‹ Au Maroc; Fes, la capitale du NordChapitre 19 sur 27 · INDUSTRIE DU CUIR 19I · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DU CUIR 19I

au fondouk où elles se vendent aux enchères dans l'après-midi. On commence par les peaux de chèvre tannées et colorées, ziouani, qui se vendent par paire de 10 à 45 pesetas, jusqu'à 70 les plus belles, et les peaux de mouton, betiana, de 4 à 8 pesetas la pièce. Les peaux de bouc tannées jaune clair, d'une belle couleur et plus épaisses, affectées spécicdement aux babouches expédiées en Egypte, valent de 25 à 40 P. H. Puis les crieurs présentent les peaux de bœuf tannées teintes en rouge, ferracha, au prix de 3o à 70 P. H. la peau et enfin les peaux de bœuf simplement tannées, naâl^ qu'on débite généralement coupées en deux à raison de 20 à 40 P. H. la moitié de peau.

Le cuir rouge filali est expédié en Europe, tandis que le cuir jaune, ziouani et beitana, est acheté sur place pour la confection des babouches, ainsi que le cuir violet, beqqami, pour les belghas de femmes, et le cuir de bœuf, ferracha et nâal, dont on fait les semelles.

Cette fabrication de babouches occupe près de deux mille cordonniers, patrons, ouvriers et apprentis, répartis dans de multiples petits ateliers disséminés dans la Médina, situés généralement aux étages supérieurs des fondouks ou encore dans de petites écuries. Chaque patron a son atelier qu'il loue entre 4 et 10 pesetas par naois selon les dimensions, oii il fait venir des apprentis à la journée à raison de o P. H. 5o jusqu'à 2 P. H. 5o; les bons ouvriers gagnent jusqu'à 3 P. H. 75. Certains patrons règlent par semaine et

d'autres à la tâche. Quelques petits patrons travaillent isolément, mais le plus souvent un mâllem occupe deux ou trois aides. Il se contente de façonner, c'està-dire de découper d'après une forme en cuir les deux morceaux de peau de chèvre et de peau de mouton qui formeront l'empeigne, le ziouani à l'extérieur et le bettana à l'intérieur, ainsi que ceux qui serviront pour le derrière de la babouche replié sur la semelle. Il assemble ces morceaux puis les colle avec de la rate de bœuf, les tape légèrement avec un pilon de bois dur, taqil et-taftin, en les étalant sur un gros bloc de bois, cormil, que supporte un trépied. Avec un instrument de bois creusé d'une étroite rainure à une de ses extrémités, qorbas eî-iouiq, il trace une double raie à peine marquée depuis le cou-de-pied jusqu'à la pointe et avec de petits lissoirs en fer, il enjolive d'une simple raie les contours de l'empeigne et du derrière. Il découpe également la semelle intérieure en basane rouge et la semelle extérieure en peau de bœuf simplement tannée. Les ouvriers ensuite sont chargés de monter ces pièces et de les coudre. Ils posent sur les côtés une ou deux bandes de cuir entre les semelles, trois ou quatre pour renforcer le talon, et cousent le tout ensemble après avoir rempli le milieu d'une sorte de pâte faite de carton et de déchets de cuir amalgamés avec des bouts de rate de bœuf. Pour l'Egypte on y met une couche de terre argileuse de 1/2 centimètre d'épaisseur mêlée de rognures de cuir afin de donner à la semelle plus de solidité et lui conserver plus longtemps la

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forme convexe extérieure qu'on recherche dans ce pays. Jadis on usait aussi de ce procédé pour le Maroc, mais le pays étant plus humide, à Fès surtout où les eaux sont très abondantes, orî avait remarqué que la semelle se fendait très rapidement et le Maghzen défendit qu'on continuât à se servir de terre. Les apprentis ensuite rognent les bouts de cuir, posent les babouches sur de grosses formes de bois, lissent les côtés et polissent la semelle jusqu'à la rendre unie et brillante.

Les belghas sont livrées aux crieurs publics du Souq es-Sobat par quatre paires à la fois ou bien envoyées directement aux acheteurs en gros. On en disdistingue plusieurs variétés La belgha Masria pour l'Egypte est forte, avec une double semelle et un bout demi-large. La paire vaut de 8 à 12 pesetas. La belgha seriksia, réservée pour les citadins, est très fine avec une semelle assez épaisse et un bout pointu. La belgha mokhazenis, spéciale aux employés du Maghzen, est à bout large leur permettant de marcher plus rapidement et même de courir. La belgha tnsiïia, pour les montagnards et les gens de la campagne, comporte un large contrefort relevé assez haut, formant languette. Pour le Sénégal et le Soudan, on met une semelle plus mince et généralement on ne prend que du cuir de qualité inférieure. Enfin, pour l'hiver, on fabrique des babouches avec une semelle en bois coupée en deux pour lui permettre de se plier aux mouvements du pied.

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