‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 163 sur 210 · PER · texte numérisé non relu

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saleté la plus repoussante et n’en semblent pas plus malheureux.

Comme chauffage, ils emploient la bouse de vache pétrie en gâteaux, avec de la paille hachée, par les femmes et les enfants; la provision est empilée dans un coin ou à la porte de la maison.

L’eau est amenée de la montagne par un kanot. La voirie est complètement nulle; les animaux crevés sont Jetés à trente pas du village; les chiens, les chacals et les corbeaux les font disparaître lentement. Les déchets d’abatage pourrissent devant les maisons.

Le pain est la base de l’alimentation; il est fait de blé, de maïs et de ballotas (sorte de glands). La farine, formée en feuillets, est placée sur des plaques de tôle et cuite; mais la pâte est mal pétrie, mal fermentée et, par conséquent, lourde et indigeste. Les hommes ne mangent œnère plus de sept cent cinquante grammes de pain par jour.

On recueille le lait de vache et de chèvre dans des vases de cuivre; lorsque ce lait est caïllé, on en fait du beurre. Les paysans se nourrissent du yourte (lait caillé); ils ne conservent que le sérum et vendent le reste.

Ils vendent aussi les poules et leurs œufs, qu’ils mangent rarement. C’est de concombres, de courges, d’oignons et d’ail qu'ils accompagnent le pain qu’ils nomment tchemek (et non lavash). Le riz, sous la forme de pilaw, est un plat extra, qu’ils ne mangent que les jours de fête.

Tous les jours, le village tue un mouton de vingt-deux kilogrammes environ. Chaque famille en achète un demi-batman, environ deux cents grammes par tête et par semaine.

Le costume des hommes se compose d’une chemisette en coton s’arrêtant au nombril, d’un pantalon large, quelquefois serré à la cheville, d’une grande robe croisée en cotonnade rayée blanche et bleue ou rouge, serrée à la taille par une ceinture. Comme souliers, des espadrilles (guivets) ; comme coiffure, une calotte en feutre, soit bombée, soit pointue, autour de laquelle est roulé un mouchoir.

Les femmes portent une chemisette s’arrêtant aux fausses côtes, une longue chemise comme les paysans d'Ég ypte, une grande draperie fixée à la tête servant de coiffure et retombant sur les épaules comme un châle.

Tous ces êtres sont naturellement sales, en lambeaux et ont une fort mauvaise odeur, Cela sent la misère. Le type est pourtant beau : hommes et femmes, quoique vivant dans des conditions déplorables d'hygiène,

sont bien bâtis et robustes; les femmes ont de jolis traits, les chairs

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fermes et sont fort séduisantes. Les hommes se marient de vingt à vingtcinq ans, les filles vers douze ans.

Dans deux villages, j'ai obtenu la moyenne suivante de mortalité des enfants : à Fetah, sur sept enfants nés viables, six mouraient avant cinq ans. À Cheragalli, sur six enfants, quatre mouraient avant dix ans.

Depuis deux ans, des écoles ont été établies dans divers petits villages; sur cent cinquante enfants, quatorze fréquentent l’école (un peu moins du dixième). L’ignorance des habitants est absolue: douze par

village peuvent lire, deux peuvent signer.

Il ne faudrait pas juger des grandes villes de la Perse par cette triste description des petits villages. Dans les grandes villes, on trouve beaucoup d'individus intelligents qui rehaussent la moyenne, mais on est trop porté à Juger du pays par la moyenne seule des villes. À mon avis, les Persans sont certainement, comme intelligence et finesse, supérieurs aux Turcs. Si les Persans occupaient sur le globe la place qu’occupent les lures, notre civilisation se répandrait plus facilement chez eux. Avec leur esprit dégénéré, leur fanatisme, les Ottomans luttent de parti pris contre tout ce qu’il peut y avoir de bon dans les idées nouvelles.

6 novembre.

Dans la matinée, nous allons voir Agar Hassan, Il ne sait pas un mot de français ni d'anglais. La conversation est difficile, car M. Vaume ne connait pas mieux le:persan que nous-mêmes; mais son domestique bulgare parle ture. M. Vaume traduit nos paroles en bulgare à son domestique qui les retraduit en persan.

Agar Hassan nous pr pose très gracieusement sa voiture pour nous mener cet après-midi aux grottes de Takt-I-Bostan et nous invite à dîner pour ce soir.

C’est aujourd’hui vendredi, le dimanche des musulmans; tous les bazars sont fermés, il n’y a rien à voir.

À une heure, nous nous mettons en route; nous allons chercher la voiture d’Acar Hassan aux portes de la ville, dans laquelle elle ne peut entrer à cause du peu de larceur des rues. C’est un landau de Bir-

mingham. Je me demande comment il a pu arriver jusqu'ici. Il est attelé

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DE KIRMANSHAH A TÉHÉRAN. 90)

Nous atteignons le Kara-Sou, qu’il faut passer à gué. Le fleuve est large et le courant assez rapide; le passage doit en être bien difficile, sinon impossible, au printemps. Nous entrons dans le courant et nous sommes peu rassurés, en voyant l’eau entrer par le fond de la voiture ; elle monte jusqu'aux banquettes sur lesquelles nous sommes assis.

Sur les bords du fleuve s’élève un magnifique palais construit par le gouverneur de Kirmanshah, Imad-ed-Dauleh, (petit-fils de Feth-Aly-

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