‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 152 sur 210 · LE KHAN BENI-SAAD · texte numérisé non relu

LE KHAN BENI-SAAD

DE BAGHDAD A KIRMANSHANH. 319

leur image renversée. La route continue toujours sablonneuse, monotone : de temps à autre quelques nuées de corbeaux s’abattent et se disputent les charognes et les ossements d’animaux morts en chemin.

À une heure de l’après-midi, nous arrivons au khan Beni-Saad, grand caravanseraï où les caravanes passent souvent la nuit à mi-chemin entre Baghdad et Bakoubah. Quelques marchands de pastèques, de thé et de café se sont établis alentour. Voulant atteindre Bakoubah ce SOIT, nous ne nous reposons qu’une demi-heure.

La caravane à laquelle nous voulions nous joindre ce matin s’est arrêtée là et a pris ses dispositions pour la nuit. Elle est fort nombreuse et se compose de plus de cent chevaux; les bagages sont empilés au centre et les chevaux rangés autour en carré, face à l’extérieur. Devant eux sont étalés le fourrage et les sacs d’orge. On se plaint sans doute du peu de rapidité des grandes caravanes comme moyen de transport ; les caravaniers sont lents et peu pressés, mais ils ont un métier bien dur et bien fatigant ; un homme a souvent dix ou douze chevaux à surveiller et à Conduire ; J'ai vu des caravanes de quarante chameaux. dirigés par trois hommes. Ces individus ont à décharger toutes leurs bôtes en arrivant à l'étape, à les nourrir, à les soigner ; ils ne s'occupent d'eux-mêmes qu’en dernier. Puis, toute la journée, que le soleil chauffe à plus de cinquante degrés, qu’il pleuve, qu’il neige où qu’il gèle, ces pauvres gens marchent sous le même vêtement, nourris uniquement de pastèques ou de thé.

La température est des plus agréables, quoique chaude ; nous allons au nord-est et nous avons un vent du nord qui nous rafraîchit et chasse la poussière de côté sans incommoder l’arrière de la caravane.

On ne peut s’imaginer combien on se trompe dans l’appréciation des distances. Depuis une heure, depuis le moment où nous avons quitté le khan Beni-Saad, on apercevait au loin Bakoubah et nous nous en croyions à peine éloignés de trois heures de marche ; ce ne fut qu'à sept heures que nous atteignîmes l’entrée du village. La distance de Baghdad à Bakoubah doit être de soixante à soixante-dix kilomètres au moins".

Avant d'arriver à Bakoubah, nous côtoyons quel jue temps la Diyala, affluent du Tigre, qui arrose une oasis de palmiers et de grenadiers renom

1. On accuse huit farstaks; mais 4 moins d'estimer le farstak 4 huit kilomètres, c'est une erreur ; NOUS AVONS marché pendant onze heures à un bon pas avec des chevaux frais. Le chemin était excellent, en droite ligne, sans montées ni descentes, et la température chaude n'avait rien d’excessif ; le minimum de notre marche ne devait pas être inférieur à six kilomètres à l’heure.

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més : les jardins s'étendent sur la rive opposée à celle où nous marchons. Dans le cours de la journée, nous avons rencontré de srandes caravanes d’ânes chargés des fruits de l’oasis qu’ils portent à Baghdad.

Après cette longue marche dans le sable on est heureux de voir ces bords verdoyants. Le fleuve, à cette époque de l'année, ne contient pas beaucoup d’eau ; les berges, élevées et à pic, portent des traces d’éboulements et sont fendues de profondes crevasses creusées dans la terre par les pluies torrentielles et les fontes de neige au printemps. La nuit est presque tombée lorsque nous arrivons à un pont de bateaux qui doit servir à traverser le fleuve. De l’autre côté, se-trouve une petite maison en pierres, devant laquelle il faut passer pour continuer son chemin ; c’est la maison du péage. L’individu nous refuse trois fois des pièces de monnaie qui sont bonnes, mais en échange cherche à nous en rendre de mauvaises. Nous suivons une rue, entre les murs en terre qui bordent les jardins ; la lune qui brille à travers les palmiers donne un cachet tout particulier au paysage. Nous arrivons enfin à la ville et'entrons dans les bazars, au son des trente-deux clochettes de nos chevaux et de nos mulets; les katerdJis en mettent à toutes les parties du harnais; c’est un bruit insupportable, mais ils aiment cela: ils se trouvent bercés par ce tintement monotone.

Les bazars sont plus grands que je ne pensais. Bakoubah à une certaine importance; c’est une ville de quatre à cinq mille habitants. La plupart des boutiques sont fermées; cependant des marchands de grains et de fruits, éclairés par des chandelles fameuses dans des verres de cou- , ou par de primitifs lampions, débitent leur marchandise .aux passants attardés; nous voyons aussi de grands cafés remplis de consommateurs qui font tranquillement le kief, en fumant le narghilé; ils sont entassés sur des divans de paille tressée qui se touchent; il serait impossible de circuler entre eux; des lampions et quelques lampes à pétrole les éclairent à demi. Ces masses blanches, immobiles comme des poupées,

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sont silencieuses ou causent à voix basse dans un nuage de fumée; cette scène est bien l’image de la vie orientale, Tous ces hommes nous regardent, mais sans se déranger, comme les bœufs dans la campagne s’arrêtent de brouter pour voir les rares passants; quelques enfants nous suivent. Nous circulons quelque temps dans ce milieu étrange, Car nous frappons à la porte de plusieurs caravanseraï avant d’en trouver un qui nous puisse recevoir; l’un manque de place, l’autre n’abrite pas les chrétiens. Enfin nous découvrons un caravanserai où nous pourrons aVOIr

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au premier une pièce large et assez confortable. Une grande ouverture

grillée de barreaux de bois donne sur la rue; la porte ferme à peu près;

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par terre, une natte convenable. Le gardien est fort complaisant; 1l nous aide à desseller nos chevaux et à monter tout notre équipement qui courrait bien des risques en bas. Il va prévenir un marchand de café voisin

(cawa]i), qui apporte un samovar et nous fait du thé, pendant que

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