‹ Au Maroc; Casablanca, Rabat, MeknèsChapitre 13 sur 17 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le Zerhoun

Ruines romaines de Volubilis. — Cité sainte de Moulay Idriss. — Vignes et oliviers. — Petits villages.

Au nord de Meknès se dresse l'îlot montagneux du Zerhoun avec ses petits villages blancs perchés à mipente, ses bois d'oliviers, ses vergers et ses vignes, et, cachée dans une gorge sauvage, la cité sainte de Moulay Idriss. On s'y rend par la piste carrossable qui mène à l'ancienne ville romaine de Volubilis, le Ksar Pharaoun des indigènes, à 27 kilomètres de Meknès. Située sur un long plateau de forme elliptique défendu à l'Est et à l'Ouest par deux profonds ravins et baigné air-Sud et au Sud-Est par l'oued Pharaoun, l'antique cité romaine commandait les deux grandes voies du Zegotta et du Sais. Elle était entourée d'une enceinte flanquée de tours rondes d'un développement de 4 500 pas et quatre portes y donnaient accès. On y contemple des places et des rues, des maisons, dont une admirable avec un bassin circulaire et de nombreuses colonnes, des bases de statues, de ravissants chapiteaux, des fontaines, Yarea du Forum,

Zerhoun. — Volubilis. — Ruines du temple

Zerhoun. — Moulay Idriss

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et, dominant tout l'ensemble, deux monuments imposants, l'Arc de Triomphe de Caracalla et la Basilique.

Décrites déjà en 1721, par le voyageur anglais John Windus, plus tard en 1874 par Charles Tissot, ministre de France à Tanger, ces ruines furent l'objet de minutieuses recherches de la part de M. de la Martinière de 1888 à 1890. La grande campagne de fouilles fut inaugurée en mai 191 5. Le général Lyautey tint à ce que ces fouilles fussent poursuivies en pleine guerre et, un an plus tard, il décidait d'y affecter une partie des prisonniers allemands mis à sa disposition. Ce fut là de sa part non seulement un beau geste de chef protecteur des beaux-arts, mais encore un acte de profonde politique de montrer aux indigènes que la France, malgré la lutte meurtrière à laquelle on l'avait contrainte, était assez forte, assez prospère, pour se livrer aux travaux les moins belliqueux, et d'y faire participer précisément nos ennemis, dont la présence au Maroc comme prisonniers venait détruire toutes les légendes concernant la supériorité de l'Allemagne semées parmi les indigènes par des espions à la solde de celle-ci. Lorsque les prisonniers allemands eurent quitté le Maroc où ils étaient grassement nourris et traités avec la plus généreuse bienveillance, les travaux de Volubilis ne furent pas interrompus. Ils se continuèrent avec une équipe d'ouvriers indigènes sous la direction éclairée d'un archéologue éprouvé, ancien membre de l'École française de Rome, blessé sur le front de France, et qu'on eut l'intelligence de placer là où il pouvait rendre le plus de services. C'est ainsi que, grâce à la science et à lai persévérance de M. Louis Cha-

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telain, l'antique cité romaine était peu à peu reconstituée et que surgissaient de ses décombres des monnaies, des stèles votives, de menus instruments de la vie privée, d'admirables fragments de statues et d'exquis objets en bronze, comme le fameux chien retrouvé dans une des boutiques aux abords de la place de l'Arc-de-Triomphe.

C'est vraiment un beau spectacle que les vestiges de ces édifices solides et grandioses, témoins glorieux de la puissance romaine venue s'affirmer jusque dans cette lointaine partie de la terre d'Afrique. Quel plaisir, quelle émotion profonde on éprouve à se promener par les deux grandes voies principales traversant toute la ville du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, le Cardo maximus et le Décumanus maximus bordé de chaque côté par un portique, à revivre parmi toutes ces pierres éboulées l'existence de cette florissante cité en errant sur la grande place dallée du Forum, en passant devant des seuils de boutiques ou de maisons d'habitation dont on retrouve la belle ordonnance et le luxueux confort : « vestibules, cour, atrium 5 avec l'une des colonnes qui supportaient le com-pluvium et le bassin (impluvium) où l'on recueillait l'eau de pluie ; au fond, la grande pièce de réception (tablinum) qui est pavée en mosaïque et décorée de fresques ; de part et d'autre de la cour, des pièces ».

