CASCADE DU TIGRE PRÈS DE NIMROUD
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DE MOSSOUL A BAGHDAD. 281
Yovan nous tire de notre extase en nous demandant si nous COMpPtons diner. Quel agrément que d’être servis par de tels domestiques ! On croirait être seul. Le musulman est parfait sous ce rapport; soldats, rameurs, domestiques, on n’entend pas une voix, pas un cri, pas un rire:
aCCroupis à une place qu’ils ne quittent pas de la journée, ils sont pensifs
et rêveurs. Les soldats, cependant, aident de temps à autre à la CUISINE ; en parfaits mahométans, ils ne mangeraient pas de la viande qu'ils
n'auraient pas tuée, et, pour pouvoir profiter de nos restes, ils m'ont
demandé la faveur spéciale d’être les bourreaux de la basse-cour.
À huit heures, la nuit est venue; on s’est arrêté près de la rive. Enfermé sous la tente, je lis quelques brochures emportées de Mossoul t, Nous étions endormis depuis deux heures à peine: il pouvait être onze heures, quand j'entends remuer et parler, puis Petros entre comme
un fou. Nous sautons, Hamelin et moi, sur nos fusils toujours chargés, et nous nous précipitons dehors. Une quinzaine d’Arabes crialent, gesticulaient, et trois ou quatre d’entre eux, le couteau dans les dents, se Jetaient à l’eau pour crever nos outres. Un des zapetiés coupe la corde qui nous retient à la terre. Nous nous étions malheureusement trop approchés du rivage; le kellek portait sur le sable, et je crus que nous ne pourrions démarrer. D’un violent effort, cependant, nous nous écartons de la rive; quelques pillards se mettent à la nage. Les soldats tirent, et je décharge moi-même toutes les cartouches de mon Winchester.
Efirayés par la fusillade, les nageurs regagnent le bord, et nous conti-
nuons lentement, avec précaution, car il ne faudrait pas échouer sur un
bas-fond. La troupe nous suit sur la berge. Je recharge mon fusil, tire quelques coups; puis, ne voyant plus rien, je donne l’ordre de camper sur la rive opposée. Un des soldats monte la garde sur la terre, de facon à voir au loin; les autres, les rameurs et Yovan, veillent sur le fleuve, surtout en amont; car, pour nager sans bruit, les malfaiteurs ont l'habitude de se mettre sur une outre gonflée et de se laisser aller au fil de l’eau. Nous rentrons dans notre tente, et le sommeil nous fait vite oublier cette alerte.
1. Parmi les livres que nous lisions se trouvait un ouvrage anglais, En nous promenant à Vienne, nous avions vu chez un libraire un ( Guide en Turquie d'Asie, en Arménie et en Perse ). Ce guide ne contenait que les itinéraires des principaux explorateurs sans aucun commentaire utile, mais une des premières phrases était celle-ci : « Il n’a pas été fait d'ouvrage sur les
F , . un . : . 0 : s axe A “ù D tynnto voyages en Mésopotamie et au Kurdistan, on n’a rien fait de mieux en ce genre que la Retraite
des dix mille de Xénophon; je conseille au lecteur de s’y reporter. »
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18 octobre.
Nous partons à six heures, quand le jour est bien levé, car 1] y à,
à peu de distance, des rapides difficiles à passer. Au bout d’une demi-
heure, nous arrivons, en effet, à un endroit où s'élèvent de grosses roches RE menacantes, à fleur d’eau, au milieu d’un courant rapide.
Vers dix heures, nous passons près d’une petite bourgade d’Arabes.