‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 35 sur 210 · CHARIOT ARMÉNIEN · texte numérisé non relu

CHARIOT ARMÉNIEN

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DE TAURIS A OURMIAH. — OURMIAH

Départ de Tauris. — Les Ketcherés. — Le lac d'Ourmiah. — Un tchaparkhaneh fondu. — Notes sur le lac; sa densité, ses îles, la navigation. — Rareté des sources potables. — Aïlma- Deraï., — Une nuit sous un hangar, — La vallée de Salmas ; le Tchartchaï. — Diliman. —

L'intérieur du caravansérail. — Le défilé d’Issi-Sou. — Guiavilen., — Plaines de sel sur les bords du lac. — Le télégraphe local. — Arrivée à Ourmiah. — Les R. P. Lazaristes., — M. Reynard. — Les écoles et les établissements religieux. — La police en Orient. — Une expédition militaire. — Organisation de notre caravane. — Peu d'utilité des escortes. — Visite au gouverneur. — La chasse au faucon. — Costume des femmes. — Le lavash. — Craintes qu’inspirent les Mollahs aux gouverneurs. — Maragha. — Les prêtres mariés. — Nestoriens et Chaldéens. — Mar-Simoun. — Départ d'Ourmiah.

Pour arriver plus rapidement à Ourmiah, nous avons encore eu recours au service de chevaux de poste établi jusqu’à cette ville, On gagne d'abord Kofian par la route que nous avons déjà prise pour venir de

Djoulfa à Tauris, puis on quitte la route de Djoulfa pour contourner l'extrémité nord du lac d’Ourmiah.

Nous traversons les quartiers ruinés au milieu desquels stationnent quelques caravanes de chameaux et, en sortant de la ville, nous rencontrons une grande caravane qui y arrive. Nous voyons pour la première fois des ketcherés, dans lesquels voyagent les femmes ; les ketcherés sont

de petites niches, dont la carcasse est en bois recouverte de toile ; ils se placent de chaque côté du cheval ou du mulet, comme un bât, et contiennent chacun une femme avec les enfants en bas âge. Les malheureuses

restent accroupies, assises en tailleur, et voyagent la journée entière

dans cette fatigante posture; le cheval qui porte le ketcheré marche généralement seul, suivant tranquillement les autres ; les gens riches le font tenir par une servante Ou un eunuque.

Rien d’intéressant dans cette route, que nous connaissons déjà. Nous sommes plus nombreux, il y a plus de bagages et nous ne PORVORË aller

aussi rapidement. Nous mettons plus de six heures à faire l’étape, que,

en venant, nous avions parcourue en Cinq.

À une heure et demie nous arrivons au tehaparkhaneh, où nous nous reposons une heure pour déjeuner; nous déjeunons sur les provisions emportées ; le cuisinier n’a pas à montrer $6s talents ; du poulet froid, du fromage, des fruits et du thé.

A trois heures nous repartons ; la route est moins déserte ; nous

traversons un maigre bois de jujubiers et de faux dattiers, dont la feuille

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orise et le petit fruit verdâtre ressemblent fort à ceux de l'olivier ; notre droite, les contreforts des monts Mischahou; à gauche, dans le

lointain, le massif imposant du Sahend dont quelques sommets ont con-

servé la neige de l'hiver passé. Plusieurs villages se trouvent sur notre

route : Zskyner, Niemet, Oullah. Les bagages sont bien installés et nous à

pouvons marcher bon train : les petites courgines que J ai achetées pour

remplacer mes sacoches en cuir, restées en route avec ma selle, sont

moins élégantes, mais infiniment plus commodes ; elles contiennent beau-

coup plus, et leur tissu serré est imperméable.

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La route qui suit les premières pentes du Karadagh et du Sahend

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domine la crande vallée triangulaire ayant ses extrémités à Tauris

Qofian et Shebister; de sorte que nous pouvons voir encore Tauris, qui apparaît dans le lointain comme une grande tache verte. C’est

une vue splendide que cette immensité, bordée de hautes montagnes

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arides, aux contours bizarres et aux tons étranges, roses et verdâtres.

Encore un petit village, Sizir ou Sit, au milieu des grisards, des jujubiers et de quelques noyers ; le torrent qui devrait l’arroser est entièrement desséché. Les villages offrent l’aspect de la désolation et de la misère ; toutes les maisons sont en terre et la plupart à moitié délabrées. Le soleil baisse beaucoup et la nuit ne tardera pas à arriver ; enfin nous voyons au loin un mince filet d'argent; c’est le Zac d’Ourmiab, que nous aurions aperçu depuis longtemps si nous fussions venus quelques mois plus tôt, car au printemps l’eau des torrents, descendant des montagnes qui l’entourent, le fait déborder au point que la presqu'île du pie du Shahou forme une île. Les quelques villages à notre gauche, qui se trouvent sur le littoral de la partie inondée en mars et avril, sont fort malsains et, malgré la sécheresse de l’air, très fiévreux. La terre, couverte d'eau pendant plus de deux grands mois, reste imprégnée de miasmes qui se dégagent à la chaleur de l’été.

Nous arrivons à Shebister quand la nuit est tombée ; mais les villages en Perse sont fort longs et le tchaparkhaneh est à l’autre extrémité du village. Il nous faut trois grands quarts d'heure pour y parvenir. Quelle n’est pas notre désillusion, lorsqu'on nous dit qu'il à fondu il y a deux mois sous un violent orage! Les murs se sont délayés et effondrés et on ne l’a pas réparé. Le maître de poste nous propose de descendre chez lui, offre que nous nous empressons d'accepter ; il nous donne la meilleure chambre, d’où il renvoie une de ses femmes, qui va coucher dans l’étable.

La nuit est fort belle ; les hommes font du feu et conchent dans la cour ; nous installons nos bagages dans la chambre entre nos deux lits ; par terre se trouvent des tapis qui ne manquent pas de valeur.

12 septembre,

Nous partons à cinq heures. Il faut toujours une grande heure pour seller les chevaux et charger les bagages. Gérôme se conserve toujours le meilleur cheval avec tant de sans-gône, que je le prie désormais de ne pas mettre les selles avant que nous ayons choisi nos montures.

L'étape se fait mal, les bagages tombent deux ou trois fois. Nous avions devancé la caravane, Hamelin et moi, et l’attendions à l’ombre d’un petit bouquet d’arbres, quand nous voyons arriver tranquillement ce

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misérable Gérôme, roulant une cigarette, avec la placidité de Sancho Pança : « Hé bien! et les bagages ? — Ah ! je ne sais pas !— Comment: je vous charge spécialement de la surveillance et c’est ainsi que vous vous en acquittez ? » Nous étions sur une petite hauteur ; je me lève et Je vois au loin avec la lorgnette, à plus de deux kilomètres en arrière, notre caravane au repos, les bagages par terre. Je suis furieux, je fais retourner

Grérôme au grand galop et le prie de marcher désormais derrière la cara-

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