D'après les inscriptions relevées et déchiffrées par M. Châtelain, « il faut faire remonter au premier siècle de l'ère chrétienne les origines de la splendeur de Volubilis ». L'Arc de Triomphe, dont il ne reste plus que les piliers et la naissance de la voûte, ne fut construit que plus fard au itt8 siècle, sous Caracalla, par le gouverneur

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de la province Marc-Aurèle Sebastene. L'autre monument est la basilique, « c'est-à-dire un vaste édifice où les magistrats rendaient la justice, mais, surtout dans une ville de moyenne importance, — et il n'y a jamais eu, en Tingitane, de très grande ville, — ■ la basilique était plus qu'un simple palais de justice. Elle devait abriter les réunions des duumvirs ou principaux magistrats de la cité, mais aussi les assemblées des décurions ou conseillers municipaux. » D'après une inscription découverte par M. de la Martinière, cette basilique serait le « temple orné de portiques » construit sous Antonin le Pieux. Sur la partie occidentale de la Basilique un large escalier de quatre marches mène au Forum, où se concentrait la vie de toute la cité, où l'on venait entendre des discours ou les proclamations impériales, où l'on se réunissait pour traiter des affaires ou simplement rencontrer ses amis et échanger avec eux de graves nouvelles ou de menus faits divers. Les jours de pluie ou d'extrême chaleur on se réfugiait sous les portiques de la Basilique.

(( Le Forum, précise M. Châtelain, s'étend à l'Ouest de la Basilique sur une longueur d'environ quarante mètres et sur une largeur de soixante ; encore faut-il observer qu'il se compose de deux petites places, celle qui est située au bas des marches de la Basilique, et d'une autre à l'Ouest de l'impasse et des salles non déterminées, sans doute des bureaux qu'on aperçoit en contrebas. Au Nord, le Forum est bordé par une large voie décumane ; au Sud, par la voie d'accès et par un escalier ; " l'Ouest, par de grandes pièces qui paraissent bien avoir

été des horrea, c'est-à-dire des greniers ou des magasins destinés à contenir des vivres en réserve. »

Tout en dégageant les rues pour découvrir l'exacte topographie de la ville, en mettant au jour les édifices, on a retrouvé de nombreux objets d'art dont certains d'une réelle beauté : deux mosaïques d'une facture agréable et amusante représentant l'une un tableau de pêche, l'autre une scène de cirque ; des fragments de marbre blanc, deux poignets et deux mains d'un modèle parfait, l'une tenant un oiseau, l'autre le fruit qu'elle lui tend à becqueter, une petite Vénus en ivoire. Les plus beaux objets sont en bronze : un bras de statue plus grand que nature provenant sans doute « de l'image d'un dieu ou d'un empereur », un jarret de cheval « appartenant, selon toute vraisemblance, au groupe qui surmontait l'Arc de Caracalla », un pied de jeune femme ou de jeune fille « d'une pureté classique et d'une grâce achevée ». D'autres sont admirables pour leur vigueur : un bras cie fauteuil terminé « par une gueule de lion entr'ouverte, hargneuse, hostile, d'une remarquable énergie », une statue d'Hercule venant de terrasser le lion de Némée. « Il est debout, fièrement campé, le corps appuyé sur la jambe gauche, la jambe droite légèrement infléchie en arrière. Le bras droit est écarté, la main grande ouverte. Le bras gauche, replié, tient la massue et porte la dépouille du lion. » Enfin le chien, pur chef-d'œuvre, d'une intensité de vie prodigieuse, la tête basse, ramassé sur ses pattes, prêt à bondir. « Nous sommes, dit M. Châtelain, en présence d'une des œuvres les plus typiques de

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la sculpture antique, et, ce qui en augmente la valeur au delà de toute comparaison, l'on ne possède, l'on ne connaît nulle part dans toutes les collections d'oeuvres grecques ou romaines, d'animal de cette taille et de ce mouvement. »

Des fouilles récentes, particulièrement fructueuses, ont amené la découverte de nouveaux objets d'art. Nous avons* eu la joie de les voir, entre autres une gracieuse statue de marbre, brisée en morceaux mais complète, un délicieux petit Cupidon en bronze et une ravissante tête de cheval également en bronze, délicate figurine merveilleuse de finesse et d'expression, mais nous tenons à laisser à l'heureux archéologue le soin de décrire le premier ses trouvailles avec toute sa science et son art à préciser les détails curieux ou intéressants.

