‹ Au Maroc; Fes, la capitale du NordChapitre 8 sur 27 · GÉOGRAPHIE ET HISTOIRE H · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE ET HISTOIRE H

chute de Grenade un nombre considérable de familles d'Andalousie viennent chercher refuge dans la capitale du Maroc. Mais après l'expulsion des Maures d'Espagne' la décadence commence à se faire sentir. Dès le milieu du quinzième siècle les confréries religieuses se multiplient, répandent à travers tout le pays un Islam mystique, étroit et fanatique, destiné à grouper Berbères et Arabes contre l'ennemi commun, le chrétien, et qui triomphant établit sur le trône de Fès la dynastie des chérifs Saadiens à laquelle succède la dynastie des chérifs Filaliens ou Alaouites qui est celle du sultan actuel.

Un nouvel afflux se produit au début du dix-neuvième siècle. A la suite d'une famine qui sévit à Tlemcen beaucoup d'habitants de cette ville préfèrent émigrer plutôt, écrivent-ils, que de (( supporter à la fois la faim et l'administration des Turcs », et de nouveau, lors de la conquête française en Algérie, d'autres familles maures tlemcéniennes viennent à Fès rejoindre leurs compatriotes. C'est ainsi que s'est constituée par ces apports successifs, faite d'éléments divers et souvent très disparates, au milieu de luttes constantes, de compétitions causes de révoltes nombreuses et toujours sanglantes, cette bourgeoisie fasi telle que nous la voyons aujourd'hui, intelligente et lettrée, spirituelle et volontiers caustique, riche, commerçante et active, insinuante et retorse, fanatique plutôt que sincèrement religieuse, pleine de morgue et de fierté, imbue de cette idée que la cité de Fès est une ville

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unique et que ses habitants sont des gens supérieurs à tous les autres hommes.

Au début, la ville tracée de chaque côté de la rivière est divisée en deux parties bien distinctes, entourées chacune de remparts : sur la rive droite l'Adouat-el- Andalous et sur la rive gauche l'Adouat-el-Qaraouiyine, du nom des émigrants andalous et des gens de Qairouan qui peuplent ces deux quartiers. Ces deux Adouas ont leur vie propre avec tous leurs organes sociaux, un Dar-es-Sekka, établissement de la Monnaie, leurs marchés, leurs boutiques et leurs mosquées. La première a la mosquée des Achîakh, la seconde celle des Chorfa, qui furent remplacées plus tard, vers le milieu du neuvième siècle, sous le règne de Yahia ben Mohammed ben Idris, petit-fils de Moulay Idris, par les mosquées d'Elandalous et d'Elqaraouiyine. L'oued qui les sépare est habilement mis à profit pour alimenter mille petits ruisseaux se déversant dans les lavoirs, les maisons et les bains, arrosant les rues, les places, les jardins, emportant toutes les immondices et dès le onzième siècle, sous la dynastie des Zenata, Fès est pourvue d'un réseau compliqué de canalisations permettant à chaque maison d'avoir de l'eau courante ainsi que le tout-à-l'égout.

Un des princes de cette dynastie, l'émir Dounas Elmaghraoui, voulant rendre plus aisée la communication entre les deux cités fait construire six ponts, dont deux existent encore : Er Récif et Bein El Medoun, qui signifie entre les villes, puis il entoure de

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murailles les faubourgs qui se sont formés hors de l'enceinte de chacune des Adouas. Son œuvre est continuée par Yousef ben Tâchefin, le premier émir des Almoravides, ces nomades venus des bords du Niger, appartenant à la famille berbère des Sanhadja. Avec des ouvriers amenés d'Espagne, il fait édifier sur la rivière de peti-ts moulins hydrauliques qui se multiplièrent par la suite en si grand nombre qu'on en compte jusqu'à deux cent vingt de nos jours et, en 1069, il donne l'ordre d'abattre les remparts séparant les deux Adouas qui, organisées pour une existence indépendante, ne se confondent d'abord que très lentement. L'une, celle de l'est, pourvue de canalisations abondantes, est accaparée par des fabriques industrielles et la population s'y raréfie assez vite, tandis que celle de l'ouest, grâce à de plus nombreuses voies d'accès, à l'esprit de négoce de ses habitants et au commerce de l'argent exercé par les Israélites, devient une ville commerciale s'occupant de la vente des produits fabriqués sur l'autre rive.

Aux Almoravides succèdent les Almohades, autres Berbères venus du Haut Atlas, et en 1145-1 146 leur émir Abd el-Mounen s'empare de Fès en l'inondant au moyen d'un barrage qu'il fait rompre brusquement. La majeure partie des remparts détruits alors ne sont relevés que par son petits-fils Yacoub el-Mançour et achevés en 1204 sous le règne du fils de ce dernier Ennâser ben Elmançour. Les Almohades agrandissent les mosquées de Oaraouiyine et des Andalous et ou-

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