‹ Au loup! [microforme]Chapitre 2 sur 4 · L .. '. L L LR REZ] CRE À · texte numérisé non relu

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Dans nos mers arctiques, nous avons le joup-marin moine (hoodedseal) où à poche, la vache marine ou murse, l’ourgin de mer, le Iloup-marin barbu, (phoca bar bata) le phoque commun (phoca vit.

lina), le plus répandu dans les régions arctiques, le loup-marin tête-de-cheval ou phoque gris, le wasbishtouis qu’on rencontré juyquà Tadoussac, d'une longueur de

MTLèa

dix à douze pieds, le harbor seal ou loupmarin d'esprit qui ne quitte jamais les eaux du bassin du Saint-Laurent, et enfin, le loup-marin du Groenland, (phoca groenlandica), le harp seal des Anglais, le même que les Terre-neuviens prennens en si grand nombre, tous les priutemps,et qui remonte le fleuve Saint Laurent, jusqu'à Manicouagan, aux premières glaces et passe l'hiver dans le golfe. Nous nous en occuperons longuement tout-à-l’heure.

Le phoqne oursin de la mer de Behring a pris récemment une importance politique extraordinaire. Encore un peu et il allait donner lieu à une guerre entre l’Angleterre et les Etats-Unis. Sa longueur est de cinq à six pieds, son pelage rude en dessus est presque satiné et d’une belle couleur rousse sur le ventre ; vivant au milieu des récifs et des rochers ses mœurs sont excessivement sauvages, et il est fort dificile à approcher.

Chose assez singulière, nous n’avons pas une seule variété de phoques qui porte le nom-de loup-marin, et toutefois, nous nommons ainsi toute la famille. Ce n’est pas la seule bizarrerie qu'on remarque dans ces dénominations. N'y a-t-il pas des chevaux marins ? Eh oui, nous avons le cheval marin, mais la femelle s'appellet-elle une cavale, et sonpetit un poulain ?

Pour cela, non. Que pensez-vous d'une vache marine mâle ? Cet animal existe pourtant, et sans être hermaphrodite encure, mais on ne le nomme pas ainsi.

Les habitants de la côte nord désignent le harp seal sous difiérents noms : ils l’appelleront tantôt brasseu, tantôt barré ou cœur ; le moine est pour eux une poche, où un wastic : ils ont encure le gommeux qui fréquente les rivières en même temps aue le loup-marin d'esprit.

‘Les W'alashtouis, dit l'abbé Ferland, sont furt gros: la ressemblance de leurs truits avec ceux des Esquimaux a donné naissance à la tradition qui porte que ce peuple est descendu, d'un AUS PC de Wabishtouis, ostracisés pc IF Sribu si furcés de chercher une nouvéllé pâttié sûr

la terre ferme.” C’est probablement une troupe de ces animaux que les compagnons de Sir Humphrey Gilbert abordant à Terreneuve prirent pour des sirènes.

Parlant de l'espèce en général, Cuvier la décrit à peu près comme suit: ‘‘ Le phoque est un genre de mammifère de la famille des carnivores amphibies,

* La partie antérieure de son corps est celle d'un quadrupède, la postérieure est celle d’un poisson.

‘ Un museau court, des orbites sans sourcils, un front large, un crâne vaste et arrondi lui donnent une physionomie particulière. Les mains jusqu'aux poignets, les pieds jusqu'auxtalons sont compris dans l'enveloppe générale du corps.

La queue qui est courte, est placée entre les pieds. Ilya cinq doigts à chaque membre ; les doigts des membres postérieurs sont réunis par une membrane, ce qui en fait de véritables nageoires. Les pieds se touchent par la plante, et sont, par conséquent, placés sur le côté, le pouce en bas.

‘* Les yeux grands, ronds et à fleur de tête, ont une pupille semblable à celle du chat domestique, qui se rétrécit au grand jour, se dilate et s'arrondit dans un jour moindre.

