CHAPITRE VIII
Meknès (suite)
Xgriculture et Colonisation. — L'Aguedal. — Jardin d'essais. — Autrucherie. — Poulailler d;essais. — Climat. — Cultures et Elevage. — Colonisation. — Ville nouvelle.
Pour parvenir à l'Aguedal on passe par une série de Dngs couloirs enserrés entre de hautes murailles au )ied desquelles gisent de distance en distance des fûts le colonnes abandonnés par les esclaves employés à sur transport qui, dès qu'ils apprirent la mort du sulin Moulay Ismaël, laissèrent, dit-on, tomber l'objet u'ils tenaient à la main pour s'enfuir plus rapidement. Jne porte se détache plaquée dans le mur avec des oo- Dnnes et des ornements de faïence, une cour vide et îorte s'élargit avec des arcs, des portiques et une autre orte servant d'entrée aux palais impériaux dont les toiîres vertes apparaissent au-dessus des monotones rem- •arts. Enfin on débouche sur l'Aguedal avec son vaste assin près des écuries gigantesques et ses prairies imîenses, solitaires et majestueuses, où plane un silence lein de tristesse au-dessus de ces palais en ruines, de
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tous ces vestiges d'une grande œuvre qui ne fut jamais achevée.
A l'entrée, le jardin Ben Halima, autrefois réservé au.! sultan Moulay Hassan et à son harem, a été transformé en jardin d'essais tout en lui laissant son ordonnance de jadis avec ses allées se croisant à angle droit dont les principales aboutissent à de jolis kiosques à colonnettes précédés d'une double rangée de noirs cyprès. Il a la forme d'un quadrilatère et couvre une trentaine d'hectares environ. En mai 191 5, on commençait le défrichement et au début de 1916 dix mille arbres fruitiers en^ voyés de France y étaient mis en pépinière : cerisiers, pommiers, pruniers, poiriers, pêchers, amandiers. En 191 7 de nombreux essais ont été entrepris : blé tendre barbu, avoines, orges du pays, orges de brasserie, betteraves demi-sucrières à collet vert et à collet rose, fèverolles de Lorraine, lentilles, fenugrec, vesce d'hiver, trèfle d'Alexandrie. Le blé tendre barbu a donné des rendements très intéressants. Il a fourni vingt-quatre quintaux à l'hectare alors que le rendement moyen des blés durs indigènes de la région n'est que de dix quintaux. Les betteraves demi-sucrières sont très utiles à cultiver afin d'assurer une alimentation abondante aux animaux durant l'été alors que "tout est desséché. Semées de décembre à février elles sont consommables de juin à octobre, larrachement ayant lieu au fur et à mesure des besoins. D'autres expériences ont été tentées sur des choux fourragers, navette, moutarde blanche consomma ble trois mois après le semis, sorgho sucré, sorgho à ba lais, maïs, caragua, millet, moha de Hongrie, soja, co
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tons d'Egypte, topinambours, ricin. Le soja vient bien et peut être très intéressant soit comme fourrage vert au mois d'août, sort pour les graines qui sont très riches en j huile. Les ricins par contre n'ont pas donné de bons résultats. Ils craignent les gelées matinales du mois de février et poussent moins bien dans les terres argilo-calcaires de Meknës que dans les terres sablonneuses des régions de Casablanca et de Rabat. La luzerne donne dix coupes par an. Au mois de mai on fait une coupe au bout de 22 jours.
Quelques Français se sont mis à la culture des primeurs dans des terrains loués pour quatre ans dans l'Aguedal ou sous le camp près de l'oued Bou Fekrane. Ils font tous les légumes français courants et l'un d'eux s'adonne plus particulièrement à la culture des asperges et des fraises. Les haricots viennent spécialement bien, ils donnent trois récoltes par an ; les pommes de terre au contraire trouvent le terrain trop fort. Le marché local, très restreint, ne permet pas d'intensifier cette culture des primeurs et le tarif actuel des chemins de fer militaires rend impossible l'exportation vers la côte de légumes frais. Il faut attendre l'installation du chemin de fer commercial qui mettra Meknès en communication rapide avec Tanger d'une part, Rabat et Casablanca de l'autre.
Derrière le jardin d'essais, une partie de l'immense prairie a été affectée à l'autrucherie à laquelle s'est adonné tout particulièrement le vétérinaire inspecteur du Service de l'Elevage de la) région de Meknès et qui obtient des résultats tout à fait intéressants. Un trou-
peau d'adultes, une trentaine, vit à l'état sauvage parqué dans un vaste enclos et il est difficile de les approcher. A côté, dans un autre parc, se trouvent une vingtaine de sujets domestiqués obtenus par l'incubation artificielle. Le premier couple d'autruches fut amené au Maroc dans la première moitié du XVIIIe siècle offert en cadeau par un Arabe du Sud au sultan Moulay Abdallah (1727- 175 7). Lâchés dans cette prairie bien irriguée, trouvant ce terrain propice et le climat favorable, ces animaux se multiplièrent rapidement et un siècle plus tard sous Moulay Abderrahman (1829-1859) on comptait jusqu'à cent dix sujets dont dix-sept furent envoyés à Fès pour garnir les jardins du sultan. Mais ce troupeau fut presque entièrement décimé par une épizootie sous le règne de Moulay Hassan (1875- 1894). A Fès une seule femelle survécut et à Meknès il ne resta plus que cinq animaux. Le troupeau se reforma peu à peu jusqu'à compter une trentaine de têtes.