Dans le creux du vallon que surplombe Volubilis, entre cette ville et le Zerhoun, une huilerie moderne vient d'être installée par un colon français. Placée près d'un bouquet d'arbres et de roseaux elle est d'une allure discrète et ne dépare pas le paysage ni du côté des ruines ni du côté de la montagne. La cité sainte de Moulay Idriss se dresse là toute proche à quelques kilomètres de Volubilis, perchée sur un piton rocheux dans un cirque pittoresque de montagnes recouvertes d'oliviers. Les maisons se pressent sur un grand cône, montent par étages successifs jusqu'au sommet, le couvrent tout entier, puis grimpent sur les versants du ravin, s'accrochent par grappes au flanc d'une immense falaise. Du faîte de celle-ci le panorama, est grandiose. La ville grise s'étale en un double mouvement de vague prodigieuse, bordée

d'un côté par une gorge profonde où coule un torrent d'eau claire. En haut du piton se détache étincelante la masse blanche à toiture verte du mausolée où repose le saint chérif , fondateur de la dynastie Idrissite, la première qui régna sur l'empire du Maghreb. Venu de l'Yémen à la suite de dissentiments avec le prince des musulmans de l'Hedjaz, Moulay Idriss ben Abdallah ben Hassan ben Ali, descendant d'Ali et de Fathma, la fille du Prophète, arriva dans ces régions vers 788 de notre ère. Accueilli par le chef de la tribu des Aouraha, il resta quelque temps avec celui-ci à Oualili (Volubilis) puis, après avoir groupé autour de lui un certain nombre de tribus, il transporta sa capitale à Moulay Idriss où il mourut en 793 et où il fut enterré. Aujourd'hui encore la vénération des indigènes pour le pieux sultan fondateur de l'empire maghrébin est telle que pour eux sept visites au tombeau de Moulay Idriss équivalent à un pèlerinage au tombeau du Prophète. Des murailles font le tour de la ville dans laquelle on pénètre par cinq portes : Bab el Hadjar, Bab Béni Yazra, Bab Fekra, Bab Aïn Redjal, Bab Khiler. Plusieurs sources abondantes jaillissent dans le massif montagneux de Toumrat qui fait partie de l'immense amphithéâtre, et à côté de la cité sourd l'Aïn Hamma, source d'eau chaude, auprès de laquelle on retrouve les traces d'une piscine romaine.

La population se monte à près de neuf mille habitants, composée en grande partie de chorfas appartenant aux différentes branches descendant du fondateur de la ville, Drissiyine, Haalaouine, Haalamine, et à d'autres familles venues se réfugier auprès du saint

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mausolée : Oukiline, Zaimiyine, Boukiline, Khettadine, Hadjamine. La plupart s'adonnent à l'agriculture. Centre commercial assez important, Moulay Idriss dessert la majorité des petits villages, une trentaine, disséminés dans le Zerhoun. Plusieurs négociants Fasis y possèdent des boutiques bien achalandées. Le sucre, dont l'importation annuelle varie entre 1 500 et 2 000 sacs contenant chacun 32 pains de deux kilos, le thé, environ 500 caisses par an, les bougies, de 600 à 800 caisses par an, viennent de Rabat ou de Casablanca. Les cotonnades, les soieries et les tissus viennent de Fès ainsi que les épices dont l'importation annuelle varie entre 350 et 400 caisses. Pour les exportations, qui souvent dépassent la valeur des importations, Moulay Idriss et la région environnante envoient sur Fès des peaux, des laines et des quantités assez importantes d'huile d'olive, tandis que sur Meknès sont expédiés du charbon, des céréales, des fruits de différentes sortes et surtout des raisins. Aucun israélite n'est admis dans la cité sainte, même pas au grand marché du samedi qui se tient en dehors de la ville sur un petit plateau près duquel aboutit un bel aqueduc que d'aucuns attribuent aux Romains, mais qui réellement fut construit sous Moulay Abd el Aziz,

