CHAMEAU DU TURKESTAN
individu nous ‘proposa de nous faire voir des Susmanlis qui campaient aux portes de Téhéran. Les Susmanlis, dont la tribu habite dans la région du Kurdistan voisine de Kirmanshah, fournissent les bayadères les plus réputées et les plus célèbres. C’était une visite intéressante. N’ayant pas passé par Ispahan et Shiraz où les danses sont le plus en honneur, nous n’étions pas fâchés d'assister à ce spectacle, avant de quitter la Perse. À un quart d’heure dè la ville, l’individu nous fait entrer sous une tente, où nous sommes reçus par un vieillard qui nous fait asseoir; nous sommes accroupis sur des tapis. Il nous offre du thé, du café. Un quart
d'heure après, trois musiciens arrivent et prennent place en face de nous;
TÉHERAN. 389
l’orchestre se compose d’une sorte de musette, d’un tambourin et d’une grosse-caisse. Une première bayadère se présente. La musique est d’abord lente et le rythme calme; la danse est une succession de poses et de mouvements de torse, du ventre et des reins, fort gracieux. Le costume de la danseuse est brillant : une longue jupe de cotonnade cache ses jambes; mais, comme elle n’a pas de jupons, les formes se dessinent. Le corsage rose, avec des broderies d’or, ajusté par-dessus une chemise en mousseline transparente, ne cache pas grand’chose du buste; la poitrine et les épaules
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DANSE DES SUSMANLIS.
sont presque nues. La tête est recouverte d’un voile qui pend en arrière et que la danseuse ramène constamment devant la figure et sur les yeux.
Une deuxième bayadère succède à la première. Le costume et la danse sont à peu près semblables; puis la musique précipite la cadence et le rythme, tout en devenant plus bruyante; la première bayadère se joint à la seconde; les poses et les mouvements sont des plus gracieux, quoique fort indécents au fond; la grâce et le charme véritablement artistique des danseuses font pardonner une lascivité qui, sans eux, serait grossière et intolérable, Deux autres bayadères viennent se mêler aux premières.
J'étais réellement étonné. Dans plusieurs voyages aux Indes, en Chine, en Océanie, j'avais assisté à des danses de ce genre; elles n'avaient
pas ce caractère artistique et leur grossière indécence n’était qu’une
abominable duperie. Les Susmanlis, au contraire, ont une véritable disposition pour cet art qui.est le plaisir favori des jeunes filles et des jeunes œens. Le spectacle se termine mal. Aux danses de ces Jolies Jeunes femmes, succède une autre, bien plus goûtée des Orientaux, mais qui nous répugne et nous désenchante. Les danseuses sont remplacées par des danseurs, vôtus de costumes de femmes; leurs longs cheveux noirs tressés retombent sur leurs épaules, et le soin efféminé de leur toilette, la mollesse de leur chair, les feraient prendre pour de véritables femmes. Ils sont trois, leur danse a tout de suite un caractère animé; mais elle devient bientôt d’une grossièreté révoltante. Tout le charme de la première partie est gâté.
Récompensant largement les acteurs de cette petite fête donnée pour nous seuls, car je ne compte pas la foule amassée devant l'entrée, Je reçus les plus chaudes démonstrations d’amitié et des éloges pompeux. Comme la nuit était presque tombée, on voulait même nous reconduire avec des torches. Nous priâmes notre obligeant cicerone d'intervenir pour qu’on nous laissât partir sans cette pompe.
Nous rentrons à l'hôtel, regrettant bien d’être arrivés un Jour trop tard à Téhéran pour être invités à la grande bombance qui se donne au palais à l’occasion des fêtes du shah; il y aurait eu sans doute de bien
amusantes études à faire et des scènes originales à observer.
15 novembre.
Nous allons chez le docteur Tholozan, et nous avons enfin la bonne fortune de le rencontrer. Nous restons chez lui plus de deux heures.
Voici plus de trente ans que le docteur habite la Perse et prodigue les soins les plus dévoués au Skah des Shahs, au Roi des Rois, à l'Ombre de Dieu; il est aimé de tous les pauvres auxquels il a bien souvent fait des visites, emportant dans sa poche le médicament nécessaire. La conversation tombe sur les quarantaines qui, comme moyens préventifs, semblent au docteur d’une utilité bien maigre et bien relative. A l’appui de ce que nous dit le docteur, je ne citerai que les deux faits suivants, les plus 1mportants parmi ses nombreuses observations sur le choléra et la peste, les deux fléaux qui ont ravagé la Perse.
« En 1877, une épidémie de peste se déclare dans la ville de Rescht ;
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