Ce troupeau était un luxe pour les sultans et les Marocains ne consommaient pas de viande d'autruche. Par contre ils se montraient très friands des œufs dont ils conservaient ensuite les coquilles pour en orner leurs intérieurs. La reproduction, du reste, n'était nullement surveillée et les autruchons devenaient aussi sauvages que leurs parents qui causaient souvent de graves accidents quand, à grand renfort de personnes, mille à quinze cents, dit-on, on s'efforçait de recueillir quelques plumes en traquant et forçant les malheureuses bêtes affolées par les cris et les hurlements. Les jeunes domestiqués sont maintenant traités avec douceur, mis à l'abri
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de toute poursuite, de l'approche des chiens dont ils ont une frayeur folle et de tout bruit insolite qui pourrait les effaroucher. Ils se laissent assez docilement plumer grâce à un appareil de contention, système Oudot, maintenant l'animal debout et permettant par deux ouvertures latérales de faire passer les ailes dont l'opérateur coupe les plumes à l'aide d'un sécateur à deux centimètres de la peau pour les grandes rémiges, à un centimètre pour les petites. Les plumes de la queue sont recueillies de la même façon. Il est recommandé, deux mois après la cueillette, «. de retirer les tubes desséchés à l'aide d'une pince solide pour permettre aux nouvelles plumes de pousser normalement ».
La ponte a lieu tous les deux ans. Le mâle couve comme la femelle, la nuit généralement. Mais le plus souvent la femelle couve seule et alors elle doit quitter son nid, deux heures par jour environ, pour aller prendre sa nourriture. C'est à ce moment que les oiseaux de proie viennent casser les œufs pour en vider le contenu. Ici, c'est le vautour blanc, néophron percnoptère, qui ne mesure pas moins de 1 m. 80 d'envergure et habite dans les rochers près d'El Hadjeb et Ifran, au sud de Mekrîès. Il use d'un procédé original qu'on a pu observer à maintes reprises ; il apporte dans son bec des pierres pour s'en servir comme d'un marteau. Ce n'est qu'en 1912-1913, qu'on surveilla les couvées, en l'espèce deux couvées d'une vingtaine d'œufs chacune. Elles donnèrent six produits dont deux seulement survécurent. Pendant la saison 1914-1915 douze cents œufs furent pondus par dix-sept femelles et dix-sept autruchons ont pu
être élevés. La saison suivante donnait 92 éclosions et trente animaux vivants dont douze ont été envoyés à Marrakech pour constituer la base d'une autrucherie confiée également au Service de l'Elevage. On eut recours, comme dans la plupart des fermes du Cap ou de Madagascar, à l'incubation artificielle, mais au début l'autrucherie de Meknès n'avait à sa disposition qu'un instrument bien imparfait, une couveuse de modèle fort simple, sans régulateur, chauffée à l'aide d'une lampe à pétrole et pouvant contenir trente œufs. L'incubation dure de quarante à quarante-cinq jours. L'opération très délicate du mirage fut menée ici avec un appareil imaginé sur place composé d'un simple bidon à pétrole divisé en deux compartiments, l'un pour la source lumineuse, l'autre pour l'œuf à examiner, séparés par une cloison en bois percée d'un trou de la grosseur d'un œuf moyen. Le mirage se fait le soir, en chambre obscure. C'est vers le quinzième jour qu'on peut reconnaître les œufs clairs ou putréfiés. Quant à l'éleveuse conçue par un soldat territorial devenu gardien de l'autrucherie, elle comprenait une caisse de bois divisée en deux parties communiquant par une ouverture ; l'une contenait du gravier, des morceaux de coquilles, de la terre, l'autre renfermait des plumes piquées le tube en haut dans un sac formant plafond. De cette façon, explique le vétérinaire qui s'occupe de cette autrucherie avec tant d'intelligent dévouement, « les petits, dans les jours qui suivent leur naissance, retrouvent un peu de ce que la nature leur aurait donné et peuvent passer leurs nuits dans un milieu marquant 340 à 350. C'est
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en effet la chaleur nue demande le jeune autruchon pour sécher sa première livrée rappelant celle du hérisson, comme pour protéger sa délicate personne. Il ne veut rien, il a eu soin d'emmagasiner des réserves de vitellus avant de voir le jour, d peut attendre ainsi quatre ou cinq jours, voire même huit jours, sans prendre aucune nourriture. Le poussin au geste maladroit, à La démarche hésitante et titubante, prend vite assez de forces en puisant ses éléments dans une luzerne verte et tendre et finit par donner à son abdomen un volume respectable et indispensable à son développement. Du reste sa précocité à ingérer seul sa nourriture est le meilleur baromètre de sa vigueur, le signe ne trompe pas ». Les déchets sont parfois de 50 à 60 p. 100 avant l'âge de deux mois et on doit considérer comme un beau succès de conserver la moitié des éclosions.
L'ancien troupeau resté à l'état sauvage et parqué à part se nourrit exclusivement de l'herbe de la prairie et ■ des escargots qui y abondent. Pour améliorer la nourriture des autruchons domestiqu'és, on a créé une luzernière qui fournit un aliment très apprécié par ceux-ci. On leur donne également du grain, orge ou maïs, que leur gardien leur présente dans un bidon dont le son leur devient familier et permet ainsi de conserver l'apprivoisement. Enfin, pour obtenir des produits bien charpentés, il est bon d'ajouter à cette alimentation herbacée et graminée des os broyés ou des phosphates calciques. Lai récolte commence à devenir intéressante à partir de deux ans. Le maximum est atteint à quatre ans. L'autruche produit ensuite pendant quarante ans et même
plus puisqu'elle peut vivre jusqu'à cent ans. Les plumées se font tous les huit mois. En 191 7, l'autrucherie de Meknès a obtenu jusqu'à 350 francs pour les plumes de l'aile et de la queue d'un mâle de deux ans. On estime, vu la bonne qualité de la plume du Maroc, qu'on peut compter sur une moyenne annuelle de 150 à 200 francs par oiseau. Il semble donc que l'organisation de l'élevage de l'autruche au Maroc puisse devenir d'un rapport intéressant pour le Protectorat et on ne saurait trop remercier et encourager ceux qui se" sont dévoués avec tant d'énergie et de patience au développement de cette source de richesse qui, placée si près du marché parisien, peut rendre à la France des services considérables puisque celle-ci achète, à elle seule, les trois quarts de la production mondiale. En 191 3, elle achetait plus de 55 millions de plumes provenant de l'Afrique du Sud, qui comptait en 191 3 douze cents autruches domestiquées, des Etats-Unis où l'autruche fut introduite en 1882 et où le troupeau comptait en 1914 dix mille produits, de Madagascar, de l'Australie, de la, Nouvelle Galles du Sud et de la Tunisie qui possède une seule autrucherie près de S fax.
