CHAPITRE PREMIER
vrentducôté ouest de la ville la porte Bab ech-Charia, dont le nom est changé de suite en Bab Alahrouq, porte du Brûlé, pour rappeler que lors de sa construction un chef berbère rebelle fait prisonnier avait été brûlé sous ses voûtes.
A cette époque déjà la ville de Fès débordant vers l'ouest prend ses limites actuelles avec le Talaâ, Souiqatben Safi., Echcherablyin et couvre la superficie occupée par Fès-el-Bali, la ville ancienne, en opposition à Fès-el-Jedid, la ville nouvelle, que vont construire les Mérinides. Ceux-ci, en eiïet, au bout de trente-cinq années de luttes, après avoir conquis le Sud-Marocain, Taza et Meknès, s'emparent en 1248 de Fès. Ils trouvent une ville déjà surpeuplée oii il leur sera impossible de loger les Cheikh Béni Merin qui forment leur entourage et toute la tribu qui les escorte. Aussi en 1276 l'émir Yacoub ben Abdelhaqq décidct-il de former aux portes de la cité, à l'ouest, sur les rives de l'oued Fès, une ville nouvelle où s'élèvent le palais du sultan avec ses dépendances, les bâtiments réservés aux différents services du Maghzen ou Gouvernement et les constructions destinées au logement des soldats. Puis, dans le but de protéger la communauté trop fortunée des Israélites contre les violences de la populace qui, périodiquement, se jetait sur eux. Les maltraitait et livrait leurs maisons au pillage, il fait construire près de son palais et attenant à Fès-el-Jedid le quartier du Mellah, séparé complètement, entouré de hautes murailles percées
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d'une seule porte qu'on ferme à la tombée du jour et dont on pousse précipitamment le lourd battant en cas d'émeute.
Sous les dynasties chériffiennes, délaissée par les sultans qui n'y séjournent plus qu'alternativement avec Marrakech, abandonnée complètement par certains comme Mouîay Ismaël qui se consacre tout à Meknès, Fès ne subit guère de modifications, sauf sous Moulay Rechid, le premier sultan de la dynastie Alaouite, qui fait construire la Kasba des Cherarda pour y loger les tribus guich ou maghzen destinées à constituer son armée, la précieuse médersa Ech Cherratin et l'admirable pont du Sebou, à une demi-heure de la ville, pour faciliter les communications entre la capitale et la vallée de Taza. Son fi.ls, Moulay Abdallah, embellit Fès-el- Jedid de la belle mosquée qui porte son nom et crée, à 3 kilomètres environ des remparts, sur le lieu où il avait campé lors de son premier siège de Fès, le parc de Dar Debibagh avec une maison de campagne qui lui servit plus d'une fois de refuge lorsque, chassé par les séditions, il était obligé de fuir tour à tour ses capitales de Meknès ou de Fès.
Toutefois les deux villes Fès-el-Jedid et Fès-el-Bali restent complètement séparées l'une de l'autre et de véritables combats s'engagent parfois entre elles comme jadis entre les deux Adouas suivant dans leur rivalité les deux princesqui les commandaient. En 18/3, Fès-el-Bali se révolte ouvertement et après avoir refusé à Moulay el Hassan la beïa, serment d'obéissance que
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doivent prêter à chaque souverain lors de son avènement toutes les tribus et villes du Maroc, elle ferme ses portes. Le sultan, n'osant pas se servir de son artillerie de crainte d'endommager le sanctuaire vénéré de Moulay Idris, Ênit cependant par pénétrer dans la ville au travers d'une brèche pratiquée par un caïd audacieux dans la muraille de la kasba des Filala. Aussi, comprenant ce danger, s'empresse-t-il d'établir une liaison en clôturant de murs le long faubourg de Bou Jeloud et en construisant à côté un palais, la Résidence actuelle, avec une double entrée, l'une dans la partie supérieure de Fès-el-Bali, l'autre par les jardins à proximité de Fès-el-Jedid.
Mais les deux villes n'en conservent pas moins leurs caractères profondément distincts; l'une occupée par les services administratifs du Maghzen, habitée par la soldatesque du guich, est encore une cité bédouine, l'autre peuplée de Maures citadins est la véritable Médina, la ville. Malgré les troubles qui la bouleversèrent si souvent, malgré les sièges et les assauts répétés qu'elle eut à subir, en dépit des lourdes impositions dont elle fut frappée à maintes reprises, grâce à sa situation privilégiée, au renom de son Université, à la science de ses maîtres, à l'esprit d'entreprise de ses commerçants et à l'habileté de ses artisans, seule parmi toutes les grandes cités musulmanes du Maghreb, elle a pu se maintenir dans toute son intégrité, rester un grand centre intellectuel, religieux, industriel, commerçant, et elle continue à tenir son
L'Oued Fès à Bab Jedid.
Remparts près de Bab Mahrouq.