INDUSTRIE I4S
Or, la région de Fès possède environ 400000 oliviers appartenant soit à des particuliers, soit au Maghzen, soit à l'administration des biens habous. Pour les olivettes maghzen de la banlieue, les olives sont vendues sur pied chaque année et aux enchères publiques. Elles sont réparties en un certain nombre de parcelles qui, toutes, font l'objet d'une adjudication séparée et vont généralement à des adjudicataires différents. Les biens habous qui possèdent de très nombreuses propriétés vendent leurs récoltes dans les mêmes conditions. Il est fait aussi quelques locations à long terme.
On voit donc qu'une oliverie moderne qui viendrait s'installer à Fès trouverait sur place les matières premières nécessaires en même temps que l'écoulement assuré de ses produits. Elle aurait sur les moulins indigènes l'avantage d'un rendement supérieur et livrerait à la consommation des produits infiniment meilleurs. Elle pourrait, en outre, par la surpression des grignons provenant des moulins indigènes, obtenir à peu de frais une huile qui, une fois améliorée, serait certainement recherchée en raison de son bas prix. Enfin, pour le travail à façon, elle serait à même de satisfaire rapidement les demandes des propriétaires tout en leur donnant un rendement plus élevé et une qualité supérieure, considérations qui, peu à peu, feraient tomber les préjugés les plus enracinés.
Quant aux résidus d'huile restés dans le fond des
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fosses, les indigènes les recueillent pour fabriquer le savon mou brunâtre que l'on trouve dans tous les souqs et qui sert au lavage général dans les habitations, au foulage de la laine pour la fabrication des feutres, ainsi qu'à toutes sortes d'usages vétérinaire ou médical. Ils font brûler des cosses de fèves ou de pois chiches qu'on trouve en grande quantité, puisque ces légumes forment le fonds de l'alimentation marocaine, et qui possèdent beaucoup de potasse. Ils en recueillent les cendres et font une lessive pour en tirer cette potasse qu'ils mélangent avec les fonds d'huile dans des cuves spéciales. Ils enlèvent les croûtes formées à la surface par l'ébullition, les mélangent de nouveau avec de la graisse de mouton et procèdent à une seconde cuisson aûn d'obtenir la saponification.
Ce sont les méthodes qu'ils employaient jadis, qu'ils avaient abandonnées et auxquelles ils ont dû revenir par suite de la guerre. Il y a sept ou huit ans en effet, une maison allemande avait lancé sur le marché de l'acide potassique pour remplacer les lessives de cendres et n'avait pas hésité à faire venir un ouvrier spécial pour apprendre aux Marocains à se servir de ce produit. Ceux-ci, d'ailleurs, l'adoptèrent très rapidement, car il leur revenait meilleur marché et, sous un faible volume, représentait un degré de potasse bien plus élevé. En outre, le dosage était plus exact et se faisait sans tâtonnement.
A maintes reprises on a essayé d'introduire du
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savon mou de Marseille. Ce fut toujours en vain et il faut chercher la raison de cet insuccès dans la conviction de la population musulmane que le savon mou français est fabriqué avec de la graisse de porc, animal déclaré abject par le Prophète.
Industries du bâtiment
Construction. — Décoration. — Zellijs. — Sculptures sur plâtre et sur bois. — Peintures.
Dans la Médina, à part les deux grandes artères descendant de Bab Mahrouq et de Bab Bou Jeloud vers les souqs de la Qaiçarya, c'est un dédale de rues étroites et sombres, coupées d'impasses, enchevêtrées les unes dans les autres, avec une série de brusques tournants à angle droit qui surprennent et déconcertent, bordées de hautes murailles grises et nues, sans alignement, percées par de rares fenêtres grillagées et haut placées, égayées de temps à autre par de gracieux qoub, sortes d'échauguettes en bois oii s'attarde parfois la curiosité d'un œil noir qui brille. Obligés de cacher aux regards du public leurs multiples compagnes permises par le Coran et soucieux aussi de ne rien laisser voir de leur existence intime, les Marocains ont, pour ainsi dire, adossé leurs maisons à la rue et en ont tourné la façade vers l'intérieur.
l5o CHAPITRE VIII
Toutes leurs demeures sont du même genre et ne varient que par leurs proportions. Le motif principal est une cour carrée ou rectangulaire avec une vasque ou un bassin au milieu oii un clair jet d'eau murmure constamment une douce chanson. On y accède par une massive porte cloutée ouvrant sur un tortueux couloir à deux ou trois coudes, afin de permettre aux femmes de se réfugier vivement dans leurs appartements à l'annonce d'un visiteur. Tout autour court une large galerie rehaussée d'arcs et de colonnades sur laquelle s'ouvrent les pièces principales de l'habitation, toujours très hautes de plafond à cause de la chaleur, s'éclairant par une grande porte en bois encadrée quelquefois par deux baies très basses, ornées de grilles en fer forgé. Un des côtés est toujours réservé à une fontaine en mosaïque encastrée dans la muraille d'où l'eau jaillit par une ou plusieurs bouches en cuivre, pour s'écouler dans un étroit bassin en maçonnerie également recouvert de carreaux de faïence.
Aux étages, la disposition est semblable et les appartements prennent jour de même, sur une galerie circulaire ornée de colonnes et de balustrades en bois tourné; mais, tandis que, dans les maisons riches, on se protège des rayons du soleil par de somptueuses tentures accrochées aux arceaux du rezde-chaussée, dans les maisons plus modestes, où la cour carrée est de petites dimensions, celle-ci est fermée en haut par une grille sur laquelle sont étendus des roseaux. Les services généraux, cuisine, pièces