C'est dans une partie de l'emplacement réservé à cette autrucherie de PAguedal qu'a été installé, au début de 191 8, le poulailler d'essais dont le directeur de l'Agriculture avait déjà projeté la création en 191 5 et qui n'avait pu être organisé faute d'entente au sujet de l'emplacement choisi, qui se trouvait être un jardin maghzen. C'est le Service de l'Elevage qui prit à sa charge ce poulailler, l'installai à l'autrucherie, fournit
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les matériaux nécessaires, treillage et fils de fer pour constituer des cases en vue de la sélection, et pourvut aux dépenses d'entretien, c'est-à-dire aux frais de nourriture. Le noyau qui a servi de base était un lot d'une vingtaine de poules marocaines soigneusement sélectionnées depuis trois ans et donnant des œufs de 50 grammes alors que la moyenne des produits vendus sur le marché est de 45 g"r- 5°- A ces poules s'ajoutaient trois canards communs rappelant celui de Rouen, trois dindons nés à Meknès et quelques lapins noir et blanc, petite race commune dans la région chez les Marocains. L'organisation de ce poulailler d'essais avait plusieurs buts : i° Eviter aux amateurs plus ou moins avisés des expériences coûteuses et infructueuses. L'arrivée des premiers éléments européens avait eu pour résultat de créer à Meknès quelques poulaillers mais aucun n'était organisé de façon très méthodique. Un seul éleveur s'était livré à des essais intéressants en important de France des poules Faverolles et Orpington blanc, des canards de Rouen, des lapins Angora et Géants des Flandres. Il eut beaucoup de déboires avec ses lapins et ses poules Orpington. Par contre, il obtint avec les croisements Faverolles-Marocaines des résultats très encourageants, ''es œufs croisés atteignant jusqu'à 80 grammes.
2° Chercher par les croisements avec les races d'Europe les produits les plus aptes à augmenter surtout le poids des œufs, secondairement la viande.
3° Si possible, créer une race fixe, aux caractères invariables, bien acclimatée, digne d'être répandue d'abord chez les Européens, ensuite chez les indigènes.
4° Vulgariser les produits obtenus et remplacer la race indigène par une race croisée aussi bonne couveuse et pondeuse mais donnant des œufs de 60 à 70 grammes au lieu de 50 au maximum.
C'est le vétérinaire chargé de l'autrucherie qui s'occupe de ce poulailler en attendant la venue envisagée d'un jeune aviculteur diplômé de l'Ecole Avicole de Gambais ( Seine -et-Oise). On a monté un certain nombre de cases entourées de treillages sur toutes leurs faces pour protéger les poussins contre les oiseaux de proie, le milan noir et surtout l'épervier. Chaque case renferme un abri, assez réduit, pourvu d'un perchoir et pouvant contenir une dizaine de sujets. Dans un coin sont déposés du sable ou de la cendre pour permettre aux volailles de s'y rouler. Des arbustes, myoporum, tamarix et osiers, ont été plantés par boutures tout autour afin de donner de l'ombre aux volatiles. Au Ier août 191 8, le poulailler avait déjà donné des résultats intéressants. Avec le lot du début de poules marocaines confié à un coq Faverolles prêté par un éleveur français de la région on a obtenu de beaux produits croisés chez la plupart desquels se retrouvent les favoris et la cravate des Faverolles ainsi que les cinq doigts. D'autres produits vinrent s'ajouter à ceuxci grâce à des dons aimablement offerts par des amateurs de Meknès et à quelques envois de la Ferme d'Elevage de Mazagan. C'est ainsi qu'on a obtenu deux produits nantais avec des œufs de Maizagan, un produit Houdan, seul vivant sur une vingtaine d'œufs, un Orpington fauve et un Orpington blanc et un Orpington croisé avec la race marocaine. Pour les dindons, l'effectif se compo-
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sait d'un mâle, de deux femelles et d'une quarantaine de poussins. Le Poulailler possède encore trois superbes canards d'Aylesbury, trois canards de Rouen, un mâle et deux femelles qui ont donné depuis le début une centaine de petits. On doit procéder à des essais de croisement entre le Rouen et l'Aylesbury, puis entre le Barbarie et le Rouen. Enân six oies de Toulouse ont été obtenues sur place par incubation naturelle (poule couveuse) et artificielle avec des œufs gracieusement offerts par une demoiselle française résidant à Meknès.