‘* Les narines, placées un peu en arrière de l’extrémité du museau, présentent, chacune, deux ouvertures longitudinales formant un angle a peu près droit ; elles sont ordinairement fermées, et il semble que l'animal doive faire effurt pour les ouvrir : il ne les ouvre qne lorsqu'il veut expulser l'air de ses poumons ou y 4 introduire de nouveau et elles deviennent alors circulaires. L'utilité d'un pareil mécanisme chez unanimal qui demeure fréquemmentsous l’eau est évidente; le phoque respire d’ailleurs d’une façon très inégale et souvent à dec intervalles fort éloignés.

On le verra suspendre cette fonction pendat pe deaniemin te sans y être congrqintt. ° ‘La fanitité! d' air qui, À chaque aspiration,” éntre dans les voumous, est

considérable ; aussi, les phoques peuventils demeurer Jnngtemps sous l’eau.

‘“ Les oreilles externes ne consistent qu'en un rudiment triangulaire, dont les dimensions, tant en hauteur qu'en largeur, sont à peine de deux ou trois millimètres ; elles sont placées au-dessus des yeux, un peu en arrière, mais la partie osseuse de l'organe de l’ouïe est à la même place que chez les autres mammifères. Le pavillon se ferme lorsque l'animal penètre dans l’eau.

‘* La langue est douce, un peu échan.

crée à la pointe. M. Cuvier n'a jamais vu aucun phoque la faire sortir de sa bouche ; c'est une grande qualité morale de n'avoir pas la langue longue.

** L'odorat paraît être aussi imparfait que l’ouïe ; cependant, chez aucun memmifère, les cornets du nez ne font des circonvolutions plus nombreuses, On suppose que le phoque pourrait avoir ce moyen de sentir. ‘‘* Ce serait de mettre les émanations odorantes du corps renfermées dans sa bouche en contact avec la membrane pituitaire, en les introduisant dans le nez par le palais.

Les phoques vivent de poissons, de crustacés et de mollusques : les loups marins d'esprit paraissent avoir un goût prononcé pour le saumon et les truites : ils se tiennent ennombreau pied des chûtes et dansles pools ou fosses où ces poissons font un séjour prolongé enremontantlesrivières du Labrador canadien. Certains individus se montrent capricieux dans le choix de leur nourriture, au point de se laisser

pêche, un de ces animaux ne mangeait

qu'au fond de l’eau, l’autre que sur terre,

Le cerveau du phoque est fortdévoloppé,.

très riche en circonvolutions : et chez quelques-uns, il est même plus volumineux que chez l’homme,

Ceux dont Cuvier nous entretient (ils étaieut au nombrede trois)ne s'effrayaient, ni de la présence de l'homme ni de celle des animaux. On ne parvenait à les faire fuir qu'en s'approchant assez d'eux pour leur donner la crainte d’être foulés aux pieds, et, dans ce cas-là, ils n'évitaient ÿ- sais le danger qu'en s'éloignant. Un seul menaçait de la voix et frappuit quel.

quefois de la patte, mais il ne mordait qu’à la dernière extrémité. Il en était de même pour conserver leur nourriture ; quoiqu'ils fussent très-voraces, ils ne témoignaient aucune crainte de se la voir enlever par d’autres que par leurs semblables : plusieurs fois j'ai repris le poisson que je venais de donner à l'animal, qui en avait le plus grand besoin, sans qu'il ait fait obstacle à ma volonté, et j'ai vu des jeunes chiens, auxquels un de ces phoques s'était attaché, s'amuser, pendant qu'il mangeait, à lui arracher de la bouche le poisson qu'il était prêt à avaler, sans qu'il vémoiguât la moindre colère. Mais lorsqu'on donnait à manger dans le même bassin, à deux phoques’ réunis, il en résultait presque toujours un combat à coups

| de pattes, et, comme à l'ordinaire, le plus

faible ou le plus timide laissait le champ libre au plus fort ou au plus hardi.

iiers jours de son arri-

gæpaia les pre mourir de faim, plutôt que de changer de lvée, un dé. ces paoques fuyait lorsqu'on le

mets.

