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BAGHDAD. 307
deux manières d’envoyer les lettres en Europe : le courrier ture et le courrier anglais. L’un et l’autre prennent la route du désert: ils se rendent à Hit, sur l’Euphrate, d’où ils traversent le désert sur un chameau de course, et arrivent à Damas en douze Jours. Ces deux courriers, les plus rapides, apportent des nouvelles relativement fraîches ; mais la route est dangereuse, le courrier ne répond pas des valeurs. La répression des pillards serait impossible, et d’ailleurs le couvernement n’est nullement disposé à protéger une institution européenne, Avec les sacs de dépêches et de lettres, l'animal porte les provisions du courrier et les siennes, grosses boulettes de farine qu’il avale et rumine tout en marchant.
Un autre courrier part de Baghdad, remonte à Mossoul, et, par Diarbékir et Mouch, gagne Erzeroum et Trébizonde: c’est le courrier du service intérieur et local. Reste un quatrième mode : les bateaux anglais. C’est Le plus sûr pour les valeurs; mais la taxe est deux fois plus forte que par la voie turque, qui a dû accepter les tarifs de la convention postale.
Après le déjeuner, et malgré le temps menaçant, nous nous promenons encore à travers la ville et les bazars. Nous allons faire visite au consul de Perse, qui à habité longtemps Paris. M. Mougel, l’ingénieur français, n’est pas à Baghdad ; nous la regrettons. En revanche, nous avons le plaisir de rencontrer M. Eberhardt, consul de Russie: il est dans son divan avec un docteur et le chargé des affaires indigènes. Il nous conseille de nous tenir sur nos gardes dans les premières étapes lorsque nous quitterons Baghdad. Les tribus des Arabes Shammars et des Hamawans, constamment en excursions, attaquent les caravanes, et, pour voyager dans le pays, il faut s’entourer des plus grandes précautions. Les chefs des brigands résident dans les villes frontières, Khanikin, Kasri-Shrin, prêts à passer de Perse en Turquie à la première alerte. Le frère du chargé d’affaires indigènes, ayant à voyager dans les
régions fréquentées par ces tribus (Kirmanshah, Soleimaniah, Kerkouk),
fit connaissance d’un des chefs. Celui-ci ne lui cacha pas les dangers qu'il courait et lui donna, comme serviteur, un gamin de quatorze ans, porteur du mot d'ordre. Le gamin ne suivait pas la route, mais galopait sur les hauteurs, de chaque côté. Jamais la caravane ne fut inquiétée. En
cas d'attaque, à moins que la bande ne soit beaucoup trop nombreuse,
ces messieurs nous conseillent de tirer; les brigands se sauvent.
Lorsque nous prenons congé de M. Eberhardt, il nous demande à
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quelle heure il aura quelque chance de nous rencontrer au consulat. Il est assez étonné en apprenant que nous sommes logés à l’hôtel d'Europe
et non au consulat. Vis-à-vis des indigènes, rien ne fait un plus fâcheux
effet que de ne pas être appuyé par le représentant de son gouverne- | ment; ils vous soupçonnent et se défient de votre honnêteté. Le soir, il n’y a rien à faire à Baghdad. On reste chez s01; on cause,
on fume.
28 octobre.
Nous avons été réveillés en sursaut, cette nuit, par un bruit | |} 18 infernal. Un des nombreux rats qui pullulent dans l’hôtel, comme dans toutes les maisons de Baghdad, s’était fait prendre dans une ratière placée sur un meuble. I’animal avait fait tomber l'instrument de son
| | [FFE dl supplice et se débattait plus fort encore qu'auparavant. Nous fûmes un
| instant fort intrigués.
| + Nous passons notre matinée avec un menuisier qui nous confec-
LE IE tionne des caisses pour emballer les objets de collection que nous avions BIEL) k| pu nous procurer sur notre route. Je vais trouver M. Asfar pour le prier, LL IP EX lui qui fait souvent des expéditions en Europe, pour la maison Asfar | [Al frères, de Marseille, de vouloir bien se charger de faire passer mes colis IA à la douane et de les expédier. Ces colis contiennent des objets de collection intéressants, et je serais fort contrarié de ne pas les voir arriver en | | France. Il voudra bien charger un de ses commis de donner tous les | pots-de-vin nécessaires. M. Asfar nous rend ce service d’assez mauvaise p| grâce; quoique chrétien, il est toujours Ture et ne tient pas à obliger un
BE | Européen. Nous envoyons nos caisses chez lui : | ù l'OPEEn. ANOUS envoyons nos caisses cnez IUI *.
| | | Quant aux caisses qui contenaient les crânes de la vallée du Grand- {l [Al Zab, les inscriptions de Nimroud, voici ce qu’elles étaient devenues. Dès fl (| | * le lendemain de mon arrivée à Baghdad, je vais à la douane avec ces {1 F | colis. Un premier cerbère, moyennant un bakchich, m’assure qu'il pourra F] | les faire passer sans autre visite; mais son supérieur, ayant appris ma
LE FE RER RE es - ; . . ; J : cs . pcs 1. Ces caisses sont arrivées en France six mois plus tard, honteusement saccagées et pillées. Des objets de prix, des étoffes brodées, des émaux, des bijoux et des pièces d’ambre avaient été
soustraits.
Te
rer
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générosité, arrête les colis et cherche à en tirer aussi quelque bénéfice. Sur sa promesse formelle que les caisses seront le lendemain sur un bateau, je lui fais également un cadeau. Le lendemain, l'employé vient