‹ Au lit de mortChapitre 2 sur 3 · IS · texte numérisé non relu

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rapprocha ma tête de la sienne et je sentis tout à la fois sur ma bouche ses lèvres et ses dents : une morsure et un baiser.

Un nuage de feu m’enveloppa, tout fut oublié.

— O Marie, Marie ! j’étais perdu l

Le comte retomba, la tête sur son oreiller ; mais • ce souvenir était encore si puissant sur lui, que ce n’était plus pâle et les yeux éteints qu’il s'interrompait, mais en proie à une ardente exaltation.

— Mon ami, lui dis-je, vous vous tuez...

— En revivant ! c’est vrai ; mais il faut que je proûte de ma fièvre pour aller jusqu’au bout. Je sens que j’ai au moins pour une heure de fièvre encore et dans une heure j’aurai achevé. Donnez*moi un , verre d’eau seulement.

Je lui donnai un verre d’eau, il le vida d’un trait.

Lorsque Raoul rentra, continua-t-il, ce n’était plus à lui à nous demander pardon ; nous étions les coupables et lui le juge.

Plus que jamais je voulais partir, plus que jamais je voulais quitter la maison.

Georgine ne le voulut pas...

Marie, vous ne vous ferez jamais une idée de ce qu’il y avait , sous une surface froide , de flammes intérieures et de puissance dominatrice dans cette femme. Elle combattit avec des sophismes toutes les raisons que je pus lui donner ; depuis'plus d’un an elle n’avait plus de relations avec son mari; elle ' était rentrée en possession d’elle -même; c’était poussée à bout par les injures, rebutée par les mauvais traitements, que, comme la sensitive, elle s’était retirée au contact de cette main trop rude.

Lassée , brisée, désespérée, elle avait longtemps

regardé autour d’elle, cherchant un appui ; pas de

père, pas de frère, pas d’amis ; des indifférents, pis que

cela, des envieux : les nobles, presque tous ruinés, lui

enviant sa fortune; les roturiers riches lui enviant son

mariage aristocratique; son titre de baronne prononcé

avec vingt accentuations différentes, selon le genre

de place que chacun voulait faire à son amour-propre

ou à son cœur. Peu à peu, elle s’était retirée du

monde et elle vivait isolée dans cette maison, qui était

à la fois la ville et la campagne, entre son piano et ses crayons, ne trouvant dans le dessin et la musique qu’une distraction superflcielle, parce qu’elle sentait elle-même qu’il lui manquait la foi dans l’art. Elle

était tombée dans un ennui profond qui n’avait pas même le côté mélancolique de la poésie.

C’était alors, me disait-elle, que je lui étais apparu , elle avait compris, par cet envahissement d’un amour irrésistible et d’un désir immense, que c’clait moi qui devais lui rendre tout ce qu’elle avait perdu.

Étrange chose ! c’était elle qui avait pris la place de séducteur; c’était moi qui lui opposais des inquié» tudcs et des scrupules.

Mais' comme ces inquiétudes et ces scrupules disparaissaient vite sous ses caresses de lave qui eussent fondu l’acier et calciné le marbre !...

Raoul revint au bout de deux heures, ^

Je me tenais debout derrière les vitres , l’attendant.

Quand je l’aperçus, la sueur perla à la racine de mes cheveux, mes mains devinrent humides, mes jambes tremblantes.

J’essayai d’aller à sa rencontre, il me fut impossible d’arracher mes pieds du parquet.

Il m’aperçut derrière la fenêtre, me sourit et me fit signe de la main.

Il allait monter, j’allais me trouver en face de lui, en face de l’homme dont je venais de voler l’honneur !

Je fus pris d’un immense remords; un instant

Digilized by C

j’eus l’idée de me jeter à ses pieds et de lui lout dire, au risque de ce qui pourrait arriver.

Mais mon secret n’etait point à moi seul ; j’avais le droit d’exposer, de livrer ma vie , mais non pas celle de Georgine !

