‹ Au Maroc; Fes, la capitale du NordChapitre 17 sur 27 · INDUSTRIE DU BATIMENT · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DU BATIMENT

pour les esclaves, hammam, se trouvent en arrière de l'habitation principale et communiquent par un couloir, souvent très long.

Dans les constructions dites maghzenia, appartenant à de hauts personnages, il n'y a pas d'étage au-dessus des chambres dont le plafond atteint jusqu'à 8 mètres de hauteur. Les pièces se trouvent dans deux corps de bâtiment reliés par un mur élevé et situés à chaque extrémité d'une cour rectangulaire pavée en mosaïque ou avec des dalles de marbre blanc et noir séparées parfois par une mince bande de carreaux de faïence, sur lesquels glissent sans bruit les fines belghas des visiteurs venant s'entretenir avec le maître de la maison nonchalamment étendu sur de moelleux matelas, accoudé sur de précieux coussins de soie, dans une des chambres principales se faisant face et auxquelles donnent accès de hautes et lourdes portes en bois de cèdre richement enluminées ou finement sculptées, précédées de massives, mais gracieuses colonnades. Le riad comporte une autre disposition spéciale. Deux grands pavillons rectangulaires se font vis-à-vis, séparés par un jardin dont les allées surélevées et revêtues de carreaux de céramique multicolores tracent un chemin reluisant au travers d'arbres fruitiers et de corbeilles de fleurs disposées au hasard. Quelquefois aussi, les Marocains opulents font édifier près de leur habitation une mesria, ou pavillon séparé, de deux ou trois pièces dont la décoration est particulièrement soignée et où ils peuvent, grâce à une

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porte et à un escalier spécial, recevoir leurs visiteurs sans que ceux-ci pénètrent les secrets intimes de leur hôte.

Ce plan fort simple ne nécessite pas des connaissances très approfondies dans l'art de bâtir. Aussi n'existe-t-il pas d'architecte. Jadis, pourtant, il y en avait quelques-uns, des mouhendis , pour les palais du sultan et des hauts personnages de la cour. Ils cohnaissaient le dessin et surtout savaient fort bien, sur le chantier, indiquer les justes proportions dont ils avaient appris la technique sur des œuvres anciennes. Ils étaient assistés d'un mâlUîn kebir qui correspondait à peu près à notre maître de l'œuvre du moyen âge ; au courant des procédés de tous les corps d'état, il dirigeait les travaux et s'occupait en même temps des approvisionnements de matériaux.

Celui-ci a disparu à son tour et actuellement, lorsqu'un Marocain veut faire construire, il se charge luimême de ses approvisionnements de briques, de bois, de chaux, de plâtre et de zellijs, morceaux de faïence pour les mosaïques. Il met également de côté la somme d'argent qu'il compte avoir à dépenser. Aussi, voulant toujours profiter du meilleur prix pour ses achats, lui faut-il en certains cas deux ans et même davantage pour acquérir tout ce dont il a besoin. Il construit jusqu'à épuisement des matériaux ou de la somme d'argent, et, s'il s'est trompé dans ses prévisions, il laisse tout simplement la maison dans l'état où elle se trouve, jusqu'à ce qu'il puisse ramasser le

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nécessaire pour reprendre et continuer les travaux; ce qui explique en partie la composition bizarre de certaines constructions. Une fois prêt, il fait appeler un ouvrier maçon et un ouvrier menuisier qui deviennent les deux chefs du chantier, leur explique ce qu'il a l'intention de faire et les charge de recruter d'autres ouvriers. Il implante lui-même la construction avec eux, puis la fait surveiller par des gens à sa solde, et, comme la paye a lieu chaque soir, il n'hésite pas à supprimer une partie du salaire s'il estime le travail fourni insuffisant.

Quand ils rencontrent un sol mauvais pour les fondations, les maçons marocains utilisent des débris de chaux qu'ils pilonnent avec des détritus de cailloux en arrosant à grande eau. Ils ne savent pas maçonner avec le moellon et ne se servent que de briques. Ils n'ont d'ailleurs aucune notion du liaisonnement des murs et ils ont conservé la coutume de travailler à deux pour les murailles d'une certaine épaisseur, chacun montant sa moitié de mur, sans se préoccuper nullement l'un de l'autre et sans s'inquiéter naturellement si, par la suite, le poids provoquera un décollement. Pour les maisons on se sert généralement de briques, parfois cependant pour les murs on emploie le pisé comme pour les remparts et les clôtures. Jadis on mêlait de l'argile et de la chaux grasse et ce mélange d'une dureté extraordinaire a résisté admirablement. Actuellement on a délaissé l'argile trop coûteuse et on se contente d'un conglomérat de cail-

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loux, de gravois et de chaux, celle-ci en assez faible proportion d'ailleurs. Cette tabya est fabriquée dans des coffrages de 2 mètres de long sur o m. 80 de hauteur qu'on pose dans un fossé creusé au préalable et dans lequel on verse le mélange mouillé. Une fois remplis, les ouvriers montent dessus et pilonnent cette pâte avec des masses appelées merkez, tout en chantant, afin de pouvoir conserver la cadence, une lente mélopée qu'ils répètent inlassablement sur un ton nasillard exaspérant l'oreille la moins musicale.

Le travail terminé pour la première caisse, ils posent dessus deux ou trois poutrelles destinées à recevoir une seconde caisse qu'ils enlèvent une fois pleine en retirant ces poutrelles qui forment dans le mur de gros trous à intervalles à peu près réguliers. Ces trous sont parfois bouchés avec du mortier, mais celui-ci finit par se désagréger et ces ouvertures, rangées symétriquement, font croire tout d'abord à des meurtrières disposées en vue d'une attaque. Cette tabya ne résiste pas aux intempéries comme celle qu'on rencontre dans les constructions anciennes, et elle se dégrade facilement sous l'action du soleil et de la pluie. Pour la préserver il faut donc la recouvrir d'un enduit de chaux grasse, mais comme celui-ci ne tiendrait pas si on l'appliquait après coup, les Marocains ont soin d'enduire intérieurement les coffrages, avec un mortier gras avant de commencer le pilonnage.

Les murs intérieurs sont toujours en briques.

