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Paimes ! et tellement, que tu n’en as pas même la honte !... Le lâche ! l’hypocrite ! le menteur ! l’impudent ! il west glissé entre nous comme une vipère, et ses odes brûlantes de patriote faisaient oublier la sournoiserie du larron d’amour !...Ilt’a ensorcelée, t’a presque gagnée !.. Ne dis rien, tu n’as rien à dire !... Il sen est bien peu fallu au’i! ne te convertisse !... Mar. guerite Delorme, ma fille, une convertie, une catholique, à genoux, quelle humiliation !... Il était presque trop tard, tu glissais sur la pente visqueuse !.., Ta poésie des clochers, le plaidoyer vibrant pour la foi de ces gens-là, c’est l'oeuvre du germe empoisonné, leur Dieu #insinuæt dans tes veines par l’amour !... Encore une semaine, et tu me reniais !... Inutile de Parler, tu n’as rien à dire !... Quand on les défend, on est bien près de les suivre !... Et tu m'as soigneusement dérobé sa machination d’enfer, tu t’es caché avec lui, vous vous êtes moqués de moi tous les deux, tu es sa complice dans le soufflet dont il me cingle au visage !... Il t’a enseigné l'hypocrisie, la dissimulation, la révol. te !... Oh ! que je le hais, ce Canadien-Français fourbe qui t’a changée, t'a prise à moi, t’a pres-
que fait engloutir par le gouffre hideux de son christianisme !...
—Vous l'outragez, mon père, et chacune de vos invectives me fait saigner le cœur autant que si vous me les adressiez !... Comprenez- Vous, il m'est infiniment cher, et l’outrager, c'est m'outrager moi-même !. -+ Vous n'êtes pas coupable de flageller, vous pe pouvez faire autrement !... Mais c’est à von que je le dois, si je l’aime !... |
—C’est moi qui t’ai enseigné que les catholiques méritaient l'amour de ma fille ! s’écria-t. il, d’une voix tranchante et railleuse. C'est vraiment trop fort !... Tu badines, et ce n’est pas le temps des mauvaises plaisanteries !... Tu te moques de moi que tu vénérais plus que tout au monde... Comme il t'a changée, mon enfant !.….
— Non, mon père, j'ai pour vous le même amour et la même vénération !... Si vous pouviez lire dans mon cœur tout ce que je vous y sacrifie, vous ne douteriez plus que je vous adore plus que jamais !... Oui, il s’est emparé de mon âme de jeune fille, mais c’est autant vo re faute et la mienne Que la sienne, s’il en est maître aujourd’hui !... Vous n’avez prêché...
—Prêéché ? interrompit-il, furieux. Tu vois bien ‘que leur langage te gagnait, que la gangrène s'était mise dans ton cerveau !...
—Ecoutez-moi, cher père, votre esprit droit va se soumettre :.. .Vous m'avez enseigné l'amour libre, la loi de l'instinct, du choix volontaire... Je vous sais un gré infini d'avoir fait jaillir les bons instincts dans mon âme de femme et d'en avoir émondé les mauvais... Je me suis construit un palais de rêves, et j'ai attendu qu'on vienne l'habiter... Plus j'a: espéré, plus le besoin d'amour est devenu tyrannique en moi... J'ai connu Jules Hébert, et, dès nos premiers regards, tout ce qu’il y avait en moi d’instincet vibrant et supérieur accourut vers ce jeune homme énergique et fier... Je l’aimai de par l'amour libre, qui va toujours où le poussent les instincts dominateurs, sublimes ou laids !... Vous exigez que j'aie honte de cet amour : il me faudrait rougir de vous, mon père, qui m’avez inculqué la noblesse et l'idéal, il me faudait renier votre amour libre !...
—Quand devins-tu certaine qu’il croyait ? demanda Gilbert, singulièrement adouci par le plaidoyer sans réplique de son enfant.
— Après avoir commencé à l'aimer...
—Quand l'as-tu appris ?...
—Le lendemain qu jour où nous quittâmes Liverpool... Nous étions ravis devant l'infini bleu du ciel et de la mer.... “Dieu nous est plus tangible devant cet horizon sans bornes”, dit-il, soudain... “Vous croyez donc ?” fis-je, étonnée... “Vous ne croyez donc pas, vous, Mademoiselle ?” répondit-il, avec tristesse, “Non, Monsieur’, disje, et nos regards se pardonnèrent.
