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Nous quittons Asadabad à quatre heures passées. L'étape n'est pas longue, mais elle est difficile : il nous faut franchir une importante ramification de l’Elwend., La montagne s'élève à pie au-dessus de la ville : le sentier est des plus rapides. Au sommet on est au point culminant de l'étape. De là, la vue s’étend fort loin : par un beau temps nous verrions
même Kengover; mais le temps, qui menaçait au départ, est épouvan-
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MARCHANDS DE KHEBAB (d’après Flandin).
table ; la pluie, le vent, la nuit qui commence à venir, tout nous empêche de voir et rend la marche difficile. Yovan est ivre comme Je ne l'ai jamais vu et s’égare. Hamelin et le muletier le recherchent, pendant que, resté auprès des bagages, j'allume la lanterne comme point de repère. Enfin, on le retrouve et nous nous remettons en route; le muletier indique le chemin, Hamelin surveille Yovan et moi le cheval de charge.
A dix heures et demie, nous arrivons à la porte d'Hamadan; nous devions entrer par l'Est, nous entrons par l'Ouest. Notre tchapardji s'était trompé. Nous traversons la ville dont chaque quartier est fermé par des portes, gardées par un poste. À chaque porte ce sont de nouvelles diffi-
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DE KIRMANSHAH A TÉHÉRAN.
cultés pour se faire ouvrir. À l’une d’elles un garde refuse de nous laisser passer, si nous ne lui donnons pas un pourboire d’avance ; le -pourboire donné, il demande le double. Je lui reprends le tout et me fais conduire par un habitant au tchaparkhaneh qui est sur la limite extérieure de la ville.
Nous allions sortir, nous étions déjà aux dernières maisons et allions traverser un pont. (Le muletier marchait en avant, suivant l’homme qui nous guidait et tenant le cheval de bagages: je venais ensuite, puis Hamelin et Yovan le dernier.) Quatre individus nous barrent le passage. Ils laissent passer le muletier. L’un deux saute à la bride de mon cheval et, me tirant par la jambe, essaye de me jeter à terre. Je le frappe d’un grand coup de fouet à la tête et il tombe à moitié étourdi. Pendant ce temps les trois autres, armés de couteaux, cherchaient à couper les sangles du cheval de bagages. Hamelin et moi nous nous précipitons sur eux; mails, nous voyant ainsi résolus, les brigands s’écartent. Nous passons. Yovan est resté en arrière ; il est tellement gris, qu’il n’a rien compris à la scène et en me retournant pour voir ce qu'il devient, J'aperçois deux individus qui cherchent à le renverser, Je cours à lui et les hommes: se sauvent. Nous avançons à travers ces mauvais quartiers avec la plus grande précaution et atteignons enfin le tchaparkhaneh à minuit. Le maître de poste, pour le frère duquel Agar Hassan m'avait donné un mot, nous reçoit fort bien. Tous nos bagages sont montés dans la chambre où nons faisons un grand feu. Nous avons fait aujourd’hui
quatre-vingt-dix-huit kilomètres.
9 novembre.
À sept heures, nous sommes réveillés par des moineaux qui ont l'habitude de loger dans la chambre et semblent tout étonnés de la voir occupée. J'écris un mot au frère du maître de poste, M. Karapett, qui parle anglais, pour lui demander s’il ne connaîtrait pas quelqu'un parlant français ou anglais, pour nous accompagner dans la ville. M. Karapett Joint à ses nombreuses et lucratives fonctions, celle de maître d’école:; Il reçoit du gouvernement britannique une rétribution pour enseigner sa langue et vanter les vertus de la Grande-Bretagne.
L'origine d’Hamadan est fort ancienne. La ville occupe la place d’Ecbatane qui remonte à la fondation de l'empire médique.
Vers 780 avant Jésus-Christ, Arbacès, satrape de Médie, poussa sa
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satrapie à la révolte contre le joug des rois assyriens. Il battit Sardanapale, qui périt dans l’embrasement de sa capitale et de son palais, et se fit nommer roi. À la mort d’Arbacès, les Mèdes voulurent être gouvernés par une république ; mais la liberté dégénéra en une telle licence, qu'au bout d’une trentaine d’années, ils reconnurent la nécessité du régime monarchique. Déjocès, un des juges, fat nommé roi (733 ou 710 avant J. C.). Il rétablit l’ordre et, autour de son palais, fonda Ecbatane, qu’il entoura d’une septuple enceinte de murailles élevées. La ville était construite sur une hauteur et les murailles paraissaient aller en croissant. Sous Phraorte, fils de Déjocès, elle fut prise et pillée
par Saosduchin, roi de Ninive. Cyaxare, fils de Phraorte, la reprit et
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TOMBEAU D’ESTHER ET DE MARDOCH f£ E.