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d'assez mauvaise qualité du reste, faites avec de l'argile mal travaillée et insuffisamment cuite à cause de la cherté du combustible. Toutes les piles sont également en briques, car la pierre de taille, bien qu'il existe des carrières dans le pays, est absolument inconnue, et c'est seulement dans quelques habitations très riches qu'on rencontre des seuils de porte et des rebords de bassin en marbre importé d'Italie. Les enduits se font à la chaux ou en plâtre dans les belles constructions et on blanchit avec de la chaux vive. Quant au bois, on se sert uniquement de bois de cèdre pour les linteaux et les poutres des plafonds. La portée maximum ei^t de 4 mètres. Pour franchir les portées dépassant cette longueur, les Marocains ont deux moyens, soit un arc en briques dont ils se servent très rarement, soit une charpente. Celle-ci se compose d'une sablière traînante sur les murs qui reçoit toutes les poussées des chevrons, en forme de petite ferme faite de deux arbalétriers et d'un tirant. Ils connaissent également la voûte dont ils se servent dans le cas de très grandes portées, en particulier dans la construction des silos^ ces immenses magasins à blé profondément creusés dans le sol, et des oliveries. Ils emploient couramment les voûtes en berceau, à plein cintre, et dans les escaliers ils se servent souvent de la voûte d'arête et de la voûte en arc de cloître. Pour les hammams ils utilisent la coupole sur pendentifs en partant d'un plan carré ou polygonal, généralement octogone.

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Le genre de couverture des maisons est la terrasse, d'une épaisseur de 3o centimètres jusqu'à 60 centimètres pour garantir de la chaleur. Elle est d'une forme étanche et composée d'un mélange de chaux grasse et de gravois tamisé, étendu avec soin puis arrosé abondamment jusqu'à être réduit en boue. Viennent alors les rekasa, dameurs, au nombre de cinq ou six. En s'accompagnant de lentes et monotones modulations, commencées par le chef, reprises en chœur puis répétées indéfiniment, ils tapent sans arrêt, jusqu'à disparition complète de l'eau, avec de petites dames très légères afin de conserver au mélange toute son élasticité. Ensuite on blanchit à la chaux en passant deux couches successives.

Les Marocains tiennent à ce que toutes leurs pièces soient carrées ou rectangulaires, aussi ne se gênent-ils pas, lorsque la configuration du terrain ne se prête pas absolument à leur plan, pour construire au premier étage des encorbellements bizarres en forme de triangle ou de quadrilatère irrégulier, saillants sur la rue à tel point qu'il arrive à deux maisons opposées de se toucher presque et de ne plus laisser passer entre leurs murs qu'un mince filet de lumière. Quant à l'escalier, ils ne s'en préoccupent jamais; on le loge où on peut, souvent dans le coin le plus obscur. Le balancement leur est totalement inconnu. Les marches ont souvent 3o centimètres de hauteur; en outre, des marches de 3o centimètres de largeur succèdent à d'autres placées dans les angles, de forme triangulaire et atteignant

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parfois i mètre de large. Elles tournent autour d'un mur formant noyau et sont construites avec un coffrage en bois rempli de terre et recouvert de zellijs. Quelquefois on rencontre près de l'escalier des recoins éclairés par d'étroites fenêtres grillagées, où l'on pénètre par des portes très basses et où se réfugient les femmes attardées dans leur fuite craignant de se laisser surprendre avant d'avoir regagné les chambres qui leur sont réservées.

Indifférents à l'élégance de la bâtisse, les Marocains réservent tous leurs soins à la décoration; c'est leur véritable luxe pour lequel aucune dépense ne paraît exagérée et de fait, dans cette branche, les artistes fasis sont de véritables maîtres. Le sol des cours, des galeries, de toutes les pièces est recouvert de damiers de zellijs où le blanc alterne le plus souvent avec le bleu foncé, le noir ou le vert. Puis sur les colonnes jusqu'à hauteur de 2 mètres et plus, le long des couloirs et sur les parois des pièces principales, c'est toute une floraison polychrome, un poudroiement d'or et de pourpre, de turquoise, de saphir et d'émeraude, en des dessins compliqués dont les motifs se reproduisent le long des murs ou s'épanouissent en un semis éblouissant d'assemblages géométriques enchâssé dans un carré devant le seuil des portes ou dans les pures lignes de l'arc en ogive outrepassé des fontaines. C'est tantôt un zigzag à mouvement simple, rouge et blanc, tantôt un entrelacs d'hexagones reliés aux extrémités par un trigone, tantôt des rosettes aboutées et groupées par trois, des

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âgures entremêlées, pentagones, trigones et losanges, tout un ruissellement de triangles blancs, noirs, verts, jaunes, rouges et bruns, répartis en étoiles et en rosaces. Et, parfois, au milieu de ces séries de lignes en apparence inextricables apparaît au centre d'une rosace, en lettres noires ou blanches, resplendissant, le nom sacré d'Allah, du Dieu Tout-Puissant dont Mohamet fut le Prophète.

Les mâllem selliji posent eux-mêmes leurs zellijs sur une forme de mortier de chaux grasse de 8 à 10 centimètres d'épaisseur et dament avec une batte en bois aûn de régler la pente et de faire bien pénétrer tous les morceaux de faïence dans le mortier. Les joints sont ensuite coulés au lait de chaux grasse, puis on nettoie avec de la sciure imprégnée d'huile pour donner le brillant. Le même procédé est employé pour le revêtement des parois où les maçons laissent des défoncés dans les murs. Il existe trois numéros de zellijs pour les dessins géométriques, employés suivant le désir du client. Les artistes ne se donnent pas la peine de dessiner un tracé, ils font le relevé au jugé en calculant avec leur main ouverte l'espace à remplir, car, possédant un échantillon de chacun des carreaux différents qui composent la fleur de tel ou tel numéro, ils savent exactement le nombre de chaque espèce de carreaux qui leur est nécessaire. Ils les arrangent sur une grande table en bois, vérifient avec la main si le dessin cadre bien dans l'espace indiqué, et ils rattrapent les manques avec une dextérité extraordinaire.

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Pour les carrelages courants, le travail est payé au mille de zellijs, pour les dessins compliqués, à la journée. Il existe encore à Fès quelques artistes connus dont la réputation est due surtout au nombre d'entrelacs qu'ils connaissent. Certains taillent eux-mêmes les zellijs, mais la plupart font faire ce travail par des manœuvres qui brisent les carreaux avec un marteau tranchant à large tête en suivant les lignes du dessin tracé dessus.

C'est à l'ombre des oliviers séculaires de Gueraouaroua, dans le quartier spécial des potiers de Bab Fetouh, que sont les vingt-sept mâllem occupés à la fabrication de ces petits carreaux qui valent 45 pesetas le mille, 55 les plus beaux. Les mottes d'argile sont brisées, arrosées et pétries avec les pieds, puis découpées en carrés très grossiers. Ceux-ci sont mis à sécher au soleil pendant deux ou trois jours et emmagasinés dans une cave pour les laisser ressuyer. On les bat alors avec une petite masse en bois et avec un couteau, on en fait des carrés uniformes de 10 centimètres de côté et de i3 millimètres d'épaisseur. Ceux-ci sont empilés à l'ombre afin d'éviter qu'ils se déforment pendant qu'ils sèchent, puis portés au four construit avec une espèce de pisé d'argile et de débris de briques ou de tuiles, enduit d'une couche de marne et percé au sommet d'une ouverture par où s'échappe la fumée. A leur sortie, ils sont émaillés, sans pinceau, par le simple contact de la face plane avec un bain très liquide coloré de diverses façons.