On ne compte pas moins de deux cent mille oliviers dans le Zerhoun. Beaucoup malheureusement sont atteints de la fumagine et de la pyrale. D'autre part ils n'avaient jamais été soumis à aucune taille. Aussi, dès 1913, la Direction de l'Agriculture avait organisé des équipes de sulfatage et envoyé des moniteurs de taille. Et pendant ces dernières années on a continué chaque

année à montrer .aux indigènes comment devait se pratiquer la taille des arbres, en même temps qu'on les invitait à donner à ceux-ci les soins qui étaient à leur portée tels que le badigeonnage des troncs au lait de chaux. Les indigènes du Zerhoun sont d'ailleurs intelligents et travailleurs et très aptes à comprendre l'intérêt de ces méthodes de taille. Les oliveraies sont soigneusement aménagées en terrasses et, pour arroser, les indigènes creusent au pied de l'arbre, mais d'un seul côté, une cuvette d'où le trop plein s'écoule par une rigole. Ils ont le soin, de fumer, mais ils négligent la précaution de mélanger le fumier à la terre. L'olive la plus répandue est la grosse olive de Tlemcen. On rencontre aussi l'olive de Séville et quelques olives verdales. On choisit les plus beaux fruits pour les mettre en conserve, préparés au sel et au citron. Pour la. fabrication de l'huile toutes les qualités sont mélangées. Il existe plus d'une soixantaine de moulins à huile tant à Moulay Idriss que dans les différents petits villages, d'un outillage très rudimentaire, se réduisant à une meule tournée par un cheval ou un mulet. Ils appartiennent presque toujours à plusieurs propriétaires. La coutume considère ces pressoirs comme des établissements d'utilité publique et les propriétaires indivis d'un moulin n'ont pas le droit de s'opposer à son utilisation par gestion directe ou par location. D'autre part nul ne peut les contraindre à sortir de l'indivision. Avec des procédés aussi primitifs le rendement est forcément assez médiocre. D'après les indigènes, un kedib d'olives .donne un rendement moyen à la première presse de huit goullas d'huile. Le kedib contient trente-

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six mouds. Or on calcule que trois mouds Zerhouni d'olives pèsent soixante-quinze kilos, et que la goulla Zerhouna contient environ vingt-huit litres. Donc neuf cents kilos d'olives donneront en moyenne au pressoir indigène deux cent vingt-quatre litres d'huile. Le propriétaire qui envoie ses olives au moulin paie la fabrication de son huile en nature. Il verse par kedib d'olives trois quarts de goulla d'huile répartis de la façon suivante : un quart va au propriétaire du pressoir, un autre au propriétaire de ranimai qui fait tourner le manège, lequel est le plus souvent le même que le précédent, et le troisième quart est distribué aux aides. Généralement les propriétaires d'olives reprennent les grignons pour les employer comme combustible soit pour les usages ménagers, soit pour chauffer les fouis à chaux. Mais auparavant ces grignons sont repassés au pressoir et cette seconde opération fournit une huile médiocre à raison de huit à neuf goullas d'huile pour une dizaine de kedibs de grignons. Un pressoir à huile à un manège permet de traiter un kedib d'olives en trois jours, ce qui donne environ dix hectolitres d'huile en douze jours. Dans les années moyennes, les pressoirs fonctionnent presque sans interruption depuis le mois de mars jusqu'à celui de juillet.

Massif montagneux compact et homogène dont les points les plus élevés atteignent i ioo mètres, mais dont l'altitude; moyenne reste au-dessous de 700 mètres, }e Zerhoun, placé entre les routes du' Nord par le col de Zegotta et le Sebou et la route du Sais au Sud, a échappé à l'œuvre destructrice des invasions vandales et arabes.