aux phoques que j'ai observés, dit Cuvier, que l'espèce de poisson avec laquelle on avait commencé à les nourrir. L'un n’a voulu manger que des harengs, et un autre que des limandes : le premier préférait même des harengs salés aux autres espèces fraîches, et le second est véritablement mort de faim, parce qu'on n’a pu lui fournir des limandes ; les tempêtes de l'équinoxe ayant momentanément suspendu la

‘Je n'ai jamais pu faire manger | flaftait d& la main, mais, quelques jours

après, toute crainte avait cessé : il avait reconnu la nature du mouvement de ma main sur son dos, et sa confiance était entière. Ce même phoque était enfermé avec deux petits chiens qui s'amusaient souvent à lui monter sur le dos, à abuyer, à le mordre même ; et quoique tous ces Jeux et la vivacité des mouvements qui en résultaient fûssent peu en harmonie avec ses habitudes ec ses iivursueuts, il en

appréciait le motif, car il paraissait s'y plaire, jamais il n'y répondit que par de légers coups de patte qui avaient plutôt pour objet de les exciter que de les réprimer. |

‘* Un autre s'était surtout attaché à la personne qui avait soin de lui : après un certain temps, il apprit à la reconnaître d'aussi loin qu'il pouvait l’apercevoir ; il tenait les yeux fixés sur elle jusqu’à ce qu'il ne la vit plus, et accourait dès qu’elle s’approchait du pare où il était enfermé, La faim au reste entrait aussi pour quelque chose dans l'affection qu'il lui témoignait ; ce besoin continuel et l'attention qu'il donnait à tous les mouvements qui pouvaient l’intéresser sous ce rapport, lui avaient fait remarquer, à soixante pas, le lieu qui contenait sa nourriture, quoique ce lieu fut tout à fait étranger à son parc, qu'il servit à une foule d'autres usages, et que, pour y cher- ‘cher le poisson, on n'y entrât que deux fois chaque jour.

Si le phoque était libre, lorsqu'on approchait de ce lieu, il accourait et sollicitait vivement sa nourriture par des mouvements de tête et surtout par l’impression de son regard.

‘Une foule d'observations ont d’ailleurs montré que le phoque, lorsqu'il a été pris jeune, s'attache à son maître, et qu’il éprouve pour celui-ci, une affection aussi vive que le chien. On en a vu auxquels des matelots oudes bateleurs avaient appris à faire différents tours, et qui les exécutaient au commandement, avec assez d'adresse et beaucoup de bonne volonté, Mais, si on les tourmente trop, ils peuvent devenir dangereux. Pour les conserver longtemps en captivité, il faut les tenir, pendant la plus grande partie du jour, et surtout lors de leurs repas, dans un cuvier à demi rempli d’eau ; la nuit, on les fait coucher sur la paille, Les ménageries d'Europe en ont souvent posuédé, et les montreurs d'animaux en font souvent voir dans les grandes villes. ”

Le cirque de Barnum qui est venu ici,

l'été dernier, n'en possédait-il pas un de la variété la plus rare, un otaire ? à l’allure la plus fière, au poil le plus doux, qui faisait soupirer les plus jolies femmes.

Quel plaisir pour elles de se couvrir de sa fourrure chatoyante et onctueuse à la fois.

Hélas ! Barnum ne voulait, ni pour or ni pour argent, pas même pour de beaux yeux, vendre son otaire,

Il n'y a pas si longtemps encore, deux jeunes loups-marins ont été déposés dans le bassin du square Victoria et y ont passé quelques semaines, assez alertes en apparence. On leur avait ménagé une plate-forme sous un jet d’eau, où ils/prenaient tranquillement des bains d'orage :

on leur servait des poissons vivants, làchés dans le bassin, qui a bien la forme d'un grand plat, et ils en usaient à souhait, sans couteau ni fourchette, Des morceaux dé glace flottaient à la surface du bassin, pour leur faire illusion, en leur rappelant la patrie absente des mers du nord, en leur refaisant une petite Troie.

