GÉOGRAPHIE ET HISTOIRE
les arts qu'ils avaient appris à Cordoue et à Qairouan sous les influences mêlées de l'Europe et de l'Orient, les autres leur merveilleuse aptitude au négoce que l'on retrouve si développée chez la plupart des Fasis. C'est la fusion de ces races berbères primitives et frustes avec d'autres déjà plus cultivées qui forma la population de Fès, le Ehl Fès^ mélange étrange de raffinement et de barbarie, dont les mœurs policées, l'élégance et la recherche dans le vêtement, valurent rapidement à leur ville le qualificatif de hadria, citadine, civilisée, urbaine.
Puis, lorsque la mosquée de Qaraouiyine fut construite et qu'au pied de ses colonnes des maîtresse mirent à enseigner les sciences religieuses musulmanes, la renommée de Fès attira bientôt de tous les coins de l'empire de nombreux étudiants avides d'écouter les leçons de ces doctes uléma à l'ombre bienfaisante du mausolée du grand saint Moulay Idris enterré au cœur même de la cité qu'il a fondée et qu'il protège toujours en étendant sur elle sa bénédiction, sa baraka toute puissante. Des savants de tous les pays musulmans, docteurs, légistes, littérateurs, poètes, médecins, vinrent s'y établir et la cité sainte de Moulay Idris devint le centre intellectuel et religieux de tout l'Islam occidental.
En dépit des caprices de certains souverains elle reste la Capitale. Les sultans Almoravides et Almohades qui lui préfèrent comme lieu de résidence Marrakech, la ville mi-saharienne du Sud, s'occupent
lO CHAPITRE PREMIER
quand même activement de Fès en y élevant des mosquées, des bains, des fondouks, des moulins, des fontaines, tandis qu'au treizième siècle les princes Mérinides, en y ramenant la cour impériale, en y développant les Arts et les Lettres, la font briller d'un éclat incomparable. C'est sous leur règne que des artistes venus de l'Espagne musulmane construisent, pour y loger les tolbas, étudiants pauvres ou étrangers à la ville, ces admirables médersas où ils répandent à profusion toutes les richesses et les subtilités de l'art hispano-mauresque, dplicates boiseries aux arabesques finement sculptées, parquets et murailles joliment décorés de mosaïques en carreaux de faïence d'un coloris doux et vaHé, gracieuses colonnades surmontées de chapiteaux légers, vasques de marbre au milieu de cours aux proportions harmonieuses, façades élégantes revêtues de stucs à dessins géométriques minutieusement fouillés.
A ce contact d'art et de science, les habitudes des Fasis s'affinent encore davantage, d'autant que l'aisance introduite chez eux par leur commerce de plus en plus prospère, de plus en plus étendu, leur permet de satisfaire plus largement leurs goûts de luxe. De nombreux israélites, négociants importants et riches propriétaires, se convertissent à l'islam pour conserver leurs immeubles urbains dont le sultan Yacoub ben Abdelhaqq prétendait les déposséder lorsqu'il décida de réunir tous les juifs dans un quartier particulier près de la ville nouvelle, le Mellah. Puis à la