UNE ROUTE DANS LE GHILAN
est de passage à Rescht, se rendant avec sa famille à Téhéran, où il à été nommé premier secrétaire de l’ambassade russe. M. Vlassow nous invite à venir dîner avec lui ce soir. La demeure où Mirza Youssouf héberge les étrangers est très confortable. L’appartement qu’il nous offre se compose de deux chambres et d’un salon meublés à l’européenne.
À sept heures, nous nous rendons chez M. Vlassow. Comme les rues sont fort boueuses, et que l’on ne peut aller chez Le consul autrement qu’à pied, nous chaussons nos grandes bottes, emportant sous notre bras nos souliers vernis, que nous mettons sous le vestibule du consulat.
M. Vlassow nous reçoit dans son cabinet, avec M. de Gers. Nous prenons le zakouska, puis les dames nous rejoignent et nous passons dans la salle à manger. M"° de Giers est souffrante et ne peut venir à
table. Après le dîner, pendant lequel on à parlé français, nous passons au
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salon meublé artistement, moitié à la française, moitié à la persane. La peau d’un tigre à long poil de toute beauté, tué par M. Vlassow non loin de Rescht, s’étend au milieu de la pièce; les tigres sont si nombreux dans les environs qu’en hiver ils viennent jusque dans les premières maisons de Rescht.
25 novembre.
Nous ne savons pour combien de temps nous sommes à Rescht; les vapeurs de la compagnie Caucase et Mercure n’ont pas de service régulier en hiver, et souvent, par surcroît de désagrément, la mer est si mauvaise que l’on ne peut s’embarquer sur le navire en rade d’Enzéli: les bateaux repartent même parfois sans avoir pu débarquer le courrier.
Rescht est dans l’intérieur des terres, à environ trois heures de la mer Caspienne. De Rescht on atteint Piri-bazar en deux heures, et là on s’embarque sur de petits bateaux qui vous mènent, à travers des canaux et le bassin du Mourd-ab (Eau morte), jusqu’à Enzéli. Bon gré mal gré, il nous faut donc rester à Rescht jusqu'à ce que le bateau vienne nous délivrer. Notre hôte, Mirza Youssouf, doit s’informer à Enzéli; d’un autre côté, M. Vlassow est toujours averti des arrivées et des départs.
Mirza Youssouf a la complaisance de se promener avec nous. Je suis frappé de la ressemblance de cette ville avec les cités japonaises : petites maisons basses de chaque côté d’une rue qui n’est, en somme, qu'un bazar découvert. Les paysans portent leurs fardeaux, comme les Japonais, dans deux sacs en paille suspendus à l’extrémité d’un long bâton flexible en bois de fer, posé sur l’épaule. De loin, les échoppes des bazars ressemblent aussi aux boutiques japonaises; mais ce n’est plus la propreté exquise et raffinée du Japonais ; on n’a devant soi que l’horrible saleté de l’Asiatique.
Quelques mois avant notre passage à Rescht, au mois de juillet, la ville avait été ravagée par un incendie terrible qui avait éclaté dans le centre des bazars. Vingt et un caravansérails, où se trouvaient réunies les denrées de plus de mille marchands, furent brûlés et entièrement détruits. Les pertes s’élevèrent à 300,000 tomans (plus de <400,000 francs). L’humidité est telle que les ruines sont couvertes de mousse et d'herbe, comme si le malheur datait de plusieurs années.
Rescht est une ville de quinze cents maisons, peuplée de vingt-cinq mille habitants encore bien fanatiques, quoique radoucis depuis que les
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Européens se rendent à Téhéran par Rescht. Les femmes, lorsque nous passons près d'elles, s’écartent et se rangent comme si elles craignaient que nous ne les salissions.
En rentrant, Mirza Youssouf nous offre un dîner magnifique; mais
tout est assaisonné à l’orange : soupe, poulet, faisan, salade. Parmi les industries du Ghilan, la magnanerie tenait une place considérable. Une maladie des vers à soie a fait un grand tort à cette
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industrie, et les soies du Ghilan et du Mazanderan sont beaucoup moins recherchées maintenant ‘. Le boïs de buis, qui pousse aussi en grande quantité, est exploité par la maison grecque Kousis Prophyllactos.
La mer Caspienne joue un rôle important dans la météorologie du Ghilan et du Mazanderan. Sans la présence de cette vaste nappe d’eau, on peut dire que tout le nord de la Perse serait un désert. Pendant les étés brûlants, cette mer donne naissance à une masse considérable de vapeurs. La plus grande partie de celles-ci, poussée par les vents du nord, se précipite en pluie sur le versant septentrional de l’Elbrouz et entre-
1. Une des causes qui empêche aussi beaucoup les commerçants européens de s'adresser aux industriels persans, c’est l'impossibilité de faire avec eux des contrats durables,
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