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Pour l'émail blanc, abiad^ on se sert d'un émail stanifère qui comprend du sable siliceux venant des environs de Meknès, extrêmement un et très blanc, comparable à celui de Nevers, et, employé à l'état d'oxyde, du plomb et de l'étain lequel donne une teinte blanche et opaque.

Comme colorants, on fait usage d'oxydes métalliques divers trouvés dans le pays même : manganèse pour les noirs et violets foncés, fer pour les jaunes bruns, antimoine pour les jaunes citron, cuivre pour les verts; pour les bleus on se sert de cobalt d'origine anglaise.

Malheureusement certaines nuances délicates ou brillantes des mosaïques anciennes, le bleu turquoise et le violet aubergine, ne se font plus actuellement. D'autre part, les teintes ne sont plus aussi claires, aussi franches que jadis. Enfin, l'habileté des décorateurs diminuant en même temps que le goût des amateurs devient plus facile à satisfaire ou qu'ils sont moins disposés à la dépense, on ne trouve plus aujourd'hui la même variété de formes de carreaux qu'autrefois. Chacune de ces formes a son nom et se fabrique en une ou plusieurs couleurs suivant le rôle qu'elles doivent jouer dans la composition du dessin. L'étoile à douze pointes et vingt-quatre côtés s'appelle thnâchery la croix à branches égales terminées chacune en pointe qabarchoun ce/ir ou kebir selon que la longueur de pointe à pointe est de 2 cm. 8 ou de 3 ctn. 8; le carré à côtés curvilignes concaves, El Fasi. Le vocable zellaij

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(Vet-Testir désigne une série de formes assez irrégulières, servant par leur assemblage à dessiner des rosaces à entrelacs compliqués : hexagone irrégulier, losange, octogone à angles rentrants et sortants, hexagone avec un grand côté convexe. La cherrafa, qui sert de feston, est une sorte de merlon à contours mixtilignes. On en fait en blanc et en noir ou bleu foncé et on les dispose renversées et aboutées deux à deux en guise de frise à deux teintes pour couronner les soubassements en mosaïque qui recouvrent les murs jusqu'à hauteur d'appui ou au pied de ceuxci en guise de plinthe.

C'est dans la sculpture sur plâtre surtout que les sculpteurs fasis se -montrent de réels artistes d'une habileté consommée. Donnant libre cours à leur fantaisie, \qs guebbâs parent les corniches et les chapiteaux des colonnes, les arceaux, les chambranles et les entablements des portes de semis réguliers de fleurs stylisées et d'assemblages géométriques, de rinceaux foliacés ou florescents, où la ûnesse et la pureté du trait rehaussent l'élégance et la grâce sobre des figures, si minutieusement fouillées, si discrètement enluminées, qu'on les dirait brodées d'or et de soies d'un délicat chatoiement. De larges frises courent au-dessus des panneaux de mosaïques, autour des plafonds; les dessins s'y succèdent variés ou répétés sans cesse, avec leur physionomie immuable où le regard se perd, dentelle merveilleuse où la piété des artistes accroche parfois en caractères immenses des phrases mystiques

de versets du Coran, tandis qu'à l'extérieur le chambranle de la porte monumentale est orné de trois panneaux de forme rectangulaire surmontés d'un demicercle, renfermant des nids d'abeille ou de précieuses rosaces, fouillés à l'extrême, teintés d'or, de rose, de jaune clair ou de vert pâle.

Tous ces dessins géométriques sont exécutés au compas et sur quadrillage, tout au moins pour les lignes générales. Les dessins intérieurs, leis fleurs se font au pochoir en papier appliqué sur le plâtre frais avec un tampon de toile très fine contenant de la poudre de plâtre. La finesse du travail s'évalue d'après le nombre de branches de l'étoile principale; on distingue en général trois ou quatre espèces dont la plus fine est le sebâini de soixante-dix branches. Il reste encore à Fès de véritables artistes, habiles et consciencieux ; malheureusement ils ont oublié certains de leurs plus beaux entrelacs anciens. Leurs sculptures sont moins minutieusement fouillées, les teintes plus criardes et, s'écartant des pures lignes classiques, ils ont tendance à donner à leurs fleurs des formes contournées, sans aucun style, qu'ils cherchent à copier d'après les ramages des étoffes européennes.

Quelques pièces d'appartement sont ornées de vitraux multicolores placés très haut près de la corniche au milieu de la paroi principale. Mais ici le plâtre ne sert que de support au verre, comme le plomb jadis enchâssait les divers éléments, et ne subsiste qu'en tiges

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étroites entre des carreaux de couleur, variant entre 5 et lo centimètres de large et formant par leur ensemble d'élégants dessins géométriques curvilignes.

Entraînés par leur amour de la décoration, les Marocains garnissent volontiers les linteaux des portes, les arceaux des galeries, les niches creusées dans les murailles, les angles des plafonds de nombreuses stalactites en encorbellements, en voussures et en pendentifs, superposées par strates ou taillées dans le bois. Car nombreux sont encore à Fès les maîtres menuisiers sculpteurs sur bois, et les anciennes maisons de pur style andalou comprennent toujours une profusion de boiseries sculptées qui les fait ressembler à des coffrets précieux. Portes, fenêtres, plafonds sont entièrement garnis de fines sculptures, où se mêlent les entrelacs géométriques ayant pour centre une étoile, les acanthes et les pommes de pin, des figures curvilignes et stylisées.

Mais la sculpture sur bois coûte fort cher et les propriétaires en commandent de moins en moins; aussi a-t-elle été remplacée par la peinture. Portes, linteaux, volets et panneaux sont couverts d'enluminures, les plafonds surtout où les zouonâqs appliquent toute leur patience et leur sûreté de goût à multiplier sur un fond uni, rouge ou bleu, des dessins de toutes sortes dont les détails et les couleurs assemblés forment un ensemble d'une parfaite harmonie. Les maîtres actuels continuent à peindre portes et plafonds d'après les

modèles anciens et se gardent heureusement de détruire par de fâcheuses innovations l'effet si charmant des entrelacs variés parmi lesquels jouent les lignes plus capricieuses de fleurs et de fruits. Les formes de plafonds restent aussi les mêmes que jadis, plat ou ;à caisson, composés de planches assemblées à rainures et languettes, ou bien à poutrelles apparentes. Certains sont en forme de dôme ou de caisson allongé et . parfois il se trouve au centre un défoncé pour y suspendre un lustre. Dans d'autres, le caisson est fait d'une infinité de petites coupoles ou bien la frise qui entoure le plafond se continue en se retournant sur le plafond lui-même et cache les solives sur une partie de leurs portées, tandis que dans les angles d'élégants pendentifs adoucissent le raccord des surfaces convergentes.

