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MOSSOUL : LE MARCHÉ AUX BESTIAUX

MOSSOU L. 23,

nous irons les visiter demain. En rentrant dans notre chambre, nous trouvons notre linge, que les sœurs ont eu la complaisance de blanchir et de réparer. Ce service est inappréciable, car ce n’est qu'à Téhéran que nous trouverons Îes bagages qui contiennent nos réserves.

11 octobre,

est à cheval que nous allons rendre visite aux autorités ; y aller à pied serait un manque de tenue choquant. Nous nous rendons d’abord chez le gouverneur général de la province, Taschim-pacha, qui demeure hors de la ville, dans le grand bâtiment servant de caserne et que l’on aperçoit de la maison du télégraphe.

Nous traversons la ville, escortés par le cawas et deux domestiques qui tiendront nos chevaux pendant la visite ; puis nous sortons par la

porte Legoush. Une longue allée, commençant après la zone des

tombeaux, conduit au Séraï; elle est bordée par deux rangées d’arbres, presque tous malades où morts. Près du palais, il n’y a plus trace de plantations. Pourquoi aussi avoir planté des eucalyptus, des ormes, des chênes, qui ne pouvaient s’acclimater, plutôt qu’une belle allée de palmiers, qui eût sûrement réussi ?

Lorsque nous entrons sous le porche, les hommes du poste sortent et nous présentent les armes, les uns le canon en avant, les autres en arrière. Nous laissons les chevaux dans la cour et montons au premier, où un autre poste nous rend encore les mêmes honneurs. On nous introduit dans un petit salon où se trouve le gouverneur. Il porte une redingote européenne et a une bonne tenue ; il parle français et nous reçoit avec politesse. Le petit salon est situé sur la façade qui domine le fleuve ; à travers les fenêtres grillées, on à une jolie vue sur la campagne, sur le Tigre et sur le village. Les paroles du pacha sont remplies, comme toujours, d'offres et de propositions exagérées, qui ne seraient certainement pas tenues si on les acceptait; néanmoins, le gouverneur nous promet de nous donner des zapetiés pour le voyage. Les rives du Tigre sont fréquentées par des Arabes pillards qui ont dévalisé, ces derniers Jours, plusieurs kelleks ; il ne serait pas prudent de s’embarquer sans soldats. Après une visite d’un quart d'heure et l’inévitable absorption de sirops et de café, nous prenons congé de Taschim-pacha, que nous remercions de ses aimables intentions. Repassant par la même série de

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salutations armées, nous quittons le palais pour nous rendre chez Hamdi-bey, le gouverneur de la ville. La paresse et la nonchalance orientales me gagnent à un tel point, que Je fais conduire mon cheval par deux domestiques qui le tiennent de chaque côté du mors.

La demeure de Hamdi-bey est à côté du consulat de France. La réception est plus intime ; pas de soldats à la porte ; le gouverneur est chez lui, en petite tenue, en chemise déboutonnée, avec pantalon de toile européen. Il est assis sur un divan, tenant dans sa main son pied revêtu d’une chaussette. À notre entrée, 1l lâche son pied pour nous tendre la main. Il est entouré de quelques Européens; l’un d’eux est un ingénieur autrichien, chargé de diriger les #raraux de la route de Mossoul ; son secrétaire, qui à habité une année Paris, ne se souvient que du quartier Bréda, de Bullier et du boulevard Saint-Michel; c’est là-dessus qu’il fonde son enthousiasme pour la première ville du monde. Hamdibey ne connaît pas Paris et a grand désir d’y aller. Est-ce la description que nous lui en faisons ou les récits faunambulesques de son secrétaire qui le tentent ? Il parle mieux français que son supérieur et, l'étiquette étant moins stricte, la conversation est plus facile. [l n’est pas marié, ce qui est ici un signe de très grande dépravation. Au bout de quelques instants. il nous offre le café et les cigarettes traditionnelles.

Les cigarettes méritent une description particulière ; elles remplacent le chibouk dans les réceptions, comme étant plus commodes et plus faciles a offrir; mais c’eût été un bien grand travail pour un Turc que d'apprendre à les rouler. Des marchands établis au bazar font des tubes en papier, légèrement coniques, qu’ils vendent vides ; on les remplit, chez soi, de tabac très sec, presque en poudre, et la cigarette est faite ; mais elle à le orand inconvénient, le tabac n'ayant pas de consistance, de laisser à chaque instant tomber la partie incandescente, qui brûle les tapis et les meubles. On a pourtant la précaution de remettre à chaque fumeur un petit godet de cuivre pour y déposer sa cendre.

Nous prenons congé de Hamdi-bey et allons chez le consul d’Anoleterre, qui nous attend. Nous arrivons vers midi. Le déjeuner est servi dans un divan semblable à celui des Pères. On cause de la rareté des voyageurs; voici six ans qu’il n’est pas venu un Anglais à Mossoul. Puis la conversation tombe sur la chasse, dont le consul est grand amateur; 1] regrette de n'avoir pas ici un compagnon pour courir les montagnes et

chasser le sanglier et l’ours.

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L'ours est très craint des habitants, dont il attaque souvent les troupeaux, et il court sur lui des histoires fort bizarres. Un jour, dans un petit

village, une femme disparut, enlevée par un ours. Le mari, au désespoir,

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