Elle me paraissait si joyeuse; son cœur était si tranquille à elle, sa conscience si calme !

Il est vrai quelle avait bien des années de douleurs à opposer à sa faute; moi, au contraire, une amitié vieille doublait la mienne.

J’entendis les pas do Râoul sur l’escalier ; ils s’approchèrent de ma porte; ma porte s’ouvrit.

J’avais fait un effort pour aller au-devant de Raoul et pour lui tendre la main, mais lorsqu’il m’offrit la sienne, ma main se retira d’elle-mème.

Un nuage passa sur |on front.

— Comment! dit-il, m’en veux-tu encore?

— Oh! non, lui dis-je, en lui tendant les deux mains au lieu d’une.

— Tu ne veux plus t’en aller, j’espère?

— Je le devrais plus que jamais, Raoul.

— Tu es fou ! Non, mon ami, reste à la maison et sois notre ange gardien à tous deux. André, je te l’ai dit ; pour me rendre le plus heureux des hommes, il ne lui faut qu’un retour vers moi; voyons, regarde-

moi : suis-jo donc un homme qu’on ne puisse plus aimer?

Je ne répondis pas : qü’aurais-je pu dire ? Ce retour qu’il implorait, c’eût été mon désespoir, à moi!

— Raoul, lui dis-je, tu dois comprendre la fausse

position d’une personne que l'on prend pour arbitre

dans une question de ménage.

— Je ne te prends pas pour arbitre, André. J’ai tort, je l’avoue ; je te prends pour avocat.

— Mon ami, je ne connais pas ta femme, ou du moins je ne la connais que depuis hier, je n’ai aucune influence sur elle ; dispense-moi d’une négociation qui, faite sans conviction de ma part, n’abou- Urait à rien.

Raoul s’éloigna.

— Je te croyais mon ami, raurmura-t-il.

— Tu as tort de douter de mon amitié, balbutiai-je en tremblant ; jamais elle n’a été plus réelle, plus profonde, plus désireuse de te rendre service qu’à cette heure... Âs-tu besoin de ma bourse, de mon sang, de ma vie? ils sont à toi.

Je parlais sans exagération ; dans ce moment, il m’eût présenté un couteau et m’eût dit : Frappe-toi ! je me serais frappé !

— £h bien, dit-il, après avoir réfléchi un instant.

Digilized by Confie

soit ! Je comprends ta répugnance; c’est à moi de Qéchir ma ^emme , si je puis ; mais, puisque tu to mets à ma disposition pour toute autre chose, laissemoi te dire le service que tu pourrais me rendre en ce moment.

— Oh ! mon cher Raoul...

— J'ai un oncle, tu m'en as entendu parler quelquefois; un frère de mon père, beaucoup plus jeune que lui. Quand j'avais fait quelque folie au régiment, convaincu que mon brave homme de père ne pouvait m’aider, c’était à cet oncle que je m’a*

dressais; et chaque fois qu’il l’a pu, il m’a tiré d’em-

barras. Eh bien ! cet oncle a une affaire qui un jour sera excellente, des mines de fer en Corse. Il y a mis toute sa petite fortune, deux ou trois cent mille francs ; mais aujourd’hui l’exploitation, telle qu’elle est, vaut un million. Eh bien ! tout à l'heure, il m’a arrêté dans la rue par cette apostrophe 'que je suis obligé de repousser dix fois par jour : • Ris donc, toi qui es riche! Et puis il a ajouté : « Tu devrais bien me procurer trente mille francs. » Me procurer trente mille hrancs, cela veut dire: lie prêter trente mille francs. Les lui prêter, je ne le puis pas, ma fortune n’est point à moi. Ma femme m’a reconnu douze mille livres de rente, qui sont mon argent de poche; elle a douze

mille francs de son côté pour sa toilette ; les trentesix mille francs de rente qui nous restent appartiennent aux dépenses de la maison. Je ne peux, sur mes douze mille francs par an, c’est-à-dire sur mes mille francs par mois , prêter trente mille francs à mon oncle ; je n’ose demander ce service à ma femme, surtout pour un parent à moi. Eh bien, toi, en prenant toutes tes sûretés, veux-tu les lui prêter, ces trente mille francs ?