Peut-on s'étonner dans ces décors somptueux de l'indolence méditative des Fasis, de leur plaisir à rester de longues heures, affalés sur des coussins de soie, dans une douce rêverie, à écouter les pleurs discrets des jets d'eau dans les vasques de marbre, à suivre le jeu des lumières sur les luisantes mosaïques, à laisser leur pensée errer à travers le réseau des fines lignes polygonales, à déchiffrer parmi les précieuses arabesques, les brillantes inscriptions coraniques que leurs lèvres murmurent dévotieusement : <( Alhamdou Lillahi ouahdahou ! La Yadoumou illa Moulkouhou. » Louange à Dieu seul! Il n'y a de durable que son empire. — « M an Yaâtassen bikaya khàir el ouara char a-

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fane. — Fallahoii hafidhoudou min kouLli mouataqimi. » — Celui qui se réfugie en toi, ô la plus noble des créatures, celui-là, Dieu le protège contre tout péril.

Tissus

Sériciculture, — Industrie de la soie. — Filage. — Teinture. Tissage. — Industrie de la laine. — Tissage aux cartons.

Conservant ses antiques traditions d'art et de bon goût, Fès est resté le centre principal du Maroc pour la fabrication des étoffes et l'industrie des tissus de soie est une de ses spécialités.

Jadis, du reste, ses habitants récoltaient sur place la belle soie dont se servaient les tisserands pour ces larges ceintures chatoyantes que se disputaient dans les harems des cités impériales les innombrables concubines des sultans et dont les hauts personnages de la cour ou les riches négociants aimaient à parer leurs épouses dans leurs demeures somptueuses. Malheureusement, l'élevage des vers à soie fut anéanti il y a une cinquantaine d'années, vraisemblablement par les mêmes maladies épidémiques qui exercèrent leurs ravages en Europe. Incapables de lutter contre ce mal qui détruisait toute leur récolte, les Fasis abandon-

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nèrent complètement cette industrie séricicole qui avait été longtemps pour eux une importante source de revenus. Aussi, forts de ces souvenirs, les indigènes, auxquels répugne tout ce qui est nouveau, suivirent-ils avec beaucoup d'intérêt les essais tentés au commencement de 1914 lors de la création d'une magnanerie-école à Fès même.

Dirigée par un homme actif et persévérant, ayant ■ acquis la pratique de cet élevage par un séjour de huit années dans les Cévennes, l'éducation fut conduite dans un local ouvrant sur un vaste patio, pour ainsi dire à la température libre, où les vers se trouvaient simplement à l'abri du vent et de la pluie. Huit cadres, formés chacun de sept tables superposées en claies de roseaux d'une surface de 6 mètres carrés, constituaient toute l'installation. Malheureusement, la graine expédiée d'Alais subit de longs retards et quantité d'éclosions eurent lieu en cours de route. Or, la graine de vers à soie, en période d'incubation, ne doit sous aucun prétexte être soumise à une température inférieure à celle où l'incubation commence et qui doit être de 10 degrés centigrades. On eut recours à la chaleur artificielle de poêles à pétrole pour continuer l'incubation et, grâce à un sélectionnement attentif et continuel, on put sauver 200000 vers. L'éducation dura deux mois, avril et mai. A la température constante de 22 degrés maintenue ordinairerement dans les magnaneries, il n'aurait fallu que trente-deux à trente-cinq jours au lieu de cinquante-

cinq à la température libre dont la moyenne avait toujours varié entre i5 et 19 degrés. L'étouffage des chrysalides s'était effectué aussi dans de mauvaises conditions; ne disposant pas d'étuve propre à cette opération, on avait dû se contenter d'un simple four de boulanger où il n'était pas facile de remuer les cocons de façon convenable. Malgré ces contretemps les 200000 vers élevés avec une surface utilisée de 288 mètres carrés donnèrent 402 kilos de cocons frais, soit un poids unitaire moyen de 2 grammes, supérieur à celui qu'on obtient en France où on calcule 600 cocons frais pour i kilogramme de soie non filée tandis qu'ici il n'en faut que 5oo.

Les Fasis s'intéressèrent à ces premiers essais et plusieurs propriétaires s'étant décidés à faire l'élevage, on se préoccupa de les encourager au moyen de primes à la réussite et en leur procurant gratuitement la graine ou les jeunes vers ainsi que de la feuille de mûrier. La ville de Fès est en effet favorisée sous ce rapport ; les mûriers y , viennent admirablement et dans les seuls jardins extérieurs situés autour des remparts on compte plus de 6000 arbres adultes pouvant produire chacun i5o kilos de feuilles. Plus de 8000 jeunes arbres ont été plantés récemment et la pépinière municipale prépare toujours de nouvelles et nombreuses boutures.

Pour la campagne séricicole de 191 5 on chercha à parer aux difficultés de la première année d'essai. Afin d'éviter une incubation prématurée, on envoya

les 5o onces de graine reçues de France un janvier à Anocœur, localité située à 60 kilomètres de la capitale, dans une région montagneuse à température assez basse. Cependant, malgré toutes les précautions, l'incubation était déjà en période d'activité quand on les ramena à Fès le i5 mars et celle-ci dut être poursuivie àja chaleur naturelle jusqu'au 12 avril. Au point de vue des pertes à l'éclosion, le progrès était sensible, puisque au lieu de 80 p. 100 en 1914, elles furent à peine de 10 p. 100.

A part deux qui ont pratiqué leurs éducations sous des paillotes rustiques d'environ 90 mètres carrés dans leur jardin à l'extérieur de la ville, les éleveurs, tous indigènes, avaient organisé dans leurs maisons disséminées dans les différents quartiers des installations de fortune inspirées par celle delà magnanerieécole et sans doute faut-il attribuer au manque d'aération de certaines de ces salles les pertes assez nombreuses occasionnées par grasserie. L'élevage d'ailleurs qui avait duré soixante jours, avait été très laborieux et l'irrégularité d'âge provenant d'une éclosion extrêmement prolongée avait amené une irrégu- . larité de mue considérable, ce qui compliquait singulièrement les délitages. D'autre part, la feuille servie n'était pas toujours exempte d'humidité ni dans l'état de fraîcheur voulu, mais on ne saurait trop féliciter de leurs louables efforts tous ces éleveurs qui se trouvaient en présence d'une industrie nouvelle pour eux et dont la plupart se sont servis de leur personnel do-

mestique habituel, hommes et femmes, ou ont fait le travail eux-mêmes. La récolte donnait i 349 kilos de cocons très beaux et d'un poids spécifique élevé.

