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RÉSERVOIR A SAVEH,
en briques soutenu par quatre colonnes. Les larges pierres et les dalles de nos tombes sont remplacées par des plates-formes en briques.
Nous rencontrons une singulière construction. De loin, on ne voit qu'un grand portail, entrée d’escalier qui descend sous terre et semble conduire à nne source. Deux petits dômes et un autre plus grand sont sur l'alignement du portail. Ce sont des bains et des réservoirs.
Le tchaparkhaneh est immense; il y aurait place pour cent cinquante chevaux; mais le maître de poste n’en a que douze. Pendant que Yovan court au bazar pour chercher quelques provisions, nous allons faire un tour dans la partie sud de la ville, toute ruinée et délabrée, mais conte-
nant encore les restes curieux d’une très belle mosquée. Les minarets
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à demi brisés; conservent encore des débris de faïences émaillées de toute beauté; les dômes sont également garnis de plaques de faïence fort belles. Saveh a dû, jadis, être bien plus importante; tonte cette partie de
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MINARET RUINÉ A SAVEH.
la ville conserve les traces d’une grandeur disparue, Il y a deux siècles, Chardin, en la visitant, signalait ses ruines comme déjà anciennes. Nous quittons Saveh à midi. Le temps est lourd et le soleil fort chaud. Nous gravissons au trot, pendant plus d’une heure, la pente fort douce d’une grande vallée. Nous nous désaltérons auprès d’un ruisseau
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et assistons à un combat d’aigles, de corbeaux et de chiens qui se disputent sur la route le corps d’un âne à peine mort. Une heure de galop pour passer le col à travers de petits mamelons, et nous descendons dans la grande plaine de l’Æezardere, qu’il ne faut pas moins de trois quarts d'heure, à une très vive allure, pour traverser. Les villages semblent fuir devant nous : Zerend, Mamounieh. De loin, on les prend pour le lieu de l'étape; et puis on y arrive, on les passe, et le tchapard}t va toujours. Enfin, à quatre heures nous sommes au tchaparkhaneh. L'étape suivante est trop longue pour que nous puissions l’entreprendre ce soir. Nous prenons place dans le balakhaneh, dont les murs sont couverts de dessins et de plaisanteries plus où moins spirituelles en persan, en anglais, en français. La route, depuis Saveh, est fort suivie. C’est la route de Téhéran à Ispahan. Elle est relativement facile; il est peu de touristes, hommes et femmes, ayant été à Téhéran, qui n’aient poussé jusqu’à Ispahan. Le maître de poste sait mieux que les autres ce que peuvent désirer les Européens. L’eau du pays est des plus malsaines.
Au loin, on admire les montagnes de l’Elbourz, qui séparent le Ghilan et le Mazanderan des plateaux arides de la Perse, et le pic neiseux, régulièrement conique, du Demavend, qui rappelle la régularité
du Fusi-Yama.
13 novembre.
Nous quittons le tchaparkhaneh de Xanabad à cinq heures. De ce côté du village, de grands champs de coton et de ricin bordent la route. Un paysage plus accidenté succède à une longue plaine, et, au milieu d’un terrain dénudé et inculte, nous rencontrons l’Abhar-tchaï, que nous passons à gué. Là, nous rattrapons un autre voyageur seul avec son tchaparshagir ‘. Malgré son apparence européenne, nous le croyons Persan ; un Européen ne voyagerait pas ainsi. Tout son bagage tient dans des courgines placées sur son cheval et celui du tchaparshagir.
Nos chevaux, que nous avons pressés dans la première partie de l'étape, n’en peuvent plus; celui de charge est tellement fatigué que,
pour l’entraîner, j’attache la longe de son licol au pommeau de ma selle.
La route est excellente; une grande plaine, légèrement sablée,
1. Depuis Saveh, c’est le nom que j'entends donner aux courriers qui accompagnent les
voyageurs en poste.
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descend en pente très douce. Robat-Kérim apparaît enfin. L’oasis ne ressemble pas à celles que nous avons vues jusqu'ici; au lieu de verdure, c’est une chevelure brune de feuilles jaunies et dorées par l'automne. Les eaux sont abondantes; un grand ruisseau à l’entrée, et dans plusieurs ruelles de nombreux canaux; dans la rue que nous suivons, c’est un vrai cours d’eau de plus de deux mètres de large, bordé d'arbres, de figuiers et d’érables magnifiques. Un petit pont en troncs d’arbres recouverts de
branchages et de terre, en face du tchaparkhaneh, donne accès à la mai-
RUE ET TCHAPARKHANEH A ROBAT-KÉRIM.
son de poste, qui n’est pas en meilleur état que ses voisines. Nous nous reposons une heure, pendant que l’on nous prépare d’autres chevaux.
Quoique nous approchions de Téhéran, où les femmes musulmanes sont peut-être encore plus sévèrement tenues qu’en Turquie, des laveuses, accroupies devant le ruisseau, ne ramènent que bien mollement leur voile sur le visage, tandis que nous passons. Quant au reste, bras, jambes, épaules, elles ne songent pas à le cacher. Elles sont fort jolies.
Le voyageur que nous avons rencontré ce matin est arrivé presque en même temps que nous. Il déjeune de son côté et fume le kalian; c'est décidément un Persan. Il ne dit pas un mot que nous puissions Com-
prendre. Nous repartons donc sans savoir d’où il vient ni où il va.
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À la sortie du village, les champs sont coupés de canaux d'irrigation qui forment des marais boueux. La plaine est semée de nombreux villages entourés de champs et de vergers; la culture est plus activement poussée. Nous passons ainsi Nasrabad, Salon, Tchebardoun. Nos costumes, nos personnes ne sont plus des objets d’étonnement; on se sent proche de la capitale. Nous passons le Keredj sur un pont à peu près entretenu, chose extraordinaire.
La pluie commence à tomber quand nous apercevons Téhéran. Nous arrivons à trois heures. Nous entrons dans la ville par une porte ornée de faïences bleues, jaunes, noires, blanches et d’un dessin baroque au-dessus du portail. Les rues sont larges, bordées de maisons basses d’un seul étage. Nous traversons une grande place sur laquelle donne l'entrée du palais du shah, et dont toutes les issues ont des portes. Nous sommes dans le quartier européen. Nous descendons à l’hôtel Prévôt. Enfin, nous voilà au terme de cette entreprise qui nous semblait si difficile et si périlleuse. Nous sommes allés de Baghdad à Téhéran, sans
guide, sans interprète et ignorant la langue.