Installé au début de 1918, le poulailler livrait pour l'élevage aux amateurs dans l'espace de six mois : huit œufs de dinde, trente dindonneaux, un coq Faverolles, neuf poulets croisés Faverolles-Marocaines, vingt-quatre canards, huit lapins. Le croisement Faverolles-Marocaines s'est montré d'une précocité remarquable. Deux poulettes en particulier pondaient à quatre mois et demi et couvaient à cinq mois. C'est avec ces croisés Faverolles- Marocains que le vétérinaire inspecteur a l'intention de tenter des essais dans le but de créer « une variété assez fixée et acclimatée pour que les caractères et la qualité restent constants, sans qu'il soit besoin de renouveler le sang trop souvent ». D'après lui, « la diversité des caractères du poulet font penser que cette race a périclité, que la taille du corps et le poids des œufs sont le résultat d'un élevage négligent ; dans un troupeau aussi hétérogène on rencontre des sujets intéressants qui rappellent parfois la Houdan ou la Faverolles, ou les races espagnoles. On ne peut objecter à Meknès l'influence de l'élevage
européen, il n'y a pas de fermes organisées pour l'élevage et celles qui possèdent une petite basse-cour s'err • pressent en général d'acheter leurs produits chez leu voisins Marocains. »
La volaille locale aurait, semble-t-il, subi des croisements plus ou moins anciens avec des produits venant soit d'Espagne, soit d'Algérie et aurait périclité peu à peu par suite de la complète indifférence des Indigènes. On cherche donc à fixer une variété et pour cela on compte opérer de la façon suivante : Un lot de croisés Faverolles-Marocaiines ayant cinq doigts sera mis à part et donnera une descendance dont on ne gardera que les produits de qualité, c'est-à-dire ceux qui sont précoces et qui auront les caractères distinctifs de la Faverolles, plus les cinq doigts qui seront exigés. Ce lot ne sera pas rafraîchi par l'apport de mâles Faverolles ou Houdan pour suivre la rusticité et la constance des caractères malgré les générations successives. L'observation permettra ainsi de savoir si le retour à la race marocaine est rapide. Puis un autre lot de croisés sera confié à un coq Faverolles pur race, ayant cinq doigts, et à un coq Houdan pour conserver sûrement les caractères cherchés avec le premier lot. Il serait certes très important de créer ainsi une race fixe, ce qui éviterait les frais et les risques que comporte toujours l'importation de produits européens, d'autant qu'il est nécessaire de les renouveler chaque année. La vulgarisation de ces croisés remplacera progressivement la race indigène en augmentant la production d'un tiers tout en conservant la rusticité qui est le principal avantage de la poule maro-
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came. Ce résultat est appréciable, à Meknès en particulier, où l'aviculture pourra procurer à l'élément européen une nourriture variée et saine et restreindre aussi la consommation de viande de bœuf ou de mouton qui pendant les mois d'hiver est souvent peu alibile. Le chaponnage se pratique assez couramment chez les indigènes, surtout par les femmes berbères des Béni M' Tir, mais les chapons viennent peu nombreux sur les marchés. Cette pratique est à encourager et on n'y manque pas en réservant à cette catégorie de produits des prix suffisants dans les concours de primes à l'élevage.
La région de Meknès est particulièrement favorisée au point de vue agricole grâce à son climat, à la variété de ses terrains et à l'abondance de ses rivières et de ses sources. Meknès jouit, en effet, d'un climat très tempéré qu'elle doit d'une part à son altitude, 514 mètres, d'autre part à sa protection contre les vents du Nord par le massif du Zerhoun et par les plateaux du Sud contre les vents glacés qui viennent du Moyen Atlas. La température moyenne annuelle est de i6°9. Il est très rare que le thermomètre descende au-dessous de zéro. C'est au mois de février généralement et pendant quelques heures seulement le matin qu'on enregistre cette basse température. En été la température maxima ne dépasse guère 400 à l'ombre pendant les mois les plus chauds, juillet et août. Le climat plus sec que sur la côte est très sain et les maladies épidémiques sont extrêmement rares. L'hiver on n'a pas à craindre l'humidité pénétrante des villes du littoral et l'été les chaleurs se supportent facilement sans fatigue. Quant au régime pluvial, il est comme sur
tout le versant occidental de l'Atlas fonction des vents dominants qui divisent l'année en deux saisons, une saison de pluies et une saison de sécheresse presque absolue pendant trois mois, juin, juillet, août. Les grandes pluies commencent en février et durent jusqu'en mai, tandis que des pluies très brèves et plus ou moins abondantes ont lieu à l'automne et permettent les labours et l'ensemencement des céréales, blé et orge. La moyenne annuelle est de 600 millimètres environ.
Située par y°8 de longitude et 33°8 de latitude, Meknès commande la zone dénommée par le professeur Gentil « Détroit Sud Riffain » qui s'allonge entre deux grands plissements, le Riff au nord, l'Atlas au sud, voie naturelle entre l'Algérie et l'Atlantique, suivie par les Romains et les premiers conquérants arabes, puis par toutes les invasions successives et de nos jours par la voie ferrée qui unira bientôt Casablanca, Rabat et Tunis. Placée entre les plateaux jurassiques du Zerhoun et d'El Hadjeb, la plaine de Meknès a reçu des sédiments de la mer Miocène et ce sont ces dépôts recouverts d'alluvions fertiles qui constituent le fond de ses terres arables. D'après le professeur Gentil, la plaine des Béni M'Tir et la région des Guerouan autour de Meknès à 25 kilomètres à la ronde sont néogènes, composées de grès miocènes et d'argiles qui s'étendent jusqu'aux pieds du Zerhoun et du Djebel Kef s. « Les calcaires lacustres blancs sont superposés aux grès néogènes. Ils sont entremêlés de marnes blanches et forment avec elles une assise épaisse de dix à trente mètres qui s'étend horizontalement depuis le pied occidental du Zerhoun jusqu'aux abords de Kas-
Meknès. — Pavillon dans le jardin d'essai
Meknès. — Autruches
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bah El Hadjeb. C'est à ces dépôts lacustres que la plaine des Béni M'Tir doit sa grande régularité, seulement troublée par des vallées peu profondes séchant ou laissant plus rarement affleurer les sédiments miocènes avec leurs émergences habituelles (Ain Kharrouba, Ain Fekrane...). »
Cette fertilité de la région de Meknès due à un climat tempéré et suffisamment humide peut être accrue encore par l'utilisation de l'eau qui sourd de tous les côtés. La plupart de ces sources qui se trouvent sur les flancs des pentes du plateau d'El Hadjeb donnent naissance à des ruisseaux ou à des rivières dont beaucoup conservent de l'eau toute l'année. En effet, il existe à portée de Meknès des émergences pouvant donner quotidiennement plus de 40 000 mètres cubes d'eau alors qu'une ville de cette importance serait largement dotée avec une provision journalière de cinq à six mille mètres cubes.