Mais il manque encore un four pour l'étouffage des chrysalides qui pour l'instant se pratique au soleil. Les éleveurs obligés d'opérer dans n'importe quelles conditions doivent parfois laisser les cocons exposés pendant trois et quatre jours et cette exposition prolongée ne peut être que fort préjudiciable à la qualité de la soie. Ces résultats ont naturellement encouragé d'autres tentatives et de nouveaux adeptes se sont présentés, surtout parmi les petites gens qu'il faut particulièrement intéresser, car il y a avantage à multiplier les petites éducations qui n'exigent presque aucuns frais et apportent une opération rémunératrice aux ménages de condition modeste sans les distraire de leurs travaux habituels.

Tous les éleveurs sont désireux de reprendre l'ancienne tradition de filer la soie eux-mêmes et chez eux. Cette filature à domicile semble devoir être encouragée pour plusieurs raisons d'ordre social et d'ordre économique. Tout d'abord les femmes de Fès retrouveront là une occupation conforme aux traditions de leurs ancêtres et très adéquate à leurs coutumes. D'autre part, le dévidage des cocons étant fait par une main-d'œuvre non salariée, la soie sera produite à meilleur compte et pourra lutter contre les bas prix des soies de qualité inférieure importées d'Italie ou d'Extrême-Orient. Mais il faudra avant tout amé-

liorer ce dévidage des cocons qui se fait encore de façon très primitive avec un métier donnant au fil une grosseur irrégulière et ne permettant pas de l'arrondir lorsque les baves sont encore malléables sous l'action de la chaleur.

Indiquée comme centre principal d'élevage à cause de sa richesse en mûriers, la ville de Fès l'est doublement par l'importance que l'industrie de la soie y a acquise. Il existe, en effet, 25 métiers à mouliner, 420 métiers à tisser, et toute cette industrie, moulinage, lavage, teinture, dévidage et tissage, n'occupe pas moins de 10 000 personnes, hommes et femmes.

Les métiers à mouliner ont pour fonction de donner aux fi-ls de soie une torsion plus ou moins prononcée et de réunir plusieurs âls en un seul. Ils sont placés dans des pièces obscures et sont actionnés par un aveugle qui tourne inlassablement une manivelle imprimant un mouvement de rotation à un arbre fixé à la base d'un cadre long et étroit formé de gros pieux de bois et muni de palettes disposées en spirale frottant contre de petits fuseaux métalliques montés sur des traverses de bois à intervalles de 10 centimètres et sur lesquels sont placées les bobines par deux rangées parallèles en trois ou quatre compartiments, de sorte que chaque métier, torno, compte 100 à i3o bobines, quânet. La soie des bobines après torsion passe dans une boucle en fil de fer attachée à une planche fixe, tar^dis qu'une planchette mobile de va-et-vient

tissus ^7^

sert de guide pour la formation des écheveaux, larf, de 5 centimètres de large, sur les tambours placés à la partie supérieure du bâti et qui reçoivent leur mouvement de rotation par des engrenages en bois mus par l'arbre à palettes. Le travail dure douze jours à raison de sept heures de travail par jour, réparties en trois séances et quand le fil est très fin, il faut vingt jours.

Pour le dévidage, on se sert du bernouss ou de la briba, sorte de prisme hexagonal en bouts de roseaux plus ou moins grand selon qu'il s'agit de soies grèges ou de soies ouvrées ; il supporte l'écheveau et tourne sur une baguette placée dans un bâton creux fixé à un bloc de bois. Le fil passe sur la farija, prisme régulier fait de quatre baguettes de bois dur reliées ensemble à une tige de bois plus longue autour de laquelle elles pivotent en se repliant et que l'ouvrier tient dans sa main droite tout en la faisant tourner rapidement avec ses doigts.

Puis on procède au décreusage, c'est-à-dire au lavage de la soie dans de l'eau bouillante mélangée de savon avant de la soumettre à la teinture. Les Fasis tiennent absolument à avoir leurs soies teintes sur place. Jadis cette coutume avait sa raison d'être parce qu'ils se servaient de vieux procédés à la cochenille ou au kermès et aux plantes tinctoriales de la région, la garance qui croît dans le Riff, aux environs de Fès et de Marrakech, pour le rouge et le rouge orange, le liron, connu en France sous le nom de gaude, pour le

jaune, Vommelbina, et le lezzuz, garou. Le liron et l'ommelbina associés et bouillis avec le mordant, mélange d'indigo et de potasse, donnaient, selon le degré d'ébuUition, du bleu obscur, du vert et du bleu ciel. Le lezzâz, en présence du sulfate de cuivre et bouilli longtemps en vase clos, produisait le noir cendré. Les teinturiers fasis obtenaient ainsi de belles couleurs d'une très grande douceur de tons et très solides ; mais depuis quelques années, ils ont remplacé leurs procédés anciens par des poudres minérales importées d'Europe. On teint par écheveaux. La soie grège une fois bouillie dans des cuves prises dans un massif de maçonnerie au bas duquel est ménagée une ouverture, on la lave à l'eau froide, puis on la met à tremper dans des baquets. Pour certaines couleurs, on laisse tremper une heure et on lave; pour le noir les écheveaux restent dans des jarres pendant six et huit jours. Ceux-ci sont ensuite battus à l'aide de deux bâtons les tendant dans tous les sens, puis tordus pour les faire égoutter.

Pour la préparation 'des bobines en roseaux destinées à l'ourdissoir ou des canettes pour les navettes on se sert toujours d'un petit rouet à m'ain en bois de laurier-rose extrêmement léger, naora. Lorsqu'il s'agit de mettre les fils à la longueur convenable pour le métier on les place sur l'ourdissoir, naora d-es-safh, grand quadrilatère vertical de i mètre de côté et de 2 mètres de hauteur pivotant sur son axe. On réunit en général quarante fils passant à travers une grille

tissus 175

de roseaux, chbarka, issus d'une double série de bobines placées dans un cadre de bois horizontal, qjar.

