DU 930 OCTOBRE AN 5 NOVEMBRE
Départ de Baghdad. — Le désert, — Le mirage. — Khan-Beni-Saad., — La Diyala. — Bakoubah. — Cafés; caravansérails. — Départ de Bakoubah, — Sherabad, — Nannu retourne à Baghdad. — Un ménage persan en voyage. — Départ à une heure du matin. — Marche de nuit. — Kizil-Robat. — Causerie turque, — Le kaïmagan. — Fausse alerte, — Khanikin. — Les bords du fleuve. — Le docteur Saad. — La frontière persane., — Les caravanes de
morts. — Kasri-Schrin. — Le gouverneur; échange de politesses. — Une colère de muletier. — Le roi Chosroës, — La légende de Schrine et de Ferrhad. — Sheripoul. — Intérieur kurde. — Grandes caravanes, — Portes du Zagros. — Kerind. — Harounabad, — Défilé de TchadzeVar. — Mahidescht.
J'avais prié Nannu de se trouver à l'hôtel vers trois heures du matin ;
nous devions partir en même temps qu'une autre caravane. À cinq heures et demie, il n’est pas encore arrivé, et les muletiers sont là depuis quelque |
temps déjà ; je suis obligé de l’envoyer chercher. Encore un qui paraît aimer ses aises et qui voudrait voyager sans 8e presser. Ne s’était-1l pas mis en tête ces jours derniers de nous faire renvoyer notre fidèle Yovan, sous prétexte qu'il ne pourrait faire la route? Je crois que le vrai motif était qu’il le trouvait trop honnête et que cette honnêteté le gênait.
Ce n’est qu'à six heures qu'on commence à charger les chevaux, chose peu commode dans cette rue étroite. Nannu s’est encombré de bagages d’une façon ridicule ; il lui faut an mulet de charge pour Jui seul, sans compter tout ce que porte le sien : il n’a pas voulu de l’équipement européen que nous avions : il s’est fait un échafaudage de couvertures sur lequel il est monté ; Je me demande comment il peut tenir sur tout cela.
Enfin, à sept heures, la caravane s’ébranle, M. Koury avait eu la complaisance de nous envoyer deux des cawas du consulat pour nous accompagner et nous faciliter la circulation à travers les bazars. Nous suivons la grande artère des bazars que nous avions prise à notre arrivée; nous passons devant la caserne d'infanterie, traversons la cour de la caserne d'artillerie ; puis, au lieu d’ineliner à gauche vers le fleuve, nous prenons à droite une rue assez large, bordée d’échoppes de marchands, et arrivons à la porte de la ville gardée par quelques soldats.
Les cawas nous quittent, nous entrons dans le désert. La plame immense s'étend à perte de vue. Nous n’avons qu'à nous diriger tout droit, suivant les poteaux télégraphiques, dont l'alignement inflexible se perd à l'horizon. Au bout d’une heure, nous nous apercevons que nous sommes suivis par un zapetié, sans doute envoyé pour nous esplonner. Le valy doit être fort mécontent que nous n’ayons pas tenu compte de ses conseils et que nous nous passions de lui pour voyager dans son vilayet.
Après trois heures de marche, à quinze ou seize kilomètres de Baghdad, nous rencontrons un ancien caravanseraï en ruines, dans lequel campent des bergers. Non loin de là, un canal d'irrigation auquel travaillent quelques Arabes ;1l a deux mêtres de large et à peine vingt centimètres de profondeur ; il semble se perdre à droite et à sauche dans les sables. C’est maintenant le désert dans toute son aridité. Nous voyons les effets de mirage les plus curieux. À deux cents mètres en avant, on croit apercevoir un lac, la mer et des iles ; derrière nous Baghdad parait sortir de l’eau ; ses palmiers se reflètent dans le mirage ; arbres et monu-
ments semblent placés au milieu d’un lac, dont les eaux reproduisent
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