Aussi, avec des terres aussi riches et de si nombreux moyens d'irrigation, toutes les cultures sont-elles possibles. A côté des grands bois d'oliviers, des vignes du Zerhoun, les arbres fruitiers forment des jardins magnifiques où poussent orangers et citronniers, pruniers, poiriers, pommiers, figuiers, amandiers, pêchers et grenadiers. En outre du blé et de l'orge, qui sont les cultures principales, on cultive le maiïs, les pois chiches, les lentilles, les haricots, le chanvre et le lin. La culture du riz est assez étendue chez les Arab du Sais et les Béni M'Tir de la plaine. On le sème dans des terrains mouillés tout l'hiver puis piétines par les troupeaux et dès que le grain lève on reprend l'irrigation qu'on con-
tinue jusqu'au moment de la récolte vers le milieu de l'automne. On évalue la production à sept saffa pour douze mouds. Or le saffa vaut soixante mouds, ce qui représente un rendement de 35 pour 1.
Le tertib de 1916 donnait pour le blé 1 14 984 quintaux et pour l'orge 119 483 quintaux. Quant aux oliviers ou comptait un total de 265 885 pieds dont 46012 appartenant à des Européens. Pour la vigne, le nombre de pieds était de 948 984 dont 16 286 à des Européens.
La région est également très riche en pâturages naturels, principalement dans la partie sud où les terrains de cultures sont assez réduits et elle doit devenir un centre important d'élevage. Actuellement on compte environ : 200000 ovins, 60000 caprins, 64 000 bovins, 150OO chevaux, juments et mulets, 15 000 ânes et 2 000 porcs. La taille moyenne des bovins est de 1 m. 25 et le poids varie entre 200 et 500 kilos. La moyenne est de 350 pour les mâles et de 250 pour les femelles pendant la bonne saison. Toutefois quelques beaux taureaux, produits d'ime sélection faite par les indigènes eux-mêmes, dépassent 500 kilos. Pour la viande, les bons animaux donnent à la bonne saison, mai, juin, juillet, un rendement de 47 à 52 p. 100 qui va exceptionnellement jusqu'à 61 p. 100 pour des animaux engraissés au Mellah avec des fèves et redescend à 45 et 46 p. 100 en hiver.
zyo kg
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Rendements en février 1918 aux abattoirs de Meknès
N° 1 (engraissé au Mellah) Ne 2
Poids vif 400 kgs
Poids de la viande : devant. . . 131 — — derrière. . 113 — ■
Peau et cornes 37 kgs
Tête 14 —
Graisse 65 —
Intestin vide 18 —
Pieds 9 —
Fressure 14 kgs 500
127 kgs 500 Rendements. ... 61 0/0
La vache marocaine en général n'est pas bonne laitière, mais son lait est riche en matières grasses (40 à 45 grammes par litre). Il existe à Meknès un troupeau important de vaches laitières appartenant à une corporation indigène fonctionnant sous l'autorité d'un amin et le contrôle du mohtasseb qui fixe le prix de vente du lait et du beurre. Le lait en nature qui se payait o fr. 27 à o fr. 34 le litre en 191 2 a augmenté progressivement jusqu'à valoir o fr. 70 en janvier 1918. Le beurre frais européen se vend 1 2 francs le kilo, indigène (moins bien malaxé) 7 francs, salé 6 francs et fondu 8 francs. Au Concours laitier et beurrier organisé en juin 19 16, le premier prix de rendement laitier fut attribué à une vache de 290 kilos vélée depuis un mois et demi. Dans les deux jours elle! avait donné 17 r. 600 de lait dont 8 1. 900 le second jour. Dans le classement beurrier le premier prix alla à
une vache de 310 kilos ayant deux mois de vêlage qui donna le kilo de beurre avec dix-huit litres et demi de lait. En 1917 la meilleure laitière donna II 1. 100 dans les vingt-quatre heures et la meilleure beurrière fournit le kilo de beurre avec 16 1. 900.
