‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 141 sur 210 · PLAN · texte numérisé non relu

PLAN

dû avoir chaud. A huit heures, nous passons une petite cataracte de cinquante centimètres de hauteur de chute; c’est sans doute un ancien barrage ruiné; il serait bien facile, avec quelques cartouches de dynamite, de faire un chenal qui faciliterait ce dangereux passage; mais on se garde bien de faire une œuvre utile. Tous les bagages et toutes les provisions sont réunis dans la tente au moment du passage. Le courant nous entraîne ; nous voilà sur l'obstacle. Le radeau penche, crie, tout semble craquer; les bibelots se renversent, on touche le fond par un coin du radeau, qui s’est présenté de biais. L'obstacle est passé ! De rectangle, le kellek est devenu un losange; quelques liens sont cassés, quelques outres sont crevées, mais nous flottons encore. Nous al ordons à la rive la plus proche; les kellekjis passent une heure à réparer à peu près les dégâts ; pendant ce temps, nous marchons sur la berge.

Nous passons la journée à flâner et à fumer. Notre nouvel interprète nous satisfait assez ; il est doux, complaisant et nous regarde bonassement, avec des yeux de bon gros chien; il prépare à merveille les kaliouns, ée qui nous évite la peine de les faire; il est propre et soigneux.

À dix heures, nous passons devant l'embouchure du Grand-Zab. Ses eaux, bleues et pures, qui arrivent des montagnes, marbrent les eaux crises et jaunes du Tigre avant de se mêler à elles. Le Grand-Zab se jette dans le Tigre par deux branches ; l’une est à sec à cette époque de l’année. A une heure, le thermomètre marque + 31°; une cfférence de 97° en neuf heures.

De temps à autre, nous passons devant quelques petits villages dont les habitants regardent curieusement flotter notre tente blanche ; les chiens aboient. Tantôt la rive est plate et s'étend à perte de vue dans le désert sablonneux ; tantôt quelque monticule, contre lequel vient se heurter le courant, lui fait faire un détour, et les rives tombent à pic dans le fleuve.

A six heures, au moment du coucher du soleil, nous avons un Spectacle merveilleux. Le ciel est d’un bleu pur, un peu doré par les derniers rayons. Pas un souffle ne trouble l'atmosphère. Le fleuve, large et majestueux, coule sans la moindre ride; dans le fond, comme pour donner de la vie à ce tableau, une caravane de chameaux traverse le fleuve à oué; les cris des chameliers excitént les bêtes, un peu inquiètes. La dernière bête passée, le silence renait et la caravane disparaît lentement

à l'horizon.

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