A l'origine et à l'exception de l'îlot de MouLay Idriss, La, population de tout le Zerhoun était berbère. Les Zerhana actuellement sont musulmans et forment un groupement d'environ trente-cinq mille habitants, actifs, industrieux, très attachés à leur sol. Ils sont la plupart autochtones avec un apport assez considérabe de Riffains adaptés aux coutumes arabes. Une partie est encore bcrbérophone, mais la majorité est arabophone, principalement dans les villages adossés au versant Sud du massif. Cette bordure méridionale du Zerhoun est, d'après le professeur Gentil, « formée par une épaisse assise, de grès siliceux grossiers et de dolomies en bancs réguliers, plissés en un large pli anticlinal dont les deux flancs sont déversés, l'un vers Meknès, l'autre vers la zaouia de Moulay Idriss ». Une trentaine d'agglomérations plus ou moins importantes sont éparpillées tout le long sur le rebord du massif, quelques-unes à l'intérieur. Au Nord : Kermet, Skhirat, Béni Amar ; au Nord-Est : Oulad Youcef, Talaghza, Kelaa, Lamaa, Sidi Mejaide, Drisit ; au Sud, les hameaux de Sidi Abdallah ben Taariz, Larouche, Labiline, et, groupés à peu de distance l'un de l'autre, presque sur la même ligne, les villages florissants de Moussaoua, Mrassine, Hamraoua, Béni Ourad, Kelaa, Béni Jenad, Sidi Ali Hamdouch où repose le fondateur de la fameuse confrérie des Hamadcha, Béni Rached.

Le Service des Renseignements a fait aménager et recouvrir pour les préserver de toute souillure un certain nombre de sources, Aïn Aghebal, Aïn Jajaouine, Aïn Moussa. Il fait aussi construire par les indigènes eux-

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mêmes une belle route, dont une partie est déjà terminée, tournant tout auteur du massif et desservant tous ces villages et hameaux. Carrossable pendant la bonne saison, même pour les voitures automobiles, elle sera une agréable et intéressante promenade pour les touristes venus de Meknès visiter Les ruines de Volubilis et la cité sainte de Moulay Idriss. Entre Moulay Idriss et la grosse bourgade des Béni Amar5 sur une distance de près de dix kilomètres, elle suit de fraîches vallées verdoyantes, puis elle longe la: montagne à flanc de coteau avec des aperçus superbes sur la grande plaine des Cherardai que traverse la route de Fès à Petitjean et Kenitra par le col de Zegotta avec dans le lointain les hautes montagnes du Riff et sur la plaine du Sais s'étendant jusqu'aux portes de Fès. Elle tourne ensuite pour aller traverser les coquets petits villages qui brillent à mipente face à la vaste étendue au milieu de laquelle s'allonge la capitale de Moulay Ismaël et rejoindre la route de Meknès vers Petitjean.

A cheval on peut quitter la route à Ain Aghebal pour se diriger tout droit à travers la montagne vers le bourg haut perché de Talaghza. Le paysage est magnifique. A un instant on suit des gorges étroites et très escarpées, creusées dans la roche, où coule un oued rapide bondissant de cuvette en cuvette. A un tournant, brusquement, resplendit la traînée blanche d'une double cascade se précipitant de deux tables superposées à dix mètres l'une de l'autre. Talaghza est construit sur un promontoire rocheux au pied du tombeau du marabout Sidi Abdallah El Khayat. Ce cheikh, alors qu'il vivait là, isolé

dans sa zaouia, dit un jour à son entourage : « Les Mérinides conserveront le pouvoir tant que je resterai sur terre. » Lorsqu'il mourut en 1527 de notre ère, le prince mérinide qui régnait à Fès et à Meknès eut grand'peur de voir le pouvoir lui échapper et, interprétant les paroles de Sidi Abdallah, il donna l'ordre de ne pas creuser de tombe au marabout mais de simplement recouvrir son corps après l'avoir déposé sur le sol.

De ce point culminant la vue s'étend très loin, jusqu'aux murs de Dar Debibagh, au delà desquels miroitent les cimes neigeuses des montagnes des Béni Ouaraïn. Toute cette région du Zerhoun est très riche, plantée d'oliviers et de vignes alternant avec des champs de céréales, abondamment pourvue d'eau par des sources et les nombreux oueds qui sur tous les versants descendent du sommet vers la plaine par des vallées inclinées en pente assez douce. De Talaghza on continue à traverser la montagne vers la bordure méridionale du massif. C'est d'abord un vaste plateau couvert d'excellents pâturages, puis une large vallée où paissent de nombreux troupeaux qui vient s'arrêter au pied d'une haute falaise. On monte légèrement pour redescendre sur le versant Sud vers Moussaoua et ce ne sont plus que figuiers et d'innombrables pieds de vigne qui font la richesse du Zerhoun.