Quant aux ovins, ils ont ici une bonne aptitude à la viande. En bonne saison, au poids vif variant entre 35 et 50 kilos, un mouton donne un rendement de 44 à 47 p. 100 et, en mauvaise saison, avec un poids vif variant de 25 à 45 kilos, le rendement est de 41 à 46 p. 100
Ce qu'il faut au Maroc, c'est obtenir du cheptel un meilleur rendement tout en lui conservant ses qualités de rusticité et son adaptation. Or ici comme dans les autres régions les principales causes de déperdition du cheptel sont le défaut de sélection, l'absence d'abris et le manque de réserves de fourrages. Certains caïds, chez les Guerouan du Nord en particulier, ont à notre instigation fait construire un certain nombre d'abris pour moutons. Mais la meilleure propagande est l'exemple donné par le colon. L'indigène est nonchalant et sceptique, mais il est aussi curieux et il observe. Son hostilité à l'emploi de nos méthodes tombe facilement si on les lui explique clairement et avec simplicité, et il les adopte même assez volontiers s'il y voit une augmentation de son gain. Aussi est-il en général assez disposé à suivre le conseil que le général Lyautey donnait aux notables indigènes et caïds des tribus assemblés sous sa tente au Concours général agricole du Maroc tenu à Casablanca au mois d'octobre 191 8 : « Dans vos bleds, lorsque vous avez pour voisin un colon européen, regardez-le comme un
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éducateur, un ami, approchez-vous de lui, il sait beaucoup de choses. La culture européenne ne doit pas être pour vous une concurrence, mais un stimulant. »
Or il n'y a encore dans la région de Meknès que trois fermes de quelque importance et 1 350 hectares seulement de propriétés possédées par des Français. Une cinquantaine de petits colons s'occupent de cultures sur des terrains qu'ils ont en location, biens maghzen ou biens habous. Il semble qu'il n'y ait pas lieu de pousser les colons vers les cultures de céréales où ils sont concurrencés par l'indigène qui peut produire à bien meilleur compte, à moins de pouvoir se livrer à la culture en grand sur de vastes étendues. La nature argilo-calcaire des terres rend celles-ci di faciles à travailler et il est nécessaire de posséder un important cheptel mort et vif pour mettre rapidement en culture. De même pour les récoltes il faut se presser de les faire à cause du sirocco qui fait tomber le grain de l'épi et le dessèche, et pour cela il faut un matériel assez complet, des moissonneuses-lieuses et une batteuse. On devrait plutôt cultiver du blé tendre ou des plantes industrielles, ou encore des betteraves pour les porcs. Mais ce qui paraîtrait préférable, surtout dans cette région, ce serait de s'adonner à l'élevage et aux cultures servant à l'élevage qui sont très facilitées par l'abondance des cours d'eau. Les débouchés sont toujours assurés par la consommation locale et, plus tard, pour l'exportation par le port de Kenitra.
Les terres à acheter dans la banlieue de Meknès sont rares. L'hectare défriché vaut environ 250 francs, l'hec-
tare en friche avec doum 70 et avec jujubier 30. En juillet 19 18, les travaux de défrichage étaient évalués à 180 francs par hectare avec doum, 185 avec jujubier. Aussi un certain nombre de petits colons, gens déjà établies à Meknès exerçant un autre métier } entrepreneurs n'ayant plus que peu de travaux, transporteurs ayant des animaux qui restent souvent inoccupés, ont-ils demandé des lots de colonisation d'une cinquantaine et d'une centaine d'hectares pris sur les terrains maghzen. On a cherché à leur donner satisfaction autant que possible, mais les parcelles de terre pouvant être livrées actuellement sont insuffisantes pour la quantité de demandes, et on s'occupe activement de rendre disponibles d'autres terrains de la région.
Devant l'intérêt croissant de ces questions agricoles il s'est formé récemment un « Syndicat Agricole de la Région de Meknès. » Il a pour but : de défendre les intérêts généraux de l'agriculture et de l'élevage de la région, d'étudier toutes les questions importantes concernant l'agriculture et la colonisation, d'organiser et d'intensifier la production agricole et la vente des produits récoltés, enfin de développer les bonnes relations et l'espurit d'association parmi les membres de la société. Ne pourront faire partie du syndicat que les Français jouissant de leurs droits civils et politiques, se livrant à l'agriculture ou à l'élevage dans la région de Meknès et qui auront été agréés par les deux tieri des membres fondateurs dont le nombre ne doit pas être inférieur à six ni supérieur à seize. On devait constituer une caisse de cré-
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dit mutuel agricole dont seuls les membres du Syndicat Agricole de Meknès pourraient profiter.
Le crédit agricole mutuel était constitué de la façon suivante :
i° Tous les adhérents .du Syndicat agricole peuvent souscrire au nombre d'actions qu'ils désirent et qui sont de 200 francs chacune ;
2° Il n'est versé provisoirement que le quart de l'action pour sa constitution ;
30 Les fonds ainsi recueillis sont versés dans une caisse centrale, appelée caisse régionale, qui est la véritable banque distributrice des prêts ;
40 Les capitaux versés par les locales, tel Meknès, sont quadruplés par des avances de l'État et le montant total est déposé dans un établissement de crédit qui escompte les effets présentés par la régionale jusqu'à concurrence de quatre fois le capital déposé dans ces caisses, soit en argent, soit en titres. Par exemple : supposant que la caisse locale de Meknès ait versé 50 000 francs à la caisse régionale de Rabat, cette dernière obtiendra 200000 francs de l'État et pourra par conséquent déposer 250 OOO francs à la Banque d'État qui lui ouvrira un crédit d'un million de francs pour ses membres ; cette somme sera répartie en tant que crédit aux membres de la locale.
Dans chaque locale les prêts sont consentis par le conseil d'administration qui prend les garanties nécessaires pour en sauvegarder le remboursement. En principe,
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les prêts ne seront consentis que pour une campagne agricole, des prêts à long terme ne devront pas être envisagés avant un an ou deux de fonctionnement de la caisse et soumis à l'agrément de la caisse régionale. Les prêts de campagne à un actionnaire ne pourront pas en tout cas dépasser le décuple du capital souscrit par lui en actions ; cette quantité sera fixée au moment de chaque campagne par la caisse régionale. Le prêt ne pourra non plus dépasser cinquante mille francs pour un seul actionnaire et la moitié de cette somme seulement les premières années de fonctionnement de la locale. La demande de prêts sera faite au secrétaire-trésorier } qui la soumettra à la prochaine réunion du conseil d'administration qui statuera. Les prêts dépassant mille francs ne seront consentis que sur warrants, cette condition devra être strictement exigée par la caisse locale. Il ne peut y être apporté de dérogation que lorsque l'effet souscrit à la caisse pour le montant du prêt portera la signature conjointe de deux actionnaires de la caisse, dont Pua ayant une valeur de crédit du décuple de la somme demandée et le second une valeur au moins égale à ce même crédit. Dans tous les autres cas, le warrant est obligatoirement exigible, il sera consenti sur bétail de vente ou cheptel, matériel agricole, récoltes. La somme prêtée ne pourra être supérieure aux deux tiers de la valeur expertisée pour les animaux et les récoltes et à la moitié de celle-ci pour le matériel. Le prêt consenti sera couvert par la souscription d'un effet négociable à trois mois dont il ne pourra être fait plus de deux renouvellements trimestriels. Pour le taux d'escompte si la Banque d'État
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prélève par exemple 7 p. 100, la régionale prélèvera 8 p. 100 et la locale 9 p. 100.
