‹ Au Maroc; Fes, la capitale du NordChapitre 20 sur 27 · CHAPlTlîJi X · texte numérisé non relu

CHAPlTlîJi X

Les belghas ordinaires coûtent 4 P. H, la paire, mais pour Fès il s'en fait de différentes sortes, toujours de la même forme, mais avec du cuir plus ou moins fin, façonnées avec plus ou moins de soin dans les détails, et leur prix varie jusqu'à 10 et 12 pesetas. Toutes ces babouches se font uniformément en cuir jaune.

Par contre, les femmes, lorsqu'elles sortent dans la rue, doivent chausser des babouches noires, en signe de deuil, dit-on, pour la perte de l'Andalousie. Ces belghas rih'ia sont fabriquées de la même façon par des ouvriers spéciaux établis près de Qattanine. Le bout est large et arrondi, le derrière est montant au lieu d'être rabattu et elles ont simplement une semelle intérieure cousue comme des chaussons. La qaida est très stricte à cçt égard et seules les cheikhat, chanteuses, ou des servantes se permettent de porter de moins sobres chaussures. Mais dans leurs appartements toutes les fantaisies leur sont tolérées, depuis le cherbily en cuir jaune, très fin à bout pointu, orné de broderies faites, au fil d'or ou d'argent avec des dessins découpés en papier et appliqués sur le cuir en remplissant les creux de morceaux de drap de diverses couleurs, jusqu'au cherbil, en cuir de couleur violet, vert, orange, beige ou blanc, et le cherbil bel mejdouly en velours ou en brocart, chamarré d'ornements et de petits cordons. Pour les femmes berbères, le cherbil se fait avec un bout plus large, en cuir rouge orangé avec une simple ligne brodée en travers de

INDUSTRIE DU CUIR IçS

l'empeigne ou avec des broderies de soie, tandis que pour le Sénégal la mode n'autorise que la couleur jaune.

La vente quotidienne de ces belghas au marché atteint i ooo à i 200 douros, représentant la fabrication totale. Depuis cinq ans le nombre des babouches fabriquées a diminué de façon sensible, par suite de la concurrence d'autres centres de production, en Algérie en particulier, mais à cause de l'élévation de prix du cuir la valeur est restée la même. On peut calculer que sur le montant total des transactions, 35 p. 100 des babouches vendues vont au Caire, 25 p. 100 au Sénégal et le reste est réparti entre la ville de Fès et les environs.

Comme accessoire à cette importante industrie on trouve la corporation des savetiers. Originaires du Tafilelt, ces terrafin sont occupés toute la journée dans leurs petites échoppes de la rue du Talaâ à réparer de misérables babouches brunies et ternies par l'usure, à couvrir leurs crevasses avec des pièces tirées de peaux qu'ils étalent sur le sol devant leurs boutiques pour les faire tanner par les pieds des passants. Rien n'est pittoresque comme cette rangée d'humbles artisans acharnés à leur tâche, mais rien n'est plus triste aussi, plus lamentable, que l'étalage de ces pauvres choses, fanées et maculées, cachant leur détresse sous des ravaudages grossiers, alignées sur le seuil des échoppes où sous la magnificence du soleil et la tension des formes, elles reprennent un

éclat momentané qui disparaîtra aussitôt que viendront les réclamer avec des gestes timides de blanches ombres informes ou des miséreux conservant sous leur rude djellaba salie et déchirée, une attitude toujours empreinte d'une certaine noblesse.

Plus bas, dans la même rue du Talaâ, après les fabricants, de tamis et les marchands de fer, brillent les couleurs vives des chkaras, larges sacs carrés ou rectangulaires, en peau de chèvre ou de mouton teinte en jaune, rouge ou rouge orangé qui se ferment en repliant la partie supérieure. Cette partie rabattue est ornée d'appliques en cuir découpé de différentes couleurs, dessinant des cercles, des triangles ou d'autres combinaisons géométriques, qu'entourent parfois de fines lignes tracées au fer chaud. De légères et minces lanières passées dans le cuir même du rabat en garnissent les coins supérieurs tandis qu'un autre rabat, découpé avec des jours, vient en dessous du premier recouvrir les petites poches pratiquées dans la face extérieure de la sacoche. Il y en a de toutes les tailles, de très grandes mesurant près de 3o centimètres de long, dont les pendeloques traînent presque à terre. Les citadins se servent peu de ce genre et préfèrent le style de Marrakech, sans lanières pendantes, plus larges que hautes, ornées de fines broderies en soie de couleurs tendres, bleu ciel, blanc ou mauve, se détachant sur un cuir jaune clair, crème ou blanc, ou éclatantes, rouge, violet, vert sur un fond rouge ou orangé. On les porte en bandoulière, suspendues à

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