assiécea à son tour Ninive qui tomba en entraînant par sa chute la ruine de l’empire assyrien. Astyage, fils de Cyaxare, celui que l’Écriture nomme Assuérus, embellit beaucoup la ville. À partir de Cyrus, Ecbatane se partagea la résidence des souverains avec Suse, Babylone et surtout Persépolis, qui était la résidence d'hiver, tandis que Ecbatane, située au pied des montagnes, était un séjour plus agréable pendant l'été. Alexandre le Grand, après avoir pris les trois grandes villes de l’empire, marcha sur Ecbatane (330 av. J.-C.) où s'était réfugié Darius Codoman, vaincu à la bataille d’Arbelles. Il y trouva des trésors immenses qu'il augmenta encore de tous ceux qu’il avait conquis dans sa marche victorieuse,
Depuis, les historiens ne font plus mention d’Echatane que comme
résidence d'été des souverains. Les Séleucides gaspillèrent la plus grande
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partie de ses richesses et détruisirent ses monuments. Des sept murailles, du magnifique temple du Soleil, il ne reste que des débris informes.
Actuellement la ville d’Hamadan, florissante sous les Sophis, n’a plus qu’une importance fort secondaire ; elle a environ trente mille habitants, dont la plupart sont juifs.
Le monument le plus curieux est le mausolée qui renferme, dit-on, les tombeaux d’Esther et de Mardochée. Ce monument, qui n’est pas incontestable, est des plus simples et ne paraît pas remonter à plus de onze ou douze siècles. Il aurait été construit par un israélite, nommé Ismaïl, pour abriter les restes d’Esther et de Mardochée, transportés de Suse. à Hamadan. L'intérieur se compose de deux pièces ; aucune fenêtre à l’extérieur. On entre par une petite porte découpée dans une grosse pierre, dont deux extrémités sont taillées de manière à former les gonds. Un trou au milieu sert à passer la main pour l’ouvrir. L'ouverture est très basse ; il faut se baisser. On se trouve dans une première pièce, où, sur quelques planches, sont des lampions de suif, allumés les jours de fête. Pour pénétrer dans la pièce à côté, 1l faut passer par une ouverture plus basse et plus étroite encore ; ce n’est qu'à genoux et en rampant qu’on peut y entrer. Là, se trouvent les tombeaux : deux catafalques en bois noir, de deux mètres de long sur un mètre de large et un mètre cinquante de haut, couverts d'inscriptions en caractères hébraïques.
Hamadan renferme aussi le tombeau d’Abou-Ibn-Sina, plus connu sous le nom d'Avicenne, médecin et philosophe fort célèbre, qui vivait au commencement du xI° siècle après Jésus-Christ, et celui du poète mystique Feryd-[bn-Assar (xr1° siècle après J.-C.).
Hamadan est un lieu de pèlerinage pour les israélites de l’Orient. C’est autour du tombeau d’Esther qu’ils célèbrent la fête du Pourim, ou Parim, instituée selon les uns en souvenir de l’indépendance qu’ils recouvrérent sous les Macchabées, selon les autres en mémoire de la tyrannie d’Aman, dont Esther sut les délivrer en fléchissant et séduisant Assuérus par sa douceur et sa beauté.
Après avoir visité ces divers monuments, nous parcourons les bazars fort animés et bien assortis, où nous achetons différents objets de fabrication locale : bonnets, chaussures, etc., que nous voyons faire sous nos yeux. Des individus circulent à travers la foule vendant des fruits et des sucreries Sur de grands plateaux de cuivre étamés, ornés de dessins et d’arabesques gravés. Ici, comme dans tous les bazars d'Orient, chaque quartier
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alt LIL a sa spécialité. Un passage est consacré aux cardeurs de coton, dont les | 1! (A singuliers instruments produisent un bruit étrange. Sur un morceau de 14! | QUE bois courbé en forme d’arc, ou plus réellement de harpe, on tend une 11 | | corde, autour de laquelle le coton est enroulé. Le cardeur frappe avec un | | | maillet de bois la corde, dont les vibrations séparent parfaitement les fils.
Nous terminons notre promenade par une visite à l’école de M. Karapett qui nous traduit, en persan, une dépêche que nous désirions envoyer
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