—Et tu n’éprouvas Pas une répugnance de ; tout ton être ?... |
—Nous nous aimions déjà, mon père, je le sais maintenant. Je ne le trouvai pas odieux, Pas plus qu’il ne me jugea méprisable. .. Nous ne songions qu’au bonheur de nous être vus, qu'à celui de nous voir le plus possible toujours...
—Que je le hais, ce Canadien !.., Cet aprèsmidi, au plus tôt, dans une heure, si la chose est possible, nous partons FL. Ta m'entends bien,
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—Ce n’est pas vrai, vous n’y songez Pas sérieusement, mon père, s'écria Marguerite, affolée,
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dont les yeux se dilatèrent d’iorreur et d’angoisse, — 1] ne te reverra pas, te dis-je !.., Il t’a déjà fait assez de mal !... Il m’a fait trop de mal] !... — Vous ne ferez Pas cela !.. Je vous étale mon Cœur à nu, n’y Voyez-vous pas le désespoir qué VOS paroles y répandent ? I] faut que je le revoie!
—De ce pas, je vais prendre les informations nécessaires, et nous partons cet après-midi, je te le répète !...
—Pas cela, oui, pas cela ! je vous en conjure, au nom de votre amour !
Et, de sa poitrine qu’il étreint, un sanglot monte qui éclate, déchirant, navrant. Gilbert, qui aime cette enfant plus que lui-même, souffre d’une torture cuisante,
— Ne pleure Pas, petite fille, murmure:-t-il, avec tendresse, c’est Pour ton bonheur que je suis cruel... A ne pas le revoir, tu l’oublieras plus vite... Si vous vous faites l’adieu pénible, tu en auras le cœur plus douloureux, moins facile à guérir... Ne pleure pas, mon enfant... Viens avec moi, nous n’en Parlerons plus jamais, et quand je t'aurai reprise à lui, je te pardonnerai
tout, nonxs vivrons heureux comme toujours avant lui...
—le ne puis vous promettre de l'oublier, mon père, je ne suis pas de celles qui, l'ayant juré, trahissent le serment du souvenir !... Demain, je devais Ini jurer de ne jamais l'oublier... I] m'a dit que, des hauteurs qu Cap Tourmente, on a le tableau le plus merveilleux. . Nous irons là, nous échangerons l’adieu de nos âmes... Ma peine sera plus douce, et c> sera plus facile, tous les deux, père, d'être hetreax comme toujours avant Jui...
—Quel est donc cet art infernal avec lequel il à rivé ton âme à Ini ?... J'essaye de ne pas le haïr, et c'est plus fort que moi, je l'abomine !... Non, décidément, il ne te reverra pas ! Je vais annoncer le départ à ta mère re,
De nouveau, Marguerite est secouée par des Sanglots violents. Gilbert, défaillant sous Ja plainte douloureuse, ferme son cœur pour qu'elle n’y pénètre pas.
— Enfin, me voilà prête, s’écria Madame Delorme, qui faisait tout-à-coup irruption dans le petit salon. Apercevant les traits décomposés de
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Gilbert et la forme prostrée de Marguerite en pleurs, elle courut à la jeune fille,
—Mais qu'as-tu donc, mon enfant ? demanda-t-elle, bouleversée. Que s'est-il passé, Gilbert? Ilya quelque chose de grave pour un tel chagrin !... Elle n'a pas pleuré, depuis le jour que tu te rappelles, Gilbert... Die, qu'y a-t-il ?..
À ces mots de son épouse, les veux de Gilbert devinrent hagards. Ivre de haine, il a oublié la chose épouvantable à laquelle il songe bien souvent, presque tous les jours, si cruel en fut le dram>, Un souvenir de nuits éperdues, au chevet de Marguerite jeune, sème l'effroi dans son âme, et il est à, immobile, pantelant. Elle se tordait, la petite fille mourante, sous les griffes d’une méningite atroce à la base du cerveau. En une seconde, il revit les insomnies d’appréhension folle. Il avait cru mourir d'angoisse, La maladie, réagissant sur les yeux, avait diminué l’acuité visuelle, au point qu’on avait prédit la cécité absolue. Le médecin, qui avait terrassé la méningite brutaie, avait dit que la vision, quoique sauvée, serait toujours à la merci d’une fatigue intellectuelle intense on d’un chagrin vif et prolongé. Il ne fallait pas que Marguerite se