Le comte s’interrompit.

— Ma chère Marie, me dit-il, vous qui êtes la fille et la sœur de deux hommes qui font des romans et des drames, et dont, par conséquent, la mission est de peindre les passions des hommes et les différentes situations où ces passions les entraînent, dites-leur, à eux qui „ ont si souvent peint In jalousie des amants et des maria, qu’il y a pour un cœur honnête un sentiment plus cruel que la jalousie : c’est celui qui s’empare d’un homme qui , dans un moment d’oubli de tous les devoirs so^ ciaux, a trpmpé son ami et qui , le cœur rongé de remords, n’ayant pas la courage da s'éloigner de cet ami, est forcé de lui tendre la main.

de lui sourire, de répondre, enfin, à sa confiance de toutes les minutes par une éternelle trahison... Ma chère Marie, dites-leur de creuser cette situation-là, et, s’ils la peignent telle qu’elle existe, ce n’est plus le mari trompé que l’on plaindra, que l’on ridiculi^ sera, c'est l’amant qui trompe ! La jalousie , ce n’est que la douleur; la trahison c’est la honte !

Aussi, avec quelle joie m’emparai-je des mains de Raoul; avec quelle reconnaissance je le remerciai de me demander un service.

— Mon cher Raoul, liii dis-je, je n’ai pas trente mille francs dans mon porte-manteau, je ne les ai pas même à moi età ma disposition, puisque je ne jouirai de ma fortune qu’à la mort de mon père; mais je vais écrire à ma sœur de m’envoyer ce qu’elle aura et de me procurer la différence. Rassure ton oncle; avant huit jours, il aura ses trente mille francs.

Raoul me prit par le cou et m’embrassa

— Écoute , me dit-il, je ne veux point retarder l’annonce de cette bonne nouvelle , et comme d’ici à huit jours il pourrait avoir besoin d’un ou deux billets de mille francs, je vais lui porter les deux mille cinq cent francs que j’ai gagnés hier à Courseuilles.

Je l’arrêtai. .

— Mon ami, lui dis-je, l’argent du jeu appartient

au jeu ; garde les deux mille cinq cents francs de Courseuilies. J'ai sur moi quatre ou cinq mille francs, je vais te les donner en à-compte.

J’ouvris mon portefeuille ; j’en tirai quatre mille francs que je donnai à Raoul. Joyeux et ayant complètement oublié laquerelledu matin, le baron s’élança hors de la maison.

À peine avaitril disparu au tournant de la grille, que ma porte s’ouvrit et que Georgine parut.

— Qu’y a-t-il ? me demanda-t-elle ; que fait-il depuis une demi-heure chez toi? Où court-il comme cela?

Je la regardai, elle était rayonnante de bonheur, étincelante de volupté.

J’oubliai ce remords qui, un instant auparavant, me brûlait la poitrine.

— Oh ! que tu es belle ! lui dis-je.

Et je lui tendis les bras.

Cette fois, c’était bien moi qui avais, été l’aimant , elle le fer.

— Mais enfin, me dit-elle avec cette charmante langueur qui est l’hymne muet de l’àme au plaisir, que te voulaitril?

Je lui racontai dans tous ses détails l’entrevue; comment Raoul était venu me prier d’étre son avocat prés d’elle et d’obtenir qu’elle lui rendit son amour.

Elle m’écoutait la tète légèrement inclinée de mon côté, renversée sur le dossier d'un fauteuil, ses lèvres retroussées de manière à laisser voir le double fil de perles de ses dents; ses yeux, à moitié voilés par ses paupières, épanchaient une flamme humide pleine d’électricité, et à mesure que je lui expliquais le désir de son mari de se rapprocher d’elle, elle murmurait presque sans remuer les lèvres :

— Jamais! — jamais! — jamais! — Du moment où je suis à toi, je ne serai plus qu’à toi.