La' mise en chaîne se fait sur un rouleau de bois, metoua sefLi. Le mâllem et ses aides recherchent pour ce travail les rues isolées longues et étroites, les vastes cimetières aux tombes basses et unifQrmes ou les grands espaces libres à l'ombre des oliviers qu'ils strient de lignes brillantes se détachant sur les reflets argentés des ramages séculaires. Attachant à un arbre ou à un pieu fixé en terre ou dans un mur, l'extrémité de leur écheveau qui mesure souvent 20 à 40 mètres de longueur, deux ouvriers tiennent le rouleau qu'ils tournent doucement en avançant tandis que le mâllem forme avec soin des groupes dé vingt à trente fils et les sépare avec de petites baguettes de jonc, diss^ pour faciliter le montage du tissu dans les lices et le peigne du métier, tout en les aspergeant de temps à autre avec de l'eau qu'il souffle dessus avec sa bouche.

Quant au métier à tisser, mromma, il est essentiellement constitué par un cadre en bois rectangulaire plus ou moins allongé avec une largeur de i m. 20 et de deux rouleaux à chacune des extrémités de ce cadre. L'un porte la chaîne, l'autre est destiné à recevoir le tissu. Une superstructure domine le tout à laquelle sont attachés le battant muni d'un peigne à dents de bouts de roseau, che/ra, et les lames. L'ouvrier assis à l'une des extrémités fait jouer ces lames

IjS CHAPITRE IX

au moyen de pédales agissant par renvoi sur des poulies auxquelles celles-là sont accrochées. En temps convenable il passe la navette et au moyen du battant il serre le tissu qu'il maintient tendu dans sa largeur à l'aide d'une traverse de deux morceaux de bois ou de roseau d'inégale longueur fixés ensemble par une ficelle et munies de griffes de fer à leurs extrémités, mdid. De temps à autre il l'enduit d'une sorte de colle qui sert d'apprêt.

Il n'y a pas moins de quatre cents de ces métiers ordinaires et il existe une vingtaine de métiers à brocart, ez-zerdkham, dont dix pour les pièces de premier choix comportant jusqu'à dix couleurs différentes. Ceux-ci paraissent extrêmement compliqués avec leur amas de ficelles enchevêtrées qui nécessitent l'aide de deux ouvriers pour les manier en plus du tisserand, mais s'ils sont primitifs et lents à mettre en train puisqu'il faut deux semaines environ d'après le dessin sur papier, ils sont absolument mathématiques et parfaitement ordonnés depuis la mise en carte jusqu'au remettage.

On compte environ cent cinquante patrons possesseurs de deux à six métiers à chacun desquels sont employés deux ouvriers sans compter les différents apprentis occupés au dévidage et à l'ourdissage. La plupart travaillent eux-mêmes. Tous ces tisserands de soie, harrâra, ne fabriquent que des tissus pour femmes, ceintures et foulards, et aussi des rideaux ou de riches tentures destinées à décorer les apparte-

ments pour les mariages. Les ceintures sont de deux qualités, les ceintures pour Berbères de 3 et 4 mètres de longueur, hzoum dziri, et les hzoum del boucha exportés à Oudja, Melilla et dans toutes les villes du littoral. Les foulards pour les fasias sont de première qualité et comportent trois genres de dessin, elmlara, medfouna, mserhine. Les foulards pour les Berbères de couleurs très vives comprennent plusieurs espèces, dont la plus courante est un foulard rouge appelé el kbil.

Cette industrie si prospère a quelque peu déchu dans ces dernières années à cause de la concurrence des foulards importés de France que même les femmes berbères se mettent à porter et des caprices de la mode qui a condamné à Fès le port des larges et riches ceintures d'autrefois. On en exporte encore cependant à Rabat, Tanger et Tétouan, Ces ceintures sont constituées par une chaîne de soie de 2 à 3 mètres de long et de 40 centimètres de large, formant quatre rectangles de couleurs différentes, et une trame de soie, d'or ou d'argent, déterminant des dessins très compliqués dissemblables aux deux extrémités et que les diverses colorations de la chaîne semblent faire changer quatre fois. Quant aux rideaux, khouâini, on en fabrique de moins en moins; ce sont généralement des tissus à bandes jaune ou grenat, séparées par des raies à dessins multicolores très fins, formés par une chaîne de soie et une trame de coton.

Si pour l'industrie de la soie, la ville de Fès est

tributaire de l'étranger du moins est-elle indépendante pour celle de la laine, dont elle est suffisamment approvisionnée par les moutons des diverses régions avoisinantes. Au printemps les premières laines affluent au grand marché tenu près de Bab Mahrouq, la beldya, provenant du Zerhoun, près de Meknès, des Oudaya et des environs de Fès, la hasnaouya, la meilleure de beaucoup, produit des gras pâturages des Tadla Zaian, des vallées du Gharb et des Béni Hassen, et la hayainya, envoyée par la tribu des Hayaina, près de Tissa, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. Plus tard viennent la berbia, des tribus berbères, et en dernier lieu \2i yotisia, qu'on ramasse depuis Fès jusqu'à Oudjda.

Entre le printemps et le début de l'automne il se vend de 3 000 à 4000 quintaux de 5o kilogrammes et les prix varient beaucoup suivant les saisons et les disponibilités sur place; les 100 kilogrammes, qui valent en moyenne de 14 à 20 douros, se sont vendus 32 douros en juillet 191 5. Le poids moyen de la toison brute est de 2 kilogrammes, maximum 3, et le prix d'une peau de mouton varie entre 3,4 et

5 pesetas; pour une très belle peau, on arrive jusqu'à

La tonte, gézz, a lieu fin avril et dans le courant de juin. Elle s'effectue avec de grands ciseaux et pour éviter des insolations ou des refroidissements aux animaux vivant en plein air sans aucun abri on coupe les poils à I centimètre environ de la peau. On ne lave

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pas les moutons avant de les tondre, mais on humecte légèrement les toisons une fois coupées et certains intermédiaires ne se font aucun scrupule de les saupoudrer de terre ou de sable pour en augmenter le poids. En dehors des ventes en gros au printemps et à l'automne on trouve constamment au souq el-Ghzel de la laine lavée, souf megksoula, et de la laine non lavée, souf halouya. La première, en très petite quantité, se vend de 70 à 80 douros le quintal de I25 kilogrammes, et la seconde, de 35 à 40 douros. La halouya est la laine qui tombe des toisons. Les femmes de la campagne la conservent et la donnent en échange aux commerçants qui viennent leur apporter du thé, du sucre ou des marchandises. On l'achète surtout pour les matelas longs et petits, les coussins ronds ou allongés, qui servent de meubles dans toutes les maisons marocaines et dont le nombre et l'emplacement sont réglés par la qaïda : le seddari, long matelas de 3 m. 3o sur o m. 80 de large avec une épaisseur de o m. 10 qui occupe le fond de la pièce, puis deux mteltsa, de i m. y S sur o m. 70 et deux mtarba de même longueur, sur I m. 40 de large. Les coussins se répartissent en huit khdià, de 5 livres de laine chaque, quatre mkhda, grands et longs, et de nombreux j/^r;;/z^, petits et ronds, qu'on disperse au hasard sur les matelas.

