INDUSTRIE DU CUIR
tion très délicate dont se charge le maître tanneur lui-même en jetant du gros sel sur les peaux étalées verticalement devant lui, par petites quantités et en augmentant progressivement la dose. Qn procède ensuite au tannage dans des jarres spéciales contenant des graines provenant du T^filelt et appelées îhakaout, pilées et mélangées avec un peu d'huile. Les peaux sont remuées constamment pendant deux à trois jours, après quoi on les met à sécher. On les étale sur des pierres plates et on les bat dans le but de les assouplir, puis on les lave à nouveau et on les racle sur la f?,ce interne avec un morceau de porcelaine.
Pour la teinture on les badigeonne avec les mains ou, le plus souvent, on coud les peaux et on les gonfle en soufflant. Puis le liquide colorant une fois introduit, on les secoue violemment, on les presse, on les manipule comme un soufflet de façon à bien pénétrer la peau sur toute sa surface. Pour le jaune, on se sert d'écorce de grenade pilée et diluée dans de l'eau légèrement alunée ; pour les autres couleurs, on fait fondre des sels d'aniline en poudre.
Ce procédé est employé pour les peaux de chèvre et de mouton. Pour les peaux de bœuf, on les sale d'abord puis on les trempe dans l'eau durant une journée. On les place ensuite dans des fosses remplies de chaux oii elles séjournent un mois pendant Tété, un mois et demi pendant l'hiver. On les met après dans du son et on les racle avec une tuile avant de les porter dans les jarres oii on les laisse deux mois subir l'action du tan,
IpO CHAPITRE X
debar otiarini, écorce de chêne vert provenant de chez les Béni Ouarain, qu'on renouvelle à deux reprises. Pour la teinture en rouge, on les place dans des cuves puis on les étale sur une table où on les badigeonne violemment avec les mains.
Pour donner le grain, on frotte la peau sur le blat, calotte hémisphérique en terre cuite, de 5o centimètres environ de diamètre, percée d'une infinité de petits trous. Un apprenti la serre ensuite entre son corps et une barre horizontale placée à 70 centimètres du sol, rétend avec un morceau de bois entouré de fibres de palmier nain et la frotte longuement en la développant d'arrière en avant par un mouvement régulier des bras. Il prend après un outil appelé çadriya, courte barre de fer montée à angle droit sur une tige que supporte un bois cintré. Appuyant celui-ci contre sa poitrine, il presse la peau sur ce fer et la tire avec force de droite à gauche et de gauche à droite pour la lisser. Il la reporte à nouveau sur le blat, l'asperge légèrement et donne un dernier coup avec la çadriya sur la face interne.
Il ne faut pas moins de trois mois en été, davantage en hiver, pour préparer une peau. Aussi les bénéfices sont-ils médiocres et peu en rapport avec la difficulté de ce métier qui exige une longue expérience en même temps qu'une attention constante, rendu en outre extrêmement pénible par l'odeur écœurante de ces tanneries et le séjour prolongé dans des cuves d'eau pendaiit des journées entières. Les peaux sont envoyées