‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 147 sur 210 · LE TIGRE ENTRE · texte numérisé non relu

LE TIGRE ENTRE

KHAZHMEREIN ET

BAGHDA D.

ET

BAGHDA D.

à en voir l'entrée, car il est impossible de pénétrer à l’intérieur. Nous passons successivement devant celles d’Abd-el-Kader, d’Abdel-Rahman et du cheik Yousouf. Construites en briques, elles sont revêtues de carrés de faïence bleus, noirs, jaunes et blancs, qui forment des dessins souvent fort Jolis ; ces dessins donnent aux minarets une apparence légère

et gracieuse.

26 octobre.

Nous renonçons à visiter Babylone. Il faudrait organiser une caravane spéciale et le temps que nous y passerions nous forcerait à sacrifier une partie de notre itinéraire dans le Kurdistan.

Nous nous promenons dans les bazars ; mais on nous fait des prix tellement élevés, que nous nous contentons de remarquer ce que nous désirons pour l’envoyer acheter par un tiers. A Mossoul, un juif, auquel je marchandais un vêtement brodé, répondit à l'interprète : « Je sais bien que cela ne vaut pas la somme que je demande;mais comme ces messieurs en ont envie, Je double mon prix. »

En rentrant à l’hôtel, je vois l’hôtelier furieux. Ce matin, étant rentré dans ma chambre pour y prendre un objet oublié, j'avais trouvé deux des domestiques fouillant dans mes affaires ; je les avais renvoyés à coups de pied. Ils s'étaient plaints à leur maître, disant que je les avais battus sans motif. M. Koury vint heureusement nous voir au moment où nous rentrions et put expliquer la vérité; ce fut alors à nous de prendre en pitié ces pauvres diables et d’intercéder pour eux.

Nous devons dîner, ce soir, chez M. Asfar, notre banquier. Nous consacrerons notre après-midi à visiter Khazhmein et le tombeau de l’Imam Moussa (Moïse).

Après le déjeuner, accompagnés de Nannu, nous traversons le fleuve sur un pont de bateaux et, après quelques pas au milieu des sales ruelles de la rive droite, nous arrivons sur une petite place où se trouve un tramway. La misérable voiture ressemble aux vieux wagons abandonnés le long de la route, après un déraillement, et où de pauvres hères ont élu domicile. Les portes et les vitres n’existent plus; quelques jalousies laissent passer par les lattes brisées les rayons du soleil ; les ressorts sont à moitié cassés.

Toutes les demi-heures, deux chevaux sont attelés et menés par

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BAGHDAD.

enfonce dans une ornière à tel point que l’essieu traîne à terre. Voilà six mois que la voie est dans cet état, depuis un orage du mois de mai dernier. L'administration trouve plus commode de prier les voyageurs de descendre aux endroits difficiles que de faire les réparations. Plus loin. c'est la voie qui s’est enfoncée d’un côté dans la terre, et une équipe d'hommes est postée pour maintenir le véhicule et l’empêcher de verser.

La ligne à quatre kilomètres ; le trajet se fait en vingt-cinq minutes, malgré ces deux arrêts, car tout le reste du temps, sans se soucier des cahots, le cocher fouette les chevaux à tour de bras. Un peu avant d’arriver à Xhazhmein, on suit les bords du Tigre et on traverse un ravissant bois de dattiers, où de nombreux treuils en bois, avec leur infernal grincement, sont mus par des bœufs et des chevaux.

Arrivé à l’entrée du bourg, le tramway s’arrête ; nous le quittons pour nous diriger vers le tombeau de la mosquée sacrée. L’imam Moussa. qu'on prétend enterré à Khazhmein, est le premier imam reconnu par les Chütes ; les douze précédents sont reconnus par les Sunnites. C’est un lieu de pèlerinage vénéré par les Persans ; ceux-ci composent presque exclusivement le village ; on y rencontre quelques juifs ; pas un Persan ne se rend à Kerbela sans faire ses dévotions à Khazhmein.

