ceux qui vivent dans une saleté continuelle. Sur cette grande ligne d'Alep, Diarbékir, Mossoul et Baghdad, il ne paraît dans aucun des petits villages intermédiaires. Fait étrange, les indigènes l'ont généralement sur la figure, tandis que les étrangers l’ont plutôt aux bras et aux mains ; mais ce n’est pas là une règle générale, On ne sait comment on en attrape le germe ; on cite des voyageurs l’ayant contracté qui ne sont restés que quelques jours dans une ville: d’autres n’ont vu apparaître le point rouge que plusieurs mois après être revenus dans leur pays. Presque tous les missionnaires l’ont eu; c’est un tribut qu’il faut payer. L'un de ces messieurs souffre en ce moment beaucoup d’un de ces boutons, qui lui est venu sur la joue. A Baghdad, on en distingue deux espèces : le bouton mâle, qui vient seul, et le bouton femelle, qui se multiplie ; il est un peu plus petit, mais aussi terrible que le mâle, On m'a cité un individu qui en a eu jusqu’à trente. Un dominicain qui avait vécu à Mossoul pendant plus de six ans sans avoir rien attrapé s’apercut, trois ans après son retour en France, qu’un bouton inquiétant lui venait à la tempe ; 1l eut la prudence de ne pas chercher à en arrêter le développement, et le bouton disparut. Il est reconnu que tous ceux qui ont voulu soigner ce mal en portent de plus terribles marques.
Nous nous occupons de notre kellek ; plusieurs des Pères ont souvent fait le trajet, et ils mettent leur expérience à notre service aussi obligeamment que possible. Le charpentier de la communauté nous établit une petite tente en bois tendu de calicot et de cotonnade, et le procureur de la mission se charge de l’achat des provisions. La descente, qui se fait en quatre à cinq Jours en mars et en avril, lorsque les eaux sont hautes, dure quelquefois dix et douze jours à cette époque, la plus sèche de l’année ; il nous faudra plus de temps qu'à un transatlantique pour aller du Havre à New-York. Le fleuve coule en plein désert, et l’on mourrait de faim en route si l’on ne s’approvisionnait avant le départ; les berges dénudées ne fournissent même pas le boïs nécessaire à la cuisine.
M. Siouffi n’est pas encore de retour ; nous le regrettons vivement, car c'est par lui que nous aurions désiré être présentés aux autorités. Le
Père Duval fait prévenir les gouverneurs de la ville et du vilayet que