‹ Au Maroc; Fes, la capitale du NordChapitre 21 sur 27 · INDUSTRIE DU CUIR I · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DU CUIR I

une épaisse ganse en laine ou en soie rouge, verte ou bleue, à brins multiples, agrémentée de grosses olives et rattachée à deux oreilles de cuir directement ou par un anneau de cuivre, que les Israélites remplacent par un petit disque de cuivre découpé à jour, le khric. Les chkaras ordinaires valent de 6 à 7 pesetas tandis que les plus fines, élégamment brodées, se vendent de 35 jusqu'à 5o pesetas.

Plus bas encore, près de la grande mosquée de Qaraouiyine, dans une petite rue discrète dévalant vers l'Oued, on trouve chez les seffaritiy relieurs, quelques-unes de ces délicates reliures anciennes aux tons chauds et caressants marquées d'or sous la frappe de fers aux dessins harmonieux d'une rare élégance, de style oriental ou hispano-mauresque. Malheureusement le marasme de l'Université de Qaraouiyine, la rareté des ouvrages publiés dans la ville même et la facilité avec laquelle on peut se procurer les livres imprimés au Caire et à Beyrouth ont diminué considérablement la vente des belles reliures indigènes.

Fès ne possède plus que deux mâllem réellement artistes et ayant conservé quelques fers appartenant à la pure tradition andalouse. L'un d'eux est d'un âge très avancé, mais vieux, malade, il est encore capable de faire de précieux travaux et il ne convenait pas de laisser son art disparaître avec lui, sans chercher à l'enseigner à d'autres, à leur apprendre les finesses du métier, tout en leur inculquant le sentiment des nuances, Tamour des lignes sobres et harmonieuses,

en allumant chez eux cette flamme enthousiaste qui sait animer les choses les plus froides et d'un travail banal faire jaillir un chef-d'œuvre. Il a consenti à enseigner la pratique de son art à deux ouvriers relieurs ainsi qu'à deux jeunes apprentis, et depuis le !'■■ mars 1916 on a pu organiser un atelier de perfectionnement pour la reliure. Les beaux fers et les admirables coins en bois de jadis étaient complètement émoussés, souvent brûlés par le feu, aussi les empreintes perdaient-elles de leur netteté, de leur finesse et de leur grâce. Les fers nouveaux laissaient beaucoup à désirer, la matière n'ayant plus les mêmes qualités de solidité, les ouvriers graveurs ayant disparu, et les quelques Israélites qui auraient pu exécuter ce travail avaient entièrement oublié le sentiment du décor marocain de la belle époque. Aussi a-t-on copié des coins sur d'anciennes reliures et on en a confié la gravure à un ouvrier habile formé tout exprès. Pour les fers, quarante modèles de style ont été recueillis de la même façon et envoyés à Paris pour y être reproduits. En outre, l'autre mâllem, le fils du précédent, est parti à Rabat avec une collection de fers et de plaques à estamper le cuir, envoyé par la ville de Fès, pour y enseigner son art aux ouvriers et apprentis que lui confiera le Service des Beaux-Arts.

La reliure d'art indigène ne disparaîtra donc pas et des mains de jeunes gens formés à l'école du vieillard artiste, sortiront des œuvres dignes du maître. A nouveau, les amateurs de beaux livres pour-

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