‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 21 sur 210 · Voir les deux gravures, p. 75 et · texte numérisé non relu

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DE DJOULFA A TAURIS. 47

+ septembre.

À quatre heures du matin, je donne l’ordre de seller les chevaux et

de charger les bagages. Gérôme nous prépare du thé, et ce n’est qu’à

UN TCHAPARDIJYI,

cinq heures et demie que nous partons. Toujours les mêmes plaines arides et sablonneuses, rouges ou grisâtres, coupées de temps à autre par un ravin, une colline ou le lit d’un fleuve desséché.

Nous suivons, presque tout le temps, le télégraphe anglo-indien,

construit avec une précision remarquable ; les poteaux en fonte sont sol1-

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dement fixés dans le sol et alignés à perte de vue; les isolateurs, en parfait état, montrent avec quel soin la ligne est entretenue. De temps à autre, nous nous éloignons de la ligne télégraphique pour éviter un précipice ou un escarpement de rochers par-dessus lequel elle passe sans sortir du plan d’alignement. A mi-chemin, nous nous arrêtons près d’un puits où un marchand de thé se trouve fort à propos.

L'étape est longue de six farstaks (quarante kilomètres environ), les chevaux sont exténués et, avant d’arriver à Marand, la dernière heure est faite au pas. Le petit village est charmant ; les rues, bordées d'arbres, sont arrosées par de larges ruisseaux dans lesquels court une eau limpide qui arrive de la montagne : l'effet est d’autant plus agréable que l’on à traversé pendant cinq heures un désert brûlant; le tchaparkhaneh est situé à l’autre bout du village qui est fort long ; nous nous y reposons deux heures, en buvant du thé et du lait, en mangeant des fruits. Nous sommes à l'ombre sous la véranda, le ruisseau coule en face de nous sous des saules.

L'eau est la fortune du Persan, et la Perse en a fort peu. Aussi, est-ce avec le plus grand soin que les habitants l’amènent de la montagne par des conduits souterrains creusés à grand’peine. Ces conduits, nommés hanots, sont très soigneusement entretenus ; s’ils venaient à s’engorger, si la source qu’ils captent venait à se tarir, le village entier serait obligé d’émigrer. De distance en distance (tous les dix mètres à peu près), sur le sol, sont creusés de grands trous par lesquels on peut s’introduire dans la galerie pour l’entretenir et la nettoyer. L'eau est souvent prise à des distances considérables du village qu’elle fait vivre. Le #anot est une orande source de revenus pour celui qui l’a créé ; il débouche à l'entrée du village et là, se divisant en rigoles, conduit l’eau au jardin, au champ, à la maison de chaque abonné, qui paye tant par heure d'écoulement. Ces kanots remontent à la plus haute antiquité. Les premiers furent creusés, dit-on, par l’ordre de Cambyse, de Cyrus et de Smerdis le Mage.

À une heure, nous repartons ; l’étape est assez dure ; on commence par faire lentement l’ascension d’une haute montagne, du sommet de laquelle on découvre une étendue immense. Sur la plaine infinie, Les villes se détachent nettement, avec leurs bouquets d'arbres.

Selon l’expression de M. Reclus, pour se faire une idée du pays, 1l faut &« s’imaginer, autour de chaque village indiqué sur la carte, un

petit cercle vert et recouvrir le reste d’une teinte grise ».

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