Ils semblaient se complaire au milieu de nous, à commencer, bien entendu, par le bassin, la glace et le poisson qu'il contenait, lorsqu'un bon jour, ou peut-être une bonne nuit, ils disparurent sans qu'on en ait entendu parler depuis. On a soupçonné certain conseiller municipal, du temps, adversaire juré des bains publics, pour cause de pudeur, d’avoir été l’auteur de cet enlèvement : mais l'affaire fut étouffée ou plutôt noyée sans conséquence historique qui vaille la peine d’être consignée ici.

C’est l’année dernière, je crois, qu'on en a tué un, de deux cents livres, à l’entrée de la rivière Saint-Charles, sous les murs de Québec : et quelques jours après, tout près de Montréal, au Saut-au-Ré.

collet, par esprit de rivalité sans doute, ou en abattait un autre, du poids de plus de trois cents livres,

Il y a cinquante, quarante ans, peut.

être moins, les loups marins n'étaient pas rares autour de Montréal et au-dessus, voire même dans les rapides des Cascades,

du Buisson et des Cèdrés, entre les laos Saint-Louis et Saint:François. Etant enfant, allant à l'école, j'ai vu sur la clôture du chemin du Roï, près de la maisen de M. Fanfan Brossoit, (aux Cascades) jusqu’à dix carcasses de loups-marins, œue ce chasseur émérite avait tirés à balle, durant l'hiver, au pied des rapides du Buis- * son. Si jamais vous visitez le Buisson, un des plus pittoresques endroits du pays, demandez à vuir le vieil orme fourchu qui servait d'afût au père Fanfan. Tout un chacun de l'endroit vous l’indiquera, car le père Fanfan, aussi bon homme qu’'habile tireur, est passé dans la légende ou si vous l'aimez mieux dans le cœur de notre génération, et le cœur est le vrai gardien d'archives de ceux qui ne savent pas lire.

Cés loups murins, fils de l’eau salée, que venaient-ils faire dâns nos eaux douces ? Ne craignaient-ils pas de s'y corrompre ? C’étaient peut-être des désœuvrés, des fils de famille ruinés qui tentaient des aventures à la recherche de contrées nouvelies : des désabusés chérchant une retraite, et vo‘ \ant arroser d’eau douce des remords cuisants d’eau salée ; des archéologues, visitant, curieux, l'empire où leurs ancêtres furent longtemps rois et maîtres, à l’époque que les géologues ont baptisée du nom de Champlain, époque où ces rois avaient peut-être un trône sur le pavé que nous foulons de nos pieds rustiques.

Si vous me demandez mon avis, je crois que ces loups marins se sont inquiétés des travaux de creusage du lac Saint-Pierre, d'abord : puis, de la construction du pont Victoria, puis, du prolongement de nos uuais, puis, de l'exhaussement du chenal des îles de Boucherville ; puis, de la dynamite ; puis, du chemin de fer sur la glace ; puis, du tunnel projeté sous l’île Sainte-Hélène ; puis, des chaussées de refoulement de la Pointe Saint-Charles— systèmes Fournier, Galt ou autres. Je soupçonne un peu que celui qu’on a tué, l’année dernière, au Sault-au-Récollet, d'avoir été un ingénieur, cherchant un déversoir, au nord, que nous désespérions

de trouver, au sud. Je regrette qu’il soit mort sans avoir donné son avis sur les pompes d'épuisement de la Corporation, sur son talus d’oxhaussement et sur le système de barrage des glaces du lac Saint-Louis proposé par le capitaine Parisien, spérons qu'il resta encore des ingénieurs dans l'espèce.

Cependant, on ne peut se défendre, ici, de s'inquiéter et de se demander, ‘‘ De quelle espèce étaient ces loups-marins ?

Sans vous flatter, messieurs, je vous dirai, en toute assurance, que c'étaient des loups-marins d'esprit (harbor seals), puisqu’ils tenaient tant à vous connaître.

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