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enracinées. Un intérêt Palpitant les avaient suspendues à leurs lèvres. Si le père eût cru le rêve de Jules réalisable, il se serait rallié à l’âme Canadienne, mais le passé faisait de lui un sceptique incorrigible. Toutefois, l’éloquerve, lé nergie de pensée, dont son fils venait de lui donner la preuve entraînante, lenorgueillissaient, le rendaient Sympathique à ce qu’il appelait un: chimère de jeunesse. I] se rappela les élections fédérales prochaines.
—Mon fils, dit-il je comprends que le débat est clos pour l'instant... Mes doutes restent... Mais j’admire la noblesse de ton ambition, je lui offre même l’occasion de se donner cours... Les élections pour Ottawa auront lieu le premier Septembre.... Les électeurs du comté de Salaberry me demandent. Vas-y, toi !. ...
—Oh ! mon père ! quelle joie ! s’écria Jules, dont le visage s’illumina. C’est donc vrai !.... Mais je ne suis qu’un égoiste !....J'oublie les services que vous rendriez à notre race !... Non, la chose vous appartient, mon père !...
—Voilà ta chance d'aller prêcher ta croisade pour l’âÂme canadienne !.... Essaye, mon fils :
—C’est bien là vous, votre bonté, votre cœur !.. Vous ne croyez pas à mon rêve, mais vous m'’aimez plus que vous-même !... Je sais que vous refuser vous ferait de la peine !... Eh bien, j'irai !... Je serai le candidat de l'âme canadienne !... Ils comprendront !... Que je suis heureux !...
— Vive Jules Hébert ! Vive l’âme canadienne!
cria Jeanne, folle d'enthousiasme.
— Vive la Canadienne ! cria Jules, en l’embrassant.
Et ce fut, dans la maison ancienne des Remparts, le bonheur d’être ensemble et de s'aimer jusqu'au soir... ...
Le soir, dans la chapelle du Séminaire que les verrières opaques de bonne heure assombrissent, deux âmes offrent l’encens de leurs prières, La poudre rose du couchant se brise sur les vitraux en couleurs, et la lumière se retire des arcades profondes et de la nef recueillie. Dans la niche du grand autel blanc, le mystère d'amour de la Sainte-Famille se voile de gris. Il faut deviner la forme émouvante du Christ que retient la Croix debout sur le tabernacle de marbre. Les
tableaux géants, là-haut, ne sont plus que des taches d'ombre. Les apôtres, dont le buste médite, s’enveloppent des premières ténèbres, L’atmosphère est imprégnée de mille choses saintes : le parfum des retraites, la voix des prêtres, les chants sacrés, les invocations des philosophes et des petits écoliers, les accents de l'orgue, les appels du Sanctus reviennent dans le silence. Dans le choeur où la nuit commence à descendre, la bougie tremblante rappelle au frère et à la sœur l’éternelle Lumière.
—“Mon Dieu, je vous remercie de m’avoir conservé les miens ! disait l’âme ’orte de Jules, Entourez-les de votre paix souveraine !... . Donnez-moi le courage de ceux qui vous aiment !.... Je vous confie le rêve patriotique auquel je consacre l'intelligence et la volonté que je vous dois !... Si vous le croyez juste, faites-le triompher !”,... Puis, s’attendrissant soudain, il ajouta : “Soyez clément à Marguerite, cette amie d’un jour, quand vous l’appellerez à votre éternité !”
—“Que vous êtes bon de m'avoir redonné mon frère ! murmurait l’âme timide de Jeanne. Ne me le reprenez jamais !.... Bénissez-le dans son
ambition généreuse !.... Ecartez de sa route les défaillances et les lâchetés !... Protégez-le ‘contre cette fille de France !...
Et ils sortirent de la chapelle où Jules avait voulu faire la prière du retour. Le soleil tombant versait la pourpre à flots dans l’espace. L’Hôtel-de-Ville prenait des airs de manoir enchanté. Muets d’extase, Jules et Jeanne passèrent devant la Basilique dont un rose de Bengale enflammait le frontispice. Des brasiers rouges flambaient dans les vitrines de la rue Buade. Une ivresse mystérieuse étreignait au cœur les passants transfigurés. Bientôt, Monseigneur de Laval, à leurs yeux éblouis, parut revivre dans son manteau de bronze et, de son visage en feu, lancer un défi suprême à l’impiété.
Ils allèrent, tous deux, sur un banc du Jardin Montmorency, se griser de la fin du jour.
—Que c’est beau ! s’écria Jeanne.
—L’incendie dévore les montagnes ! dit Jules. —Le fleuve charrie du sang !
—Lévis est en flammes !
—L’Ile d'Orléans brûle !
—Ton cœur sai dit Jules.
—Et le tien, pondit-elle,
—C’est l’apothéose du Château-Frontenac !
—Ou celle de l’Université Laval !
—Les bateaux-passeu rose !
8ne sur ta robe de Mousseline !
sur ta chemise blanche ! lui ré-
rs crachent de la fumée
— Regarde les feux
de joie sur la côte de Beaupré !
—C'est pou” te fêter, Jules !
—Tout cela, Jean tes lèvres !
—Ou de celles de
ne, ne vaut pas Je Carmin de
la Parisienne ! railla la jeune fille, qui s'en repentit aussitôt : Jules, d’une voix anxieuse, lui demandait avec Sation de tout son être :
—Que veux-tu dire, petite sœur ?...
—Oh ! Presque rien !
—Femme, va ! mais SUpplia-t-il, Tu ne m veux, l'explication q connais si bien...
une interro-
réponds-moi donc ! la ’échapperas Pas !..., Je la ue je demande. ... Je te +. Dans ta voix moqueuse, il y € ne sais quelle inquiétude,
avait un SOUpÇon, j
quelle angoisse même.... Parle vite, mon petit Jean !....
—Puisque tu le prends au sérieux, ce n’est plus rien, c’est quelque chose, beaucoup même, fit-elle, inquiète.
—Pourquoi ces détours ?.... Tu as douté de moi, je le sens !... C’est mal, petite sœur ! interrompit Jules, nerveux.
—Tu le vois, il vaut mieux que je me taise!...
—J'exige !.... Ne pas savoir me serait plus pénible encore !....
—Eh bien, oui ! jai douté de toi, mon frère, je doute encore... Je t'en demande pardon presqu’à genoux.... Je ne voulais pas te dire.... Une plaisanterie légère m’a trahie. ... Et maintenant, je tremble de parler..... Promets-moi C’est parce que je t’aime que je doute et que j'ai peur !...
—Tu sais bien qu’il est impossible de t’en vouloir !...
—Cet après-midi, alors que père s’indignait contre les persécuteurs des petites Sœurs de Saint-Vincent de Paul, je t'ai vu rougir... C’est comme si tu avais eu honte de toi-même !.
J’espérais ta réponse, . Alors j'ai pensé que tes étaient de la bande horrible et que, le sachant, tu voulai