Puis je passai à la seconde partie de notre entretien ; je lui racontai ce qu'il m'avait dit de son oncle, du besoin qu’il avait de trente mille francs, de la promesse que j’avais faite de les lui prêter.

— Tu es donc riche? me demanda-t-elle.

— A la mort de mon père, j’aurai une cinquantaine de mille livres de rente.

— Prète-lui ces trente mille francs, puisque tu les lui as promis ; mais prends garde, cette spéculation n’est pas aussi bonne qu'on voudrait le faire croire. Mon pauvre père, qui se connaissait en affaires, n'a jamais voulu y mettre un sou... Trente mille francs perdus ne te ruineront pas !

— Et je t'avoue que je serais enchanté de les

— Pourquoi cela?

— Dans la situation où je me suis mis vis-à-vis

de ton mari, il me demanderait toute ma fortune que je la lui donnerais, , -

— Tu es fou 1

—■ Comment cela?

— Quel tort lui fais-tu?

— Je lui prends sa femme qu’il adore, et tu me demandes quel tort je lui fais?

— Tu ne me prends à personne, puisque depuis un an je ne suis à personne. D’ailleurs, tu ne m’as pas prise, mon bien-aimé; je me suis donnée.

Elle jeta son bras autour de mon cou et laissa tomber ses lèvres sur les miennes.

Mon regard inquiet fît le tour de ma chambre; aucune des portes n’était fermée,

— Oh ! nous n’avons rien à craindre, dit-elle; pas un domestique n’entrerait sans frapper.

— Mais ta femme de chambre.

— Ma femme de chambre ne sait rien ; mais sùtelle quelque chose , et il faudra bien qu’elle sache, on la hacherait par morceaux avant qu’elle parlât ! Elle m’adore et elle le hait,

— Et malheureusement je ne le hais pas, moi ! m’écri^i-je.

— Veux-tu le haïr? dit-elle en riant.

— Moi ! et comment le haïrais-je?

— Oh ! dH-elIe avec une expression d’étrange coquetterie, je crois que je n’aurais pas grand’ chose à faire pour cela.

Je devins pâle comme la mort.

— Ne fais iamais une chose comme celle-là, lui dis-je; je crois que je le tuerais.

— Allons donc ! dit Georgine en riant; on a bien de la peine à vous faire dire que vous êtes amoureux des gens...

Elle me prit dans ses bras.

— Moi, je t’aime! je t’aime, je t’aime, ditclle ; et comme tu ne peux pas être mon mari , comme je suis aussi jalouse que toi, tu vas me faire le serment que tant que je vivrai, tu ne te marieras jamais.

rétais tellement amoureux, j'étais si éloigné de toute idée de mariage, que je n’hésitai pas un instant à lui faire le serment qu’elle demandait.

J’étendis la main :

— Par ma foi de gentilhomme, lui dis-je, je te jure, ma chère Georgine, que, n’étant pas ton mari, je ne serai le mari de personne.

— C’est qu’il le fera comme il le dit 1 s’écria-t-elle;

tiens, André, je crois qùe tu vaux mieux que moi.

Et,' me donnant un dernier baiser, elle se sauva avec un petit cri d’oiseau effarouché... Raoul venait de reparaître à la grille.

En effet, .je lui ai tenu parole et me suis fait chevalier de Malte avec vœu, de peur d'y manquer.

Une personne qui m’était inconnue suivait Raoul ; c’était son oncle qui venait me remercier.

Je descendis au-devant d’eux et nous entrâmes dÿns la galerie des armes.

Je ne me suis jamais beaucoup entendu aux affaires, mais, en échange, j’ai toujours eu une certaine intuition des hommes. L’affaire n’était peutêtre pas bonne, mais à coup sûr l’homme était honnête. .

