‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 174 sur 210 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'hôtel Prévot. — M. de Vauvilliers. — L'ambassade de France. — Le docteur Tholozan, — Un salam. — Les pensionnaires de l'hôtel. — Les ambassades. — Caravanes du Turkestan, — Les Susmanlis ; leurs danses. — La peste et le choléra. — Les quarantaines. — Le festin du shah, — L'administration intérieure, — L'école militaire. — Les fils du shah : Mozaffered-Dine-Mirza; Zelleh-Sultan. — M. Lemaire; la musique du shah. — La grande route de Téhéran à Rescht et de Kaswin à Tauris. — Moustofi-el-Memalek. — L’ark ou palais du shah., — Visite du palais. — Le trône des Paons. — Le tekieh. — Les théâtres en Perse. — Promenade du shah. — Son escorte. — Les bazars. — Les fortifications. — Les environs : Tochan-tepeh ; Echeret-Abad; Kasr Kadjar; Tadjrich. — Départ de Téhéran.

Nous sommes reçus par M° Prévôt. Notre télégramme d’Hamadan lui était bien parvenu; mais, n’ayant pas jugé à propos de nous préparer notre chambre d’avance, elle maugrée maintenant d’être obligée de se presser. M. Prévôt, qui est, en même temps que l’unique hôtelier, le

erand, le seul confiseur de Téhéran, a recu du shah la décoration de l’ordre du Lion et du Soleil pour avoir fait en nougat le portrait du monarque. Il est beaucoup plus aimable que sa femme; 1l est souffrant en ce moment; nous le regrettons doublement. Nous avons une bonne chambre; l’agence Ziegler, qui a expédié nos caisses de réserve de Tauris à Téhéran, nous les envoie de suite; nous pouvons donc quitter nos vêtements en loques et prendre une tenue plus correcte.

À peine sommes-nous installés qu’on nous annonce la visite de M. de Vauvilliers. Notre ami de Tauris ne nous avait pas oubliés. Guettant notre arrivée, qu'il savait proche, il avait voulu être le premier à nous souhaiter la bienvenue à Téhéran.

Notre première visite est pour l’ambassadeur de France. M. de Balloy, en ce moment à Paris, est remplacé pendant son absence par M. F. Souhart, chargé d’affaires. L'accueil de notre compatriote est aussi aimable que nous pouvions l’espérer. Nous causons longtemps avec lui et M. Audibert, drogman-chancelier de l’ambassade. Ces messieurs nous retiennent à dîner. Sur ces entrefaites arrive M. Roqueferrier, premier drogman.

Quelle n’est pas notre surprise, quand nous reconnaissons en lui le voyageur qui nous avait tant intrigués ce matin! Il revenait d’une excursion à Ispahan. La connaissance est promptement faite; ces messieurs nous remettent une longue correspondance d'Europe que nous attendions avec impatience et sur laquelle nous jetons un rapide coup d’œ1l, pendant qu'ils

terminent leurs travaux.

14 novembre.

Nous allons, dès le matin, rendre visite au docteur Tholozan, que nous n'avions pu voir hier. Le docteur n’est pas chez lui. Médecin et confident du shah, 1l venait d’être appelé par Nasr-ed-Dine,

Toute la ville est en émoi; c’est aujourd’hui la fête du shah, qui, à cette occasion, donne un salam ou réception officielle. M. Souhart nous en avait prévenus hier; il regrettait vivement que nous fussions arrivés trop tard pour pouvoir nous y faire assister d’une façon officielle. Nous essayons néanmoins d'approcher en curieux.

Descendant la rue de l'hôtel, nous débouchons sur la grande place du Meïdan-[-Topkhaneh. En face de nous, une grande porte ornée d’ara-

besques, de tours et de tourelles en plâtre décorées de faïences et de

peintures, donne entrée sur l’avenue des Diamants (Chiavan almas) qui conduit à l’Ark ou palais du shah.

Les abords du palais sont encombrés de monde; nous voyons sortir le personnel des ambassadeurs qui vient de présenter ses hommages au Grand Roi. Nous rencontrons M. Souhart, M. Roqueferrier et M. Audibert qui ont la complaisance de nous prêter un de leurs goulhams:; il nous mènera dans le palais à un endroit d’où nous pourrons apercevoir, sinon le shah lui-même, du moins le défilé des officiers.

Nous traversons quelques cours dallées, bordées d’arbres et de fleurs, où des jets d’eau jouent dans de grandes vasques, et nous arrivons à une pièce, au premier étage, d’où nous voyons tout le cortège.

Les troupes ont des uniformes bien bizarres. Quel singulier assemblage de couleurs! Des tuniques vert d’eau avec des pantalons oranges, garnis de bandes violettes, des brandebourgs énormes, des épaulettes démesurées. Ce sont de maladroites imitations des costumes militaires européens. Les cosaques seuls ont un uniforme convenable. La musique, pendant le défilé, joue des airs d’opérettes d’Offenbach et de Lecocq.

Après avoir assisté à une partie de la cérémonie, nous revenons déjeuner à l’hôtel. A table, nous sommes seuls avec-un correspondant du New-York Herald, envoyé ici pour transmettre à son journal des nouvelles de l'Orient. Un autre personnage, un Français, habite aussi l'hôtel. Hier il nous avait obligeamment aidés à notre arrivée. Ce matin, il m'annonce qu'il fait partie de la suite de Zelleh-Sultan, le fils du shah. gouverneur d’'Ispahan, avec lequel il est en fort bons termes; il me donne des renseignements intimes sur la vie du prince, ses habitudes et finit par me dire qu’il est son chef de cuisine.

Vers deux heures, nous faisons un tour dans la ville. Dans notre rue sont toutes les ambassades, L’ambassade de France est dans une rue latérale; la maison, de style gréco-italien, est précédée d’une cour arrangée en Jardin à la française, et ornée d’un bassin. L’ambassade d'Angleterre possède une entrée majestueuse donnant sur un jardin planté de beaux arbres. L'ambassade turque a une grande porte blanche, décorée de dessins bleu de ciel et or. L’ambassade d'Allemagne est sombre et austère. Le consulat des États-Unis est d’une simplicité républicaine : une petite boutique dont la porte est surmontée de l’écusson.

De grandes caravanes de chameaux arrivent du Turkestan; les bêtes

sont fort grandes et richement ornées de glands, de franges et de houp-

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pettes de laine de toutes couleurs; elles en ont partout, sur la tête, au cou, sur les charges et jusqu’au-dessus des genoux, comme des Jjarretières ; les clochettes sont mélangées aux ornements. Les chameliers, avec leurs costumes sauvages de peau de mouton, tantôt sont perchés sur une de leurs bêtes, tantôt tiennent l’une d’elles par son licou.

Rentrés à l’hôtel à trois heures, nous ne savions que faire quand un

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