La mosquée est l’objet de la plus grande vénération, et, pour les Chiites, le regard même de l’Européen la souillerait. Nous étions arrivés sur le seuil et admirions déjà cette belle construction, quand, nous étant approchés de lentrée, nous entendons des paroles malveillantes ; il était aisé de voir que c'était à nous qu’elles s’adressaient; au bout de quelques instants, la rumeur augmente; on nous entoure. Je cherche alors Nannu:; il s’est sauvé. Sachant à quelles extrémités peut se livrer le fanatisme musulman, nous nous éloignons, ayant grand’peine à éviter les bousculades de la foule.

La mosquée est très riante, toute couverte de faïences de nuances bleues, noires, blanches. et rosées, représentant des roses, ornée de coupoles et de minarets dorés. L'édifice est une grande construction carrée, au fond d’une cour entourée d’arcades; les murs d’enceinte de la cour se confondent à leur extrémité avec les murs de la construction. La plate-forme est surmontée de deux grosses coupoles dorées, en forme de champignon. Aux quatre coins, quatre minarets, dont le haut est doré. L'ensemble est beau et riche, les nuances sont fines et douces; il m’a

produit l’effet des beaux monuments de l’Inde.

| | | | À a % L Pa TE EU | k || Quand nous arrivons au tramway, il vient de partir, et ce n’est que | A dans une heure que le suivant quittera Khazhmein. Comme il se trouve

des loueurs d’ânes auprès de la station, nous louons trois bourriquots qui

n’est pas trop mal sur ces grandes selles larges en tapis, sans étriers,

RC EE Se

| | vont nous remmener à Baghdad. Nous mettons trois quarts d'heure. On | |

les jambes pendantes. Arrivés à l’entrée du faubourg, nous quittons nos ânes, dont les pauvres petits gardiens nous ont suivis courageusement en courant; nous prenons un kouffeh pour passer le fleuve et le descendre

jusqu’à l’endroit de la rive voisin de notre hôtel.

DEEE Après une toilette sommaire, car nous n'avons pas beaucoup de

AA | vêtements, nous allons chez Asfar. Son fils seul parle français; 1l a eu

LIEU l’aimable attention d'inviter un M. Lazare, médecin autrichien, qui

LE IPIE connaît un peu notre langue. Le dîner avait une prétention européenne; | les plats se succédaient innombrables, accompagnés de simili-bordeaux et

de simili-champagnes ou de bière. À un moment, nous eûmes toutes les

RER

AAA peines du monde, Hamelin et moi, à garder notre sérieux. Dans mon verre, où restait un peu de bière, le domestique versa par mégarde du

vin; s’apercevant qu’il s’était trompé de bouteille, il remit le contenu de

mon verre dans la bouteille de vin. Quelques instants après, 1l versait ce 4 2

4 vin aux convives. Le dîner commença par un singulier potage, auquel

succédèrent un bouilli et trois rôtis (un de poulet, un de perdrix, un de

je pr francolins); puis vinrent des côtelettes et des sardines. Au dessert, BE chacun prit une grande assiettée de crème blanche sucrée, ayant un goût de loch, placée devant lui dès le commencement du repas. Des fruits

(E | (pas de dattes, c’eût été trop commun; nous espérions pourtant en manger

14 FE | | k | de bonnes), des melons, des pastèques, des concombres, des grenades et quelques pommes. Après ce plantureux festin, nous passons au divan, où

le café est servi dans des coquetiers.

M. Asfar nous raconte qu’il a été dupe du fameux M. Defournoux,

qui a exploité tant d’Européens en Asie Mineure et en Perse; 1l lui a

27 octobre.

prêté une certaine somme, et cela pourtant, ajoute-t-il, sur la recomman- IL 1? dation du consul qui l’avait hébergé.

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