Les lebhatha^ vendeurs de laine dans des paniers en roseau, chlâla, achètent la peau et enlèvent la laine; pour cela ils cousent la peau, la toison tournée vers l'intérieur, et imprègnent celle-ci avec un mélange de

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chaux et de cendres, qelaia. Les poils se détachent ensuite très facilement à l'aide d'un petit bâton. Les femmes prennent cette laine et la lavent dans des cuves ou au bord des rivières avec une herbe savonneuse appelée tirrecht; elles l'étendent par terre ou sur des rochers et la battent fortement avec de gros bâtons. Elles répètent plusieurs fois ces opérations de mouillage et de battage et ensuite font sécher la laine au soleil.

Une fois bien sèche elles la peignent avec une paire de planchettes en bois, l'une en forme de battoir de o m. 3o à o m. 35 de long, le mendâla, et l'autre rectangulaire munie à l'une de ses extrémités d'une monture de corne dans laquelle est fixée une double rangée de pointes de fer longues de o m. 20, le mset. I^a. laine est passée plusieurs fois à travers les dents afin de séparer la laine courte qui sert à faire la trame, tàma, de la laine longue dont on extrait la chaîne, qiyam. Cette laine courte est ensuite cardée au moyen de deux plateaux de bois hérissés sur une des faces de fines dents métalliques qu'on tient à l'aide d'une poignée et qu'on frotte l'un contre l'autre cinq ou six fois. Avant de procéder au filage on blanchit la laine à la vapeur de soufre en la disposant sur une sorte de coupole formée par deux baguettes entrecroisées, recouverte d'une toile, et sous laquelle on place un récipient oii brûle du soufre en poudre. On laisse le soufre se consumer complètement pu"s on jette la laine dans de l'eau froide.

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Généralement les femmes se mettent à deux; l'une carde tandis que l'autre file avec une quenouille et un fuseau. Celle-ci prend sa quenouille, rokka, tige de roseau de o m. 70 à o m. 80 de long fendue à une extrémité sur o m. o5 environ, la maintient par le bas dans sa ceinture et par le haut avec sa main gauche dont elle se sert pour étirer entre le pouce et l'index la mèche de laine qui passe par la fente. Elle fixe ensuite le fil sur son moqzel, fuseau de bois terminé par une petite roulette métallique, auquel elle imprime un rapide mouvement de rotation en le laissant évoluer dans le vide afin de faire descendre et monter le fil d'une façon régulière. Puis, en se servant de son pied droit et de sa main gauche posée sur le genou droit, elle forme les écheveaux. Pour la laine courte de la trame, l'ouvrière se sert d'un fuseau plus long et tout en bois dont le bout est placé dans un plat ou un petit panier en sparterie tandis que le haut repose contre sa jambe droite à moitié repliée. Saisissant une mèche elle l'étiré bien régulièrement sur une certaine longueur et la fixe à la pointe du fuseau qu'elle fait alors tourner rapidement avec sa main par un brusque frottement de la paume. Ensuite elle prend un rouet en bois de laurier-rose dont elle fait mouvoir la roue avec la main droite pour dérouler le fil du fuseau sur un dévidoir en roseau, cJiebou.

Les femmes vont le plus souvent porter elles-mêmes le fruit de leur travail au souq el-ghzel où les tisserands l'achètent au poids. Beaucoup ne peuvent pas

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sortir ou n'ont pas d'argent pour l'achat de laine non lavée et de soufre; c'est une d'elles qui va leur distribuer la laine à domicile et se charge également de la vente. Une ouvrière file au maximum. dans sa journée I livre de tâma et i once, un seizième de livre, de qiyam, ce qui, en calculant 2 livres et demie de laine non lavée à 4 P. H. en moyenne pour i livre et quart de laine filée à 5 P. H., lui laisse à peine un gain de I peseta par jour. La meilleure saison est en automne, au moment oii on commence à porter les vêtements de laine; d'autre part leur travail se ressent beaucoup de la qualité des récoltes parce que ce sont surtout les gens de la campagne qui achètent les vêtements de laine tissés à Fès.

Le principe des métiers est identique à celui qui sert au tissage des pièces de soie. Le 77i7omma se compose de deux cadres latéraux en forme de trapèze munis chacun de deux montants réunis à leur sommet par une traverse et reliés entre eux par trois barres transversales dont l'une sert de siège au tisserand. Des coussinets en bois supportent les deux rouleaux légèrement équarris, dont l'un est placé à l'extrémité du métier, l'ensouple dérouleuse, sur lequel est posée la chaîne maintenue tendue par une corde chargée d'une pierre formant frein, et l'autre, l'ensouple enrouleuse qui reçoit le tissu façonné , se trouve devant l'ouvrier. Le remisse comporte deux ou quatre lames composées de petites boucles en fil attachées à des roseaux placés parallèlement à o m. 10 ou

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o m. i5 l'un de l'autre par où passent un à un les fils de chaîne. Plusieurs cordelettes suspendues à une traverse mobile placée sur la partie supérieure du bâti supportent des poulies sur lesquelles tournent les cordes soutenant ce remisse dont la base, faite d'un roseau horizontal, est reliée également par des cordes à une pédale. Sous l'action de celle-ci une des lames s'abaisse et l'autre monte, ouvrant ainsi la chaîne et permettant au tisserand de lancer de gauche à droite sa navette, nezq, longue de o m. 3o et munie de ferrures à ses extrémités. Celui-ci serre alors la duite au moyen d'un battant portant à sa base le peigne fait de fragments de roseau, chefra, entre les dents duquel passent les fils de la chaîne puis lorsque l'étoffe, dont l'écartement régulier des lisières est obtenu par un tendeur de deux bouts de bois garnis de pointes métalliques, est arrivée à hauteur des lames, il fait faire un tour entier à l'ensouple placée devant lui.

Quant aux diverses opérations accessoires, dévidage, bobinage, canetage, ourdissage, elles se font exactement de la même façon que pour l'industrie de la soie.