Raoul eut la délicatesse de m’offrir sa caution, je la refusai. ,

Séance tenante, j'écrivis à ma sœur qu’il me

Aü HT DE MORT

fallait trente mille francs ; je la priai de m’envoyer ce qu’elle pouvait avoir d’argent comptant et de prendre le reste chez le notaire de la famille.

Je souscrivis une obligation dont je laissai le chiffre en blanc.

Huit jours après, la poste m’apporta une traite de trente mille francs sur M. Delaleuf, le receveur général du département.

Ma sœur avait fait douze mille francs, le notaire dix-huit mille.

Le notaire s’était contenté d’une reconnaissance de ma sœur; elle m’annonçait, dans sa lettre, que je ne tarderais probablement pas à être entièrement maitre de ma fortune, notre pauvre père s’affaiblissant chaque jour, et, s’il fallait en croire le médecin, n’ayant plus un mois à vivre.

Deux ou trois fois il avait parlé de moi, et ne de-

vait pas tarder probablement à m’appeler près de lui.

Elle m’invitait à prévenir mon colonel de la situa- ' tion, afin que, le moment venu, je pusse obtenir un congé ; le caractère de mon père faisant présager qu'il ne m’appellerait^ selon toute probabilité, qu’au dernier moment.

Le service que j’avais rendu à l’oncle de Raoul m’avait un peu soulagé ; mais ce que souffrait ma

nature loyale de cette trahison permanente ne saurait s’exprimer.

Georgine, au reste, était bien la femme que son mari regrettait. À chaque instant, sa passion pour moi semblait augmenter et la mienne s’augmentait réellement; aussitôt que, son mari était sorti, à quelque heure du jour que ce fut, elle était dans ma chambre ; et , comme il passait une partie des nuits au café, elle ne rentrait chez elle, chaque nuit, que quand les aboiements des chiens annonçaient son retour. On eut dit la maison distribuée tout exprès selon nos désirs : les deux portes de nos cabinets de toilette s’ouvraient l’une en face de l’autre et semblaient disposées par un architecte qui, dans ses prévisions, aurait deviné notre intimité.

Comme l’avait dit Raoul, il avait désigné, aux officiers deux jours de la semaine pendant lesquels

il resterait chez lui. Georgine avait bien fait la moue à cette demande, mais j’avais obtenu que cette moue se changeât, pour son mari, en un gracieux sourire et que ce jourdà les domestiques fussent mis à la

disposition du baron, ainsi que toute la maison et tout ce qui était dans la maison.

Mais Georgine avait signifié que, sous aucun prétexte, elle ne paraîtrait dans cette société d’hommes,

Aü LIT BE MORT

OÙ elle apporterait la géoe et l’eonui en y maintenant une certaine étiquette.

' Un mois se passa au milieu de ces amères délices, mêlées de transports d’amour inouïs et de remords inconnus. La présence de Georgine me faisait tout oublier. Mais à peine restais-je seul, que l’Eilménide qu’elle chassait de mon cœur y rentrait et le brûlot de nouveau. ■ > ■

Georgine était la tentation éternelle; nulle femme ne savait comme elle alimenter les désirs et nourrir une passion : elle trouvait toujours moyen, par une porte entrouverte, par une attitude sur un escalier, soit en descendant do perron, soit en montant en voiture, de découvrir quelqu’une de ces perfections " cachées qui faisaient de son voisinage stérile un enfer pour son mari. Quelque part qu’elle me rencontrât, qu’elle me croisât, qu’elle me rejoignit, elle avait incessamment sur les lèvres un baiser mûr près de tomber et un autre prêt à éclore. Des amours sans remords avec une pareille femme, c’eût été plus que les Champs Élysées des Grecs, plus que le ciel des chrétiens : c’eût été le paradis sensuel de Mahomet.

Un matin, je reçus une lettre sur laquelle je reconnus l’écriture de ma sœur : je l'ouvris avec inquiétude; je ne recevais de lettres de ma sœur que

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