On en compte, en effet, près d'un million. La nature du sol, l'exposition des versants des différents coteaux constituant le massif ont favorisé ici l'extension de cette culture qui est particulièrement en honneur chez les indigènes. Il existe jusqu'à huit variétés de vignes cultivées

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au Zerhoun. La variété la plus répandue et la plus résistante, d'une production très régulière, est Y El Bakir , raisin blanc rappelant beaucoup le chasselas. Une autre variété résistante assez répandue est le tafourialt, raisin noir, de grosseur moyenne, donnant de belles grappes d'une saveur très agréable. Il ressemble, en mieux, à 1 aramon. Le sebaa benat est un raisin blanc à grains allongés et assez clairsemés sur la grappe. Son goût est légèrement aigrelet. Le bent el khaiat est un raisin noir à petits grains ronds très serrés sur la grappe. Le Uni au contraire a des grains énormes allongés. C'est un raisin de luxe, noir, très juteux, mais à peau assez épaisse. II donne des grappes splendides pesant jusqu'à une livre et davantage. Uahtneur bou ahmeur, à grains rosés allongés, a les mêmes caractéristiques que le tint pour la saveur, l'épaisseur de la peau et la dimension des grappes. \Jel muski est un raisin muscat de belle qualité présentant le même aspect que les deux précédents. Ces trois variétés ne sont pas très répandues) et il n'y en a que quelques centaines de plants cultivés près de Moulay Idriss et dans les villages de Moussaoua et de Mrassine. Ce sont des raisins de table excellents. Enfin Vel harriri ou Aïn Maza est un raisin noir, à grains ronds serrés, ne donnant que de petites grappes et qui sert surtout pour faire du vinaigre.

Les plants produisent uniformément dès la troisième année. Dans presque toutes les localités du Zerhoun, les indigènes ont la coutume d'araser complètement le plant la quatrième année et ils recouvrent alors les ceps de mottes de terre. Ils prétendent que cela donne de la vi-

gueur à la racine. La cinquième année, ils coupent les sarments et n'en laissent que quatre ou cinq par cep, puis taillent à deux ou trois yeux. On a remarqué que les plants ne subissant pas l'arasement la quatrième année ont une production très abondante les trois années qui suivent mais ils déclinent ensuite très rapidement tandis que les autres continuent à produire de manière constante beaucoup plus longtemps. D'après les indigènes, il n'y aurait au Zerhoun aucune maladie de vigne et un officier des Renseignements qui a étudié cette question déclare en effet n'avoir personnellement constaté aucune trace de maladie cryptogamique.

Les indigènes ne vendent pas seulement leurs raisins frais, ils pratiquent aussi la préparation des raisins secs fsbib). Ils se servent de bassines percées de trous dans lesquelles ils disposent un lit de cendres de paille de pois chiches mélangées avec de la chaux. Ils font passer de l'eau sur ce lit et trempent ensuite les grappes dans cette eau à laquelle ils ajoutent quelques gouttes d'huile afin de conserver aux raisins de l'onctuosité. Puis ils les font sécher.

Pour les trois premières variétés qui sont les plus répandues, la production moyenne annuelle est de dix kilos au minimum pour des ceps âgés ide cinq à dix ans. Il faut donc quatre à cinq pieds de vigne pour constituer une charge de raisins que les indigènes appellent hamel. Ces raisins sont transportés à dos de mulet dans des sïlla, paniers en osier, et amenés sans être nullement abîmés à Meknès où ils trouvent toujours un prix avantageux. On voit quel essor est réservé à ce vignoble du

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Zerhoun, auquel il faut absolument conserver sa caractéristique de raisin de table, lorsque le Tanger-Fès qui aura une station à proximité de Moulay Idriss permettra de diriger sur Tanger l'excédent de la production et qu'avec des lignes commerciales rapides ces raisins pourront arriver en parfait état de fraîcheur sur les marchés de Rabat et de Casablanca.

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