Il y a deux espèces de métier. Le grand modèle pour pièces de i m. 5o à deux mètres de large, n'ayant que deux pédales pour actionner les lames du remisse, est manœuvré par le çana, maître ouvrier, et un aide, le reddâd. Le petit modèle, d'une largeur de i mètre, a quatre pédales et quatre lames au remisse soutenu

par deux poulies seulement. Un unique ouvrier le fait fonctionner. Sur les grands métiers on confectionne des vêtements, haïks, djellabas, burnous, des ksa^ bandes d'étoffes sans couture de 10 coudées de long sur 3 de large, et des couvertures, épaisses couvertures à surface granulée, blanches ou ornées de rayures de couleur, rouge ou bleu, espacées ou rapprochées, une large puis deux étroites ensemble. Les petits métiers servent pour des pièces moins considérables. On distingue plusieurs variétés : la djellaba ouzzania, blanche, la kharqua /erabia, noire, la djellaba mezerqeîa, fond noir à rayures blanches pour l'exportation au Sénégal, le bou nedef, une spécialité de Fès, djellabas grossières et très solides pour les gens de la campagne. Le lethama cherguia sert pour les haïks et et les djellabas de luxe pour lesquelles on use beaucoup aussi le sousdiy diagonale très fine, tramée de laine, brillante sous l'effet de la soie composant la chaîne, que recherchent les gens de la classe aisée. Enfin le kheraqi houzin pour les burnous légers et les djellabas, les haïks tissés moitié laine du pays et moitié coton importé d'Angleterre et les gracieux haiks dial châra, en souple laine blanche rehaussée de fines rayures de soie, dans lesquels les Fasis savent si bien se draper avec infiniment d'élégance et de majesté.

Sans doute pourrait-on améliorer ces métiers et en augmenter le rendement. Des essais ont été faits ici même avec un métier métallique de démonstration apporté par un industriel mobilisé au Maroc et ont

Mise en chaîne.

Métier à tisser la soie.

TISSUS i85

donné de très intéressants résultats. Les artisans indigènes ont suivi avec beaucoup d'attention les diverses opérations du montage du métier, de l'ourdissage de la chaîne, du passage des fils dans les lices et du rentrage dans le peigne. Ce qui les a particulièrement "frappés, c'est le facile fonctionnement des deux marches à l'aide des pieds faisant automatiquement courir la navette entre les deux nappes de chaîne et le battant serrer la duite en même temps qu'une des deux ensouples se déroule et l'autre s'enroule. Souhaitons que ces essais ne soient pas stériles et qu'on puisse doter les meilleurs ouvriers de Fès de quelques uns de ces métiers qui rendraient le tissage plus rapide et économiseraient considérablement la main-d'œuvre, d'autant plus que la seule objection formulée par les tisserands au sujet de l'insuffisance de largeur de l'étoffe obtenue semble pouvoir être facilement résolue en atteignant la dimension de i m. 3o qu'ils réclament au lieu de celle de i m. lo qui leur avait été présentée.

Un tissage bien spécial est le tissage aux cartons pratiqué par les Israélites du Mellah. L'ouvrier tend la chaîne d'une longueur de 2 mètres environ sur un métier excessivement simple composé d'une planche avec un petit montant très bas à chaque bout. Il en fait passer les fils à travers un jeu de petites plaques, en peau de chameau ou en carton, percées de trous et agencées perpendiculairement à l'axe de la chaîne. Il s'assoit sur le sol à côté de son métier placé de façon que les cartons soient à sa gauche pour en attraper

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tout le bloc et les faire pivoter d'un quart de tour aân de croiser les fils de chaîne entre lesquels il fait passer une navette. Il frappe alors avec un large couteau en bois de jujubier ou en cuivre^ tourne une deuxième fois l'ensemble des cartons d'un quart de tour pour opérer un nouveau croisement des fils de chaîne. La navette est passée en sens contraire et de nouveau le couteau fait l'office de battant.

C'est ainsi qu'on confectionne des rubans et des galons de coton ou de soie agrémentés de fil d'or et d'argent, des hmala, baudriers plats pour porter la chkarUy des tekkcf.^ cordons qui se passent dans la coulisse du pantalon arabe, des tesliba et des hzàm, croupières et sous-ventrières pour fixer les lourdes sarija^ massives selles-fauteuils recouvertes de drap rouge ou amaranthe sur lesquelles se prélassent béatement les hauts personnages du Maghzen ou les riches négociants de la Médina, orgueilleusement enveloppés dans leurs soyeuses mousselines blanches, précédés dans la rue pour écarter la foule par les bâlek répétés, attention, attention, de serviteurs empressés et obséquieux.

CHAFI'lRE X

Industrie du cuir

Mégisserie. — Tannage. — Fabricants de belghas. — Savetiers. Fabricants de chkaras. — Reliures.

Dans l'industrie du cuir la ville de Fès affirme encore sa prépondérance et c'est par centaines de mille qu'elle expédie à travers tout le Maroc, dans les pays musulmans de l'Afrique du Nord, jusqu'au Sénégal et au Soudan, ces fines babouches jaune clair que la mode oblige les élégants à changer dès que la moindre tache les a souillées. Les peaux s'achètent au fondouk où les bouchers les font porter des abattoirs, le matin pour les peaux de mouton, l'après-midi pour les peaux de bœuf et de vache, dont il se vend une moyenne de 5o à 60 par jour des premières, jusqu'à i5o en avril et en mai, à 4, 5 et 6 pesetas, et des secondes une moyenne de y S à 80 au prix variable de 3o à 45 pesetas, de 75 maximum pour les plus belles. Elles sont ensuite préparées dans quatre tanneries, une située près de Moulay Idris et les trois autres échelonnées au bord

loo CHAPITliE X

de l'oued près du pont Bein el Medoun. Les tanneries étant bien habous, les debbara, patrons tanneurs, au nombre de quatre cents, achètent le droit de jouissance d'une ou plusieurs pièces avec un certain nombre de fosses, au prix modique 2 à 3 douros par mois pour une pièce avec cinq ou six fosses. Les Fasis sont fort habiles dans ce genre de travail et obtiennent des cuirs très souples d'excellente qualité. Pour les maroquins à gros grain ils se servent de peaux de bouc et de peaux de chèvre pour les maroquins à grain serré. Ils imitent aussi très bien le filali, ce cuir du Tafiielt, d'un grain et d'une souplesse remarquables.

On met les peaux à tremper quelque temps dans l'eau afin de pouvoir enlever les poils, puis on les plonge dans des fosses remplies de chaux oh on les laisse pendant vingt jours. On les passe ensuite dans des fosses spéciales à parois en briques de i m. 25 de profondeur, moins larges au fond qu'au sommet, où l'on mélange avec de l'eau de la fiente de pigeon que les ouvriers malaxent avec leurs pieds. Elles y restent deux à trois jours, puis sont lavées et roulées dans du son humide pour enlever la chaux dont elles seraient encore imprégnées. Au bout de trois ou quatre jours on les foule avec les pieds sous une couche d'eau et on les trempe dans une pâte liquide de figues sèches afin de leur donner de la souplesse et du lustre. On les y laisse vingt jours, mais au septième on commence le salage qui doit leur faire acquérir de la fermeté sans leur enlever toutefois leur souplesse. C'est une opéra-

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