La population européenne se répartissait au Ier janvier 1918 entre 900 Français, 120 Grecs, 100 Espagnols, 41 Italiens, 20 Suisses, 7 Américains et 2 Anglais. Au point de vue commercial, ils ne s'occupent guère que du commerce local, en particulier d'alimentation et de bonneterie pour les Européens. Pour le commerce en gros Meknès était jusque dans ces dernières années tributaire de Fès, mais les commerçants Meknasis cherchent de plus en plus à s'affranchir de la tutelle des gros négociants Fasis et maintenant ils s'adressent davantage directement aux pays producteurs d'où ils font acheminer leurs marchandises par le port le plus proche de Kenitra. Le mouvement commercial est assez important pour attirer l'attention de nos fabricants français. Les trois cinquièmes sont absorbés par la ville elle-même, les deux autres cinquièmes sont répartis entre les diverses tribus de la région. Pour l'année 191 8, les droits des portes ont fourni plus de 260000 francs et les droits des marchés, une partie en régie, l'autre en adjudication, près de 400000 francs. Il est inutile d'insister sur les coutumes commerciales qui sont ici les mêmes que dans les grandes cités marocaines. On ne saurait toutefois trop rappeler à nos industriels et à nos négociants que pour réussir ici il est indispensable de se plier aux habitudes des Marocains et à leurs préférences, voire au conditionnement de la marchandise, papier d'emballage, étiquettes détails auxquels les indigènes attachent beaucoup d'importance.
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Les articles d'importation sont toujours les mêmes. Pour l'alimentation, le sucre dont il arrive par mois environ 2 ooo sacs de 70 kilos provenant de Marseille, les thés dont la vente annuelle est de 600 caisses importés exclusivement d'Angleterre par l'intermédiaire des représentants des maisons anglaises dont chacun a: le monopole pour sa maison, les poivres et épices venant de Marseille, d'une vente annuelle de 60000 à 80000 fr. Pour le bâtiment, la plupart des matériaux de construction sont pris dans le pays : pierres, briques, bois, chaux, plâtre, sable, etc. La bonne quincaillerie trouve facilement preneur malgré son prix plus élevé que la médiocre quincaillerie allemande qui avant la guerre accaparait les quatre cinquièmes du marché. Quant aux fers, ils viennent de Londres pour les fers de Suède et il s'en vend environ 60 tonnes par an. Pour l'ameublement, on connaît le goût des Marocains pour les pendules qu'ils disposent volontiers plusieurs à la fois dans la même pièce. Celles qui ont leurs préférences sont les pendules comtoises à grand balancier, à beaucoup de dorures sur la boîte, le cadran et le balancier, et les cartels de forme longue. Comme elles servent plutôt d'ornements que rie chronomètres, il faut qu'elles soient très ornées et dorées. Quant aux instruments pour le thé, plateaux, brûle-parfums, samovars, boîtes à thé et à sucre, en métal argenté, décorés dans le genre des objets indigènes, ils viennent tous de Manchester, expédiés par les maisons marocaines installées dans cette place. Pour les tasses et les verres à thé, l'importation française pourrait être facilement développée si l'on consentait à fournir aux indigè- -,
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nés les modèles dont ils ont l'habitude. Les tasses en porcelaine venaient en majeure partie d'Autriche et d'Allemagne. Quant aux verres, on en distingue trois catégories d'après le prix : la première vient d'Angleterre, les deuxième et troisième venaient d'Allemagne, il s'en vend annuellement 60 000 environ de la troisième qualité et 12 000 environ de la première et de la seconde qualité. Pour les ustensiles de ménage en métal émail lé que les indigènes emploient volontiers à cause de leur légèreté et de leur solidité, c'était l'Allemagne qui les fournissait et elle a été remplacée par l'Angleterre. En ce qui concerne les vêtements, toutes les cotonnades, tulles à décors de coton pour les vêtements de dessus des femmes, cotonnades avec dessins de toutes couleurs, serge blanche, cotonnades brochées, étamines décors de fleurs, viennent d'Angleterre, les draps unis de couleurs crues, rouge, bleu, vert, jaune, cachou, etc., sont achetés en Angleterre, un certain nombre en France. Quant aux soieries, elles viennent toutes de France. Les bougies préférées à Meknès sont les bougies anglaises de la maison Price. Il s'en fait cependant quelques expéditions de Marseille. La quantité importée est d'environ 8 000 caisses par an. Quant à l'exportation, elle a encore très peu d'importance et consiste seulement en peaux de bœufs, en laines, chanvre et quelques salaisons produites par une société formée récemment pour la salaison des porcs et qui s'est installée dans les caves placées sous le palais de Dar Beida. Il est probable qu'elle ne s'accroîtra pas beaucoup avant quelques années parce qu'on doit prévoir que pendant quelque temps encore Meknès et sa région absorbe-
ront la presque totalité de la production. Sa situation toutefois permet à Meknès d'envisager pour plus tard un développement plus considérable lorsque la pacification définitive des tribus du Moyen Atlas lui apportera le contingent des ressources de cette riche région de son sud dont elle est le débouché naturel en même temps qu'elle en assurera le ravitaillement. Avec le réseau des futurs chemins de fer un bel avenir s'ouvrira devant elle puisque, située sur la grande ligne Casablanca-Rabat- Fès-Taza-Tlemcem-Oran, elle deviendra un nœud important avec le Tanger-Fès et, après sans doute, avec le Meknès- Marrakech par Kénifra.
