FEMME PERSANE EN COSTUME D’INTÉRIEUR
quelques lettres. Le gouverneur envoie son aide-de camp pour l’excuser de ne pouvoir nous rendre notre visite ; il nous engage à la prudence dans notre voyage et nous promet pour escorte quatre soldats sur lesquels nous pourrons compter. Après le dîner, les Pères, comme d’habitude, se rendent à leurs exercices religieux et nous remontons dans nos chambres.
16 septembre,
C’est aujourd’hui quatre-temps; je ne m’en serais jamais douté, ne distinguant même plus les semaines, si je n’avais remarqué l’attention particulière des Pères à nous faire servir deux plats spéciaux, pour ne pas
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nous obliger à jeûner. Le pain que nous trouvons 1c1 et que nous mangeons depuis notre arrivée en Perse se nomme lavas} ; c’est une espèce de galette sans levain, plate comme une feuille de carton; on la fait cuire dans de orands fours creusés dans la terre et dans lesquels on brûle de la bouse de vache, pétrie avec de la paille et séchée au soleil; ce combustible, le seul employé dans ce pays où le bois est très rare, est préparé par les femmes ; elles en font de grosses boulettes dans une auge creusée en terre et les lancent violemment contre le mur; elles s’y aplatissent en galette et y sèchent. On en fait ensuite des piles, comme nous faisons avec le bois.
Lorsque le combustible a cessé de fumer et ne forme plus qu’une masse de braise, les galettes de pâte sont appliquées contre les parois du four et cuisent en quelques minutes.
Nous sommes assez contrariés; le gouverneur nous fait dire qu'il ne peut nous accorder l’autorisation que nous lui avions demandée de visiter la mosquée de Saint-Georges, par crainte du Mwyjteid, prêtre gardien, très fanatique, très influent dans la ville, ennemi acharné des chrétiens ; c’est une ancienne chapelle convertie en mosquée.
C’est toujours la même facon d’agir en Orient : on donne d’une main et on retire de l’autre : &« Ma maison, mes biens, tout est à vous ; je suis votre esclave », vous disent les Orientaux. Demandez-leur une bouchée de pain et ils trouveront moyen de vous la refuser.
Le portier de la communauté nous amène un individu qui doit nous louer des chevaux; quelque bonnes qu’aient été ses intentions, il n’a pas été aussi heureux dans ses recherches qu’il pensait l’être. L'homme ne paye pas de mine; couvert de haillons sordides avec un air farouche de sacripan, il commence par demander le même prix que l’autre; mais nous tombons d'accord à quarante krans par cheval; nous ne mettrons pas plus de six jours. Il fait écrire le contrat par un mollah et nous le remet, Les Pères nous en donnent la traduction et s’assurent qu'il est en règle, Nous regrettons vivement qu'il n’entre pas dans notre itinéraire de contourner le sud du lac d’Ourmiah et de passer à Maraghat où des
découvertes curieuses ont été faites dernièrement par un Allemand.
1. Un observatoire avait été élevé à Maragha, yers 1260, par le khan mogol Holagou; l’astronome Nassr-ed-dine, qui en avait été nommé directeur, laissa des tables astronomiques fort intéressantes qui ont été retrouvées dans le palais.
2, Les découvertes modernes consistent surtout dans des pièces d’histoire naturelle et des
DE TAURIS A OURMIAH. 97
En causant avec les Lazaristes, je leur demande quelques détails sur les religions chaldéenne et nestorienne ; je leur raconte avec quelle surprise J'avais appris que le prêtre catholique de Guiavilen était marié.
Les Chaldéens faisaient autrefois partie des Nestoriens. Les uns, ceux qui sont restés Nestoriens, ne se préoccupant pas des subtilités des deux natures du Christ, ne voyaient dans la religion que les puériles différences de rites et de cérémonies; les autres, les Chaldéens, que l’on nomme aussi chrétiens de Mésopotamie, reconnaissent l’autorité du pape depuis le xvi° siècle ; ils n’ont conservé que quelques pratiques de leur ancien culte, parmi lesquelles le mariage des prêtres. Les missionnaires les ramènent peu à peu aux principes de l’Église romaine. Les Nestoriens, nommés aussi VNazaréens Messianiques où Nazaréens de Syrie, ont fait meilleur accueil aux missions protestantes anglaises et américaines qui, depuis 1831, ont eu de nombreux prosélytes; ces missionnaires leur ont rendu les plus grands services et les ont protégés contre le fanatisme religieux des Musulmans.
En 1843, les Nestoriens se croyaient en sécurité au milieu de leurs montagnes dans la région du Grand-Zab, lorsque les Turcs, qui ne les avaient pas inquiétés quand ils s’étaient emparés de la Mésopotamie, favorisèrent les déprédations des Kurdes et les poussèrent même à détruire les villages nestoriens. Les Nestoriens se défendirent; les Turcs agirent en vrais sauvages; les hommes furent tués, les enfants jeunes furent élevés dans l’Islamisme et apprirent à détester la religion de leurs pères.
Les Nestoriens ont un patriarche qui les gouverne temporellement et spirituellement; sa résidence est à Kotchannès, petit village près de Djoulamerg; 1l porte le titre de Mar Simoun. La succession au patriarcat est héréditaire au deuxième degré: le neveu succède à l’oncle. Lorsque la mère du futur patriarche est enceinte, on ne la nourrit que de fruits et de légumes, pour que, même avant sa naissance, l’enfant suive le régime du clergé. Si elle met au monde une fille, elle est condamnée à la vie religieuse,
On vient nous annoncer que, selon notre désir, nous pourrons partir
restes d'animaux antédiluviens fort rares; on a trouvé, entre autres, une dent de mammouth mesurant deux mètres de longueur. Des découvertes de ce genre offraient d'autant plus d’intérêt dans cette région que le déluge paraît indiscutable,