TABLEAU PERSAN
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DE DJOULFA A TAURIS. 69
une autre cour plantée de quelques arbustes. Le prince se tient dans une grande pièce qu’un large veldm abrite du soleil. Nous retirons nos galoches et entrons le chapeau sur la tête : ainsi le veut l’étiquette.
La conversation manque d’animation, car, le prince ne parlant pas français, M. Bernay se contente de traduire nos politesses et nos réponses à ses questions. Le prince s’intéresse beaucoup à notre voyage, s’étonne
hardiesse et nous demande de lui annoncer notre retour si nous
de notre réussissons, Îl à une figure distinguée, il est brun et joli garcon ; il est doux et très aimé du peuple. Quoique plus jeune que ses deux frères, qui sont en compétition avec lui pour la couronne, il en est l’héritier légitime, comme fils d’une mère khadjar, famille de sang royal qui a la priorité sur les autres dans la succession au trône. Le Velyed me fait quelques juestions sur mes précédents voyages. Grand chasseur, il s’intéresse surtout à la faune de chaque pays et aux chasses que jy ai faites. Après une conversation d’une demi-heure, saluant trois fois en nous retirant à reculons, nous prenons congé du prince.
Dans laprès-midi, le consul d'Angleterre et celui de Turquie viennent nous rendre visite. Ce dernier nous remet des lettres qu’il nous à promises et nous recommande par-dessus tout de ne pas dire que nous avons une mission du gouvernement français. On ne nous laisserait rien faire, par méfiance, et on sèmerait des obstacles sur notre route. Ce sont là de précieux renseignements ; mais de pareils aveux, de la part d’un représentant du pays, montrent assez combien cette nation est déchue. Quelques instants après, nous recevons du vice-roi sa photographie accompagnée d’une lettre de recommandation pour les autorités persanes, apostillée d’un mot spécial de sa main.
La soirée se passe gaiement ; le consul d'Angleterre est venu avec
sa femme, et la causerie est fort animée.
10 septembre.
C'est aujourd’hui notre dernier jour de repos. Nous restons au consulat pour terminer nos préparatifs de départ et faire emballer nos achats, que M. Bernay veut bien se charger d’expédier à Paris.
M. Bernay essaye une dernière fois de nous dissuader de notre voyage ; 11 n’y à pas seulement à redouter la haine et le fanatisme des
babitants, mais la méfiance et la jalousie du gouvernement turc, capable
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de soudoyer des brigands pour nous faire disparaître, si nos démarches déplaisent ; puis les Kurdes de la vallée du Grand-Zab, en lutte continuelle avec la Porte, qui ne peut les poursuivre dans leurs montagnes, et dont ils ne veulent pas reconnaître la suzeraineté, détestent les Européens. Souvent, c’est du gouvernement même que vient le danger. Les princes, les prêtres, les gouverneurs épousent les filles des chefs de tribus insoumises, avec lesquels 1ls pactisent et partagent le butin. Les beauxpères préviennent leurs œendres d'expéditions dirigées contre eux, leur annoncent les départs des caravanes richement chargées, pour qu'ils les pillent en route; et cela est su de tous. Enrichis par ces vols, ils
vivent dans la plus parfaite sécurité, protégés par les plus hauts
fonctionnaires qu’ils achètent par des pots-de-vin *. M. Bernay veut bien me céder un lit de camp qu'il possède; j'en sac était bien insuffisant, et pour passer la nuit
suis fort heureux, car mon x la belle étoile, j'aurais été trop pres du sol. J’ai engagé hier un cuisinier chaldéen parlant soi-disant le français ; jai sur lui les meilleurs renseignements ; 1l est, paraît-il, fort honnête ; il se nomme Yovan.
M. Malpertuy vient nous faire ses adieux et assister à notre départ.
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M. Bernay, après nous avoir accueillis d’une façon si aimable, à fait encore charger un de nos mulets de provisions qui nous mèneront presque jusqu'à Ourmiah. Un dernier adieu à nos hôtes, que nous espérons revoir
à Paris et nous nous mettons en route.
{. Pour citer un nom à l'appui de cette allégation, la tribu des Chemavend, justement redoutée, brave depuis plus d’un demi-siècle l'autorité de la Porte. Comment, devant de tels faits,
ne pas croire à la complicité du gouvernement ?
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