L'industrie européenne est extrêmement peu développée. Il n'existe que deux minoteries à cylindres, une fabrique d'eau gazeuse et de limonades, une huilerie, une scierie mécanique, trois petites fromageries. Cependant l'installation de manufactures locales paraît devoir être favorisée par l'éloignement même de Meknès du littoral et l'élévation du coût des marchandises qui est la conséquence de longs et coûteux transports. Il semble qu'une fabrique de pâtes alimentaires et biscuits serait intéressante et utile pour la population qui est obligée de s'approvisionner à la côte ou de les importer de France ou d'Italie. Une usine de conserves de fruits, oranges, figues, abricots, pêches, pourrait aussi présenter quelque intérêt. De même y aurait-il avantage à exploiter la pierre à chaux et la pierre à plâtre en abondance dans la région ainsi que les schistes ardoisiers qui se trouvent près d'Agourai. D'autant que l'abondance des cours d'eau
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permettrait d'obtenir une force hydraulique à assez bon compte.
Tout un quartier d'ailleurs a été réservé dans la ville nouvelle à une de ses extrémités près de la gare du Tanger-Fès pour les petites industries et plus loin pour les établissements insalubres et dangereux qui seraient placés au sud de la voie ferrée. Cette ville nouvelle s'étend sur un long plateau planté d'oliviers qu'enserrent le Bou Fekrane et l'Ouislam, d'un côté face à la vieille capitale berbère, avec vue de l'autre sur les molles ondulations de la chaîne du Zerhoun. On se trouvait là sur des terrains habous, ce qui a permis d'établir pour l'achat des lots des prix extrêmement bas variant entre i fr. 35 et I fr. 75 le mètre carré. Pour une location de cinq ans le prix est de quinze centimes le mètre carré avec faculté d'achat à quelque moment que ce soit et dans ce cas le montant des loyers payés est défalqué du prix d'achat. Pour rendre possible la vente de ces biens habous inaliénables par principe on s'est servi d'un euphémisme qui rendait la transaction régulière. Ce n'est pas une vente, a-t-on stipulé, mais une mouawada, un échange, échange de terrains contre de l'argent. On avait donc les coudées franches pour répartir les espaces nécessaires aux parcs publics et aux jardins privés et aussi, vu la modicité des prix, pour imposer des servitudes afin de laisser à la ville toute sa beauté. C'est ainsi que dans le quartier de plaisance, le long d'une belle avenue de vingt mètres de large, les villas sont construites en retrait avec un espace de dix mètres de jardins. Et comme on a su conserver les oliviers séculaires qui se trouvaient
sur ce plateau tous les lots ont dans leur jardin des arbres tout poussés.
Les demandes de lots sont examinées par une commission régionale qui statue et attribue les lots provisoirement. Quand il y a plusieurs concurrents pour le même lot on décide d'après l'importance des constructions qui doivent être édifiées. Des délais suffisamment longs tempèrent l'obligation de construire et laissent toutes facilités aux acquéreurs qui s'engagent en plus à planter et à entretenir sur leurs lots deux arbres par cent mètres carrés de la surface totale des terrains non bâtis. En janvier 19 19, il y avait déjà cinquante immeubles bâtis et cent cinquante demandes étaient enregistrées. La rareté des logements dans la ville indigène a de suite assuré une clientèle à la ville nouvelle. D'autre part il n'y avait pas la même difficuté qu'à Fès où la ville indigène très importante par son négoce est un attrait permanent. Ici le commerce fait surtout par les musulmans et les israélites n'attire pas nécessairement les Européens qui la plupart sont entrepreneurs ou agriculteurs. Le camp militaire en bordure de la ville nouvelle assure au commerce de détail un débouché immédiat pour ses marchandises et aux propriétaires de villas ou d'immeubles à appartements des locations certaines avec les officiers. La route de Meknès à Fès qui passe devant la gare relie les deux villes, distantes l'une de l'autre de quelques centaines de mètres seulement.
Une large voie ombragée fait communiquer entre eux les différents quartiers, le quartier de plaisance, le quartier du commerce et le quartier industriel. Dans la partie
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commerçante les immeubles avec boutiques ouvriront sur une avenue et elles seront desservies en arrière par deux rues de service où se fera la manutention des marchandises. La ville tout entière sera pourvue d'un système complet d'égouts. Quant aux besoins en eau potable, ils sont largement assurés par une source excellente qu'on a captée à quelques kilomètres de la ville. On se préoccupe d'amener les eaux d'une autre source pour permettre d'arroser les cultures. Tous les travaux de voirie sont exécutés aux frais du Protectorat sans que les habitants de Meknès aient à participer en quoi que ce soit aux dépenses. Différents services doivent être transférés sur !e plateau de Ras Aghil, la Recette des Finances, le Service des Travaux Publics, des Domaines, et tous les services publics sont prévus ou en voie d'exécution : Services municipaux, Commissariat de police, Écoles, Église, Bureau de poste, Marché, Etablissement de bains modèle. Une demande de terrains a été faite par une entreprise hôtelière. Il est à souhaiter que celle-ci donne suite à son projet, car il existe bien un petit hôtel près de la gare récemment construit et d'un confort acceptable, mais il est insuffisant pour le mouvement touristique qui ne manquera pas de se développer au Maroc et il faut à Meknès un bon hôtel assez spacieux pour recevoir les voyageurs et les retenir en leur évitant le pénible